Élections. Regard économique sur les engagements du PAM
Le programme du PAM affiche de fortes ambitions en matière de pouvoir d’achat, d’emploi, de protection sociale et de souveraineté économique. Dans son analyse, Mohamed Jadri économiste et président de l'observatoire de l'Action gouvernementale, met en regard ces engagements avec les capacités de financement de l’État, en mettant l'accent à la fois leur portée sociale et les enjeux liés à leur coût, leur mise en œuvre et leur soutenabilité budgétaire.
Mounia Kabiri Kettani
Le PAM défend 20 engagements à forte portée sociale et économique, dont la mise en œuvre soulève, selon Mohamed Jadri, d’importantes questions de financement et de soutenabilité budgétaire.
Les vingt engagements présentés par le Parti Authenticité et Modernité s’articulent autour de plusieurs priorités : pouvoir d’achat, renforcement de l’État social, emploi et insertion des jeunes, mais aussi souveraineté énergétique, hydrique, alimentaire, scientifique et technologique.
Pour Mohamed Jadri, analyste économique et président de l'observatoire de l'Action gouvernementale, ces orientations répondent à plusieurs préoccupations actuelles des ménages marocains. Mais leur traduction économique soulève, selon lui, une question centrale : « l’économie nationale et les finances publiques disposent-elles des marges nécessaires pour financer simultanément l’ensemble de ces engagements ? »
Une forte dimension sociale
Parmi les mesures annoncées figurent notamment le retour des prix des produits de première nécessité à des niveaux jugés « normaux », la gratuité de l’électricité dans la limite de 100 DH par mois, la baisse de l’impôt sur les salaires, une pension minimale de 3.000 DH et le relèvement de l’aide sociale directe à 1.000 DH.
Le programme prévoit également des dispositifs en faveur des jeunes hors emploi, éducation ou formation, un premier contrat de travail, un soutien au logement ainsi qu’une garantie locative pour les jeunes.
À cela s’ajoutent des objectifs de grande ampleur, dont la création d’un million d’emplois nets sur la législature, l’accompagnement de 500.000 familles vers un logement décent et des investissements dans l’école et l’hôpital publics, ainsi que dans les secteurs liés à la souveraineté énergétique, hydrique, alimentaire et technologique. « Pris séparément, plusieurs de ces engagements répondent à de véritables besoins économiques et sociaux. La difficulté apparaît lorsqu’ils doivent être financés et mis en œuvre simultanément », relève Mohamed Jadri.
L’équation du financement
C’est sur ce terrain du financement que se concentre l’analyse de Mohamed Jadri. Le document du PAM ne fournissant pas, à ce stade, de chiffrage détaillé de chaque engagement ni de plan global de financement, l’économiste insiste sur la prudence nécessaire autour de toute estimation.
En évitant notamment les doubles comptages et en tenant compte des programmes publics déjà existants, mais aussi du fait qu’une partie des engagements liés à l’emploi, au logement, à l’énergie ou aux infrastructures pourrait être portée par l’investissement privé ou par des mécanismes de garantie, « on peut retenir un ordre de grandeur d’environ 70 milliards de dirhams de coût public additionnel annuel en régime de croisière », estime-t-il.
Sur cinq ans, cette enveloppe pourrait ainsi atteindre environ 350 milliards de dirhams, à condition que les mesures atteignent progressivement leur plein niveau d’exécution. Mohamed Jadri précise toutefois qu’« il ne s’agit pas d’un chiffrage officiel du PAM, mais d’un ordre de grandeur destiné à apprécier la soutenabilité économique du programme ».
Pouvoir d’achat, électricité, retraites : les principaux postes
Quelques mesures permettent de mesurer l’ampleur potentielle de la dépense. Une augmentation moyenne de 500 DH par mois pour 4 millions de ménages représenterait, dans un calcul maximaliste, jusqu’à 24 milliards de DH supplémentaires par an. La prise en charge généralisée de 100 DH d’électricité par mois pourrait également représenter plusieurs milliards de dirhams chaque année. À cela s’ajouterait le coût récurrent d’une pension minimale portée à 3.000 DH, avec une dépense appelée à progresser parallèlement au nombre de retraités.
Pour Mohamed Jadri, cette distinction entre dépenses ponctuelles et dépenses permanentes est essentielle dans l’évaluation du programme. Une infrastructure relève principalement de l’investissement, alors qu’une aide mensuelle, une pension revalorisée ou une subvention à l’électricité crée une charge récurrente qui devra être financée chaque année.
L’ordre de grandeur avancé doit être rapporté aux capacités financières de l’État. Le budget 2026 prévoit environ 761 milliards de DH de charges, tandis que l’objectif de déficit budgétaire se situe autour de 3 % du PIB. Dans le même temps, les finances publiques doivent continuer à financer la protection sociale, la santé, l’éducation, l’investissement public, le soutien au pouvoir d’achat et le service de la dette.
Dans ce contexte, mobiliser 70 milliards de DH supplémentaires chaque année ne constituerait pas, selon cette analyse, un simple ajustement budgétaire. Plusieurs leviers pourraient être mobilisés : hausse des recettes, arbitrages sur certaines dépenses, participation accrue du secteur privé ou recours à l’endettement. Chacune de ces options comporte toutefois ses propres contraintes.
Mohamed Jadri relève également une tension particulière dans les engagements du PAM : « le programme propose simultanément davantage de dépenses sociales et de services publics tout en envisageant une baisse de la fiscalité sur les salaires ». Pour lui, « c’est probablement le principal défi économique du programme ». L’enjeu n’est donc pas uniquement de mesurer le coût de chaque mesure prise isolément, mais d’évaluer leur impact lorsqu’elles sont appliquées simultanément et sur plusieurs années.
Autre engagement majeur : la création d’un million d’emplois nets durant la législature. Pour Mohamed Jadri, cet objectif ne doit pas être interprété comme la création d’un million d’emplois financés par l’État. Sa réalisation dépendra avant tout de la capacité de l’économie à générer suffisamment d’activité et d’investissement. « L’objectif ne pourra être atteint durablement que si ces emplois proviennent majoritairement de l’investissement privé, de l’industrie, du tourisme, des services, de l’économie numérique, des exportations et du développement des PME », note-t-il.
Pour Mohamed Jadri, analyste économique et président de l'observatoire de l'Action gouvernementale, ces orientations répondent à plusieurs préoccupations actuelles des ménages marocains. Mais leur traduction économique soulève, selon lui, une question centrale : « l’économie nationale et les finances publiques disposent-elles des marges nécessaires pour financer simultanément l’ensemble de ces engagements ? »
Une forte dimension sociale
Parmi les mesures annoncées figurent notamment le retour des prix des produits de première nécessité à des niveaux jugés « normaux », la gratuité de l’électricité dans la limite de 100 DH par mois, la baisse de l’impôt sur les salaires, une pension minimale de 3.000 DH et le relèvement de l’aide sociale directe à 1.000 DH.
Le programme prévoit également des dispositifs en faveur des jeunes hors emploi, éducation ou formation, un premier contrat de travail, un soutien au logement ainsi qu’une garantie locative pour les jeunes.
À cela s’ajoutent des objectifs de grande ampleur, dont la création d’un million d’emplois nets sur la législature, l’accompagnement de 500.000 familles vers un logement décent et des investissements dans l’école et l’hôpital publics, ainsi que dans les secteurs liés à la souveraineté énergétique, hydrique, alimentaire et technologique. « Pris séparément, plusieurs de ces engagements répondent à de véritables besoins économiques et sociaux. La difficulté apparaît lorsqu’ils doivent être financés et mis en œuvre simultanément », relève Mohamed Jadri.
L’équation du financement
C’est sur ce terrain du financement que se concentre l’analyse de Mohamed Jadri. Le document du PAM ne fournissant pas, à ce stade, de chiffrage détaillé de chaque engagement ni de plan global de financement, l’économiste insiste sur la prudence nécessaire autour de toute estimation.
En évitant notamment les doubles comptages et en tenant compte des programmes publics déjà existants, mais aussi du fait qu’une partie des engagements liés à l’emploi, au logement, à l’énergie ou aux infrastructures pourrait être portée par l’investissement privé ou par des mécanismes de garantie, « on peut retenir un ordre de grandeur d’environ 70 milliards de dirhams de coût public additionnel annuel en régime de croisière », estime-t-il.
Sur cinq ans, cette enveloppe pourrait ainsi atteindre environ 350 milliards de dirhams, à condition que les mesures atteignent progressivement leur plein niveau d’exécution. Mohamed Jadri précise toutefois qu’« il ne s’agit pas d’un chiffrage officiel du PAM, mais d’un ordre de grandeur destiné à apprécier la soutenabilité économique du programme ».
Pouvoir d’achat, électricité, retraites : les principaux postes
Quelques mesures permettent de mesurer l’ampleur potentielle de la dépense. Une augmentation moyenne de 500 DH par mois pour 4 millions de ménages représenterait, dans un calcul maximaliste, jusqu’à 24 milliards de DH supplémentaires par an. La prise en charge généralisée de 100 DH d’électricité par mois pourrait également représenter plusieurs milliards de dirhams chaque année. À cela s’ajouterait le coût récurrent d’une pension minimale portée à 3.000 DH, avec une dépense appelée à progresser parallèlement au nombre de retraités.
Pour Mohamed Jadri, cette distinction entre dépenses ponctuelles et dépenses permanentes est essentielle dans l’évaluation du programme. Une infrastructure relève principalement de l’investissement, alors qu’une aide mensuelle, une pension revalorisée ou une subvention à l’électricité crée une charge récurrente qui devra être financée chaque année.
L’ordre de grandeur avancé doit être rapporté aux capacités financières de l’État. Le budget 2026 prévoit environ 761 milliards de DH de charges, tandis que l’objectif de déficit budgétaire se situe autour de 3 % du PIB. Dans le même temps, les finances publiques doivent continuer à financer la protection sociale, la santé, l’éducation, l’investissement public, le soutien au pouvoir d’achat et le service de la dette.
Dans ce contexte, mobiliser 70 milliards de DH supplémentaires chaque année ne constituerait pas, selon cette analyse, un simple ajustement budgétaire. Plusieurs leviers pourraient être mobilisés : hausse des recettes, arbitrages sur certaines dépenses, participation accrue du secteur privé ou recours à l’endettement. Chacune de ces options comporte toutefois ses propres contraintes.
Mohamed Jadri relève également une tension particulière dans les engagements du PAM : « le programme propose simultanément davantage de dépenses sociales et de services publics tout en envisageant une baisse de la fiscalité sur les salaires ». Pour lui, « c’est probablement le principal défi économique du programme ». L’enjeu n’est donc pas uniquement de mesurer le coût de chaque mesure prise isolément, mais d’évaluer leur impact lorsqu’elles sont appliquées simultanément et sur plusieurs années.
Autre engagement majeur : la création d’un million d’emplois nets durant la législature. Pour Mohamed Jadri, cet objectif ne doit pas être interprété comme la création d’un million d’emplois financés par l’État. Sa réalisation dépendra avant tout de la capacité de l’économie à générer suffisamment d’activité et d’investissement. « L’objectif ne pourra être atteint durablement que si ces emplois proviennent majoritairement de l’investissement privé, de l’industrie, du tourisme, des services, de l’économie numérique, des exportations et du développement des PME », note-t-il.
