USFP. Ses ambitions économiques sont-elles réalisables ?
Le programme économique de l’USFP affiche des objectifs chiffrés en matière d’emploi, de croissance, de fiscalité et de protection sociale. Pour Rachid Sari, économiste et président du centre africain pour les études stratégiques et la digitalisation (CAESD), cette volonté de quantifier les engagements constitue un point positif, mais soulève une question centrale: comment financer ces ambitions et garantir leur soutenabilité dans la durée ?
Mounia Kabiri Kettani
Le programme économique de l’USFP affiche des ambitions fortes en matière d’emploi, de croissance et de protection sociale, mais soulève, selon Rachid Sari, des questions sur leur financement, leur soutenabilité et leur mise en œuvre.
À l’approche des législatives, le programme économique de l’USFP se distingue par un effort de chiffrage. Le parti avance une enveloppe globale de 415 milliards de dirhams, accompagnée d’une série d’objectifs portant notamment sur l’emploi, la croissance, la fiscalité, les PME et la protection sociale.
Pour Rachid Sari, économiste et président du centre africain pour les études stratégiques et la digitalisation (CAESD), cette approche permet de donner davantage de visibilité aux engagements politiques. Mais elle impose aussi de répondre à une question déterminante : quels seront les mécanismes permettant de mobiliser les ressources nécessaires ?
500.000 emplois et un chômage ramené à 8 %
Sur le volet de l’emploi, l’économiste relève plusieurs objectifs qu’il juge positifs. Le programme prévoit notamment la création de 250.000 emplois industriels, pour un total de 500.000 postes, ainsi qu’une réduction du taux de chômage à 8 %.
Autre ambition mise en avant : porter le taux d’activité des femmes à 30 %. Pour Rachid Sari, cet objectif constitue un levier important, compte tenu du faible niveau de participation féminine au marché du travail.
Le programme mise également sur un renforcement du rôle des PME et des TPE. L’USFP prévoit l’accompagnement de 100.000 entreprises et souhaite porter à 30 % leur part dans les marchés publics.
Une cible qui appelle toutefois, selon l’économiste, à clarifier les modalités de mise en œuvre. La question est notamment de savoir si l’objectif actuel de 20 % de la commande publique destinée aux PME et TPE est effectivement atteint avant d’envisager son relèvement à 30 %.
L’équation fiscale au cœur des interrogations
La fiscalité constitue l’un des principaux points d’interrogation relevés dans cette analyse. L’USFP propose notamment une réduction de 10 % de la pression fiscale sur les salariés, tout en misant parallèlement sur un élargissement de l’assiette fiscale susceptible de générer plus de 5 % du PIB.
Pour Rachid Sari, cette double ambition nécessite davantage d’explications. Comment réduire la pression fiscale sur les salariés tout en augmentant significativement les recettes grâce à l’élargissement de l’assiette ? C’est, selon lui, l’une des principales équations à résoudre. L’économiste s’interroge également sur les conditions de financement de l’enveloppe globale de 415 milliards de dirhams et sur son impact potentiel sur les finances publiques.
Des ambitions sociales importantes
La protection sociale et la santé constituent également des axes majeurs du programme. L’USFP fixe notamment l’objectif de réduire de 50 % la pauvreté multidimensionnelle et prévoit une baisse de 20 % des coûts de santé.
Le programme prévoit par ailleurs une hausse de 20 % des salaires. Pour Rachid Sari, ces engagements traduisent une ambition sociale importante, mais leur réalisation dépendra de la capacité à dégager les ressources nécessaires. Une hausse généralisée des salaires de 20 % suppose notamment une dynamique économique suffisamment forte et soulève la question de son articulation avec les capacités des entreprises.
Le risque d’une dépendance aux grands projets
Autre point de vigilance : la place accordée aux grands projets, notamment ceux liés à la préparation de la Coupe du Monde 2030, dans la dynamique de création d’emplois. D’après l’économiste, ces investissements peuvent soutenir l’activité à court et moyen terme, mais ils ne peuvent constituer à eux seuls un moteur structurel de l’emploi.
La transformation du marché du travail impose également d’anticiper l’impact de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies sur certains métiers. Rachid Sari estime que certains emplois pourraient disparaître tandis que de nouvelles compétences seront recherchées.
Il appelle ainsi à diversifier les moteurs de croissance, notamment autour des énergies renouvelables, de l’économie durable, du numérique et de l’intelligence artificielle.
Quatre priorités pour renforcer le programme
de surpromesse lié à certains objectifs particulièrement ambitieux, comme l’ajout de 1,5 point de croissance par an ou l’augmentation de 40 % des exportations industrielles. Dans un environnement international marqué par une concurrence accrue, des tensions géopolitiques et des transformations rapides des chaînes de valeur, ces objectifs nécessitent, selon lui, des hypothèses économiques solides et régulièrement réévaluées.
Pour rendre la feuille de route plus opérationnelle, Rachid Sari identifie quatre priorités. La première concerne le financement. Il préconise de détailler les mécanismes fiscaux et budgétaires permettant de mobiliser les ressources nécessaires sans creuser davantage le déficit.
Deuxième priorité : diversifier les moteurs de croissance. La dynamique des grands projets doit être complétée par davantage d’investissement dans l’innovation, la digitalisation, l’agriculture durable et les nouvelles technologies.
Troisième axe : renforcer la gouvernance et le suivi-évaluation. Pour l’économiste, les engagements doivent être accompagnés d’une feuille de route précise, avec des échéances et des mécanismes permettant de mesurer leur réalisation.
Enfin, les PME locales doivent bénéficier d’un accompagnement renforcé, notamment sur le plan financier, compte tenu des difficultés auxquelles elles restent confrontées.
Quelle place pour le Nouveau Modèle de Développement ?
Au-delà des mesures économiques, Rachid Sari relève une absence qu’il juge significative : la référence au Nouveau Modèle de Développement à l’horizon 2035. Pour lui, l’absence de cette référence dans les programmes des partis, y compris celui de l’USFP, pose une question de fond sur le devenir de cette feuille de route nationale.
L’enjeu, selon son analyse, n’est donc pas uniquement de multiplier les chiffres et les pourcentages, mais de construire des projets accompagnés d’une feuille de route réaliste, capable d’intégrer les incertitudes liées à la conjoncture, aux sécheresses, aux tensions géopolitiques ou encore aux éventuels chocs économiques.
Pour Rachid Sari, économiste et président du centre africain pour les études stratégiques et la digitalisation (CAESD), cette approche permet de donner davantage de visibilité aux engagements politiques. Mais elle impose aussi de répondre à une question déterminante : quels seront les mécanismes permettant de mobiliser les ressources nécessaires ?
500.000 emplois et un chômage ramené à 8 %
Sur le volet de l’emploi, l’économiste relève plusieurs objectifs qu’il juge positifs. Le programme prévoit notamment la création de 250.000 emplois industriels, pour un total de 500.000 postes, ainsi qu’une réduction du taux de chômage à 8 %.
Autre ambition mise en avant : porter le taux d’activité des femmes à 30 %. Pour Rachid Sari, cet objectif constitue un levier important, compte tenu du faible niveau de participation féminine au marché du travail.
Le programme mise également sur un renforcement du rôle des PME et des TPE. L’USFP prévoit l’accompagnement de 100.000 entreprises et souhaite porter à 30 % leur part dans les marchés publics.
Une cible qui appelle toutefois, selon l’économiste, à clarifier les modalités de mise en œuvre. La question est notamment de savoir si l’objectif actuel de 20 % de la commande publique destinée aux PME et TPE est effectivement atteint avant d’envisager son relèvement à 30 %.
L’équation fiscale au cœur des interrogations
La fiscalité constitue l’un des principaux points d’interrogation relevés dans cette analyse. L’USFP propose notamment une réduction de 10 % de la pression fiscale sur les salariés, tout en misant parallèlement sur un élargissement de l’assiette fiscale susceptible de générer plus de 5 % du PIB.
Pour Rachid Sari, cette double ambition nécessite davantage d’explications. Comment réduire la pression fiscale sur les salariés tout en augmentant significativement les recettes grâce à l’élargissement de l’assiette ? C’est, selon lui, l’une des principales équations à résoudre. L’économiste s’interroge également sur les conditions de financement de l’enveloppe globale de 415 milliards de dirhams et sur son impact potentiel sur les finances publiques.
Des ambitions sociales importantes
La protection sociale et la santé constituent également des axes majeurs du programme. L’USFP fixe notamment l’objectif de réduire de 50 % la pauvreté multidimensionnelle et prévoit une baisse de 20 % des coûts de santé.
Le programme prévoit par ailleurs une hausse de 20 % des salaires. Pour Rachid Sari, ces engagements traduisent une ambition sociale importante, mais leur réalisation dépendra de la capacité à dégager les ressources nécessaires. Une hausse généralisée des salaires de 20 % suppose notamment une dynamique économique suffisamment forte et soulève la question de son articulation avec les capacités des entreprises.
Le risque d’une dépendance aux grands projets
Autre point de vigilance : la place accordée aux grands projets, notamment ceux liés à la préparation de la Coupe du Monde 2030, dans la dynamique de création d’emplois. D’après l’économiste, ces investissements peuvent soutenir l’activité à court et moyen terme, mais ils ne peuvent constituer à eux seuls un moteur structurel de l’emploi.
La transformation du marché du travail impose également d’anticiper l’impact de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies sur certains métiers. Rachid Sari estime que certains emplois pourraient disparaître tandis que de nouvelles compétences seront recherchées.
Il appelle ainsi à diversifier les moteurs de croissance, notamment autour des énergies renouvelables, de l’économie durable, du numérique et de l’intelligence artificielle.
Quatre priorités pour renforcer le programme
de surpromesse lié à certains objectifs particulièrement ambitieux, comme l’ajout de 1,5 point de croissance par an ou l’augmentation de 40 % des exportations industrielles. Dans un environnement international marqué par une concurrence accrue, des tensions géopolitiques et des transformations rapides des chaînes de valeur, ces objectifs nécessitent, selon lui, des hypothèses économiques solides et régulièrement réévaluées.
Pour rendre la feuille de route plus opérationnelle, Rachid Sari identifie quatre priorités. La première concerne le financement. Il préconise de détailler les mécanismes fiscaux et budgétaires permettant de mobiliser les ressources nécessaires sans creuser davantage le déficit.
Deuxième priorité : diversifier les moteurs de croissance. La dynamique des grands projets doit être complétée par davantage d’investissement dans l’innovation, la digitalisation, l’agriculture durable et les nouvelles technologies.
Troisième axe : renforcer la gouvernance et le suivi-évaluation. Pour l’économiste, les engagements doivent être accompagnés d’une feuille de route précise, avec des échéances et des mécanismes permettant de mesurer leur réalisation.
Enfin, les PME locales doivent bénéficier d’un accompagnement renforcé, notamment sur le plan financier, compte tenu des difficultés auxquelles elles restent confrontées.
Quelle place pour le Nouveau Modèle de Développement ?
Au-delà des mesures économiques, Rachid Sari relève une absence qu’il juge significative : la référence au Nouveau Modèle de Développement à l’horizon 2035. Pour lui, l’absence de cette référence dans les programmes des partis, y compris celui de l’USFP, pose une question de fond sur le devenir de cette feuille de route nationale.
L’enjeu, selon son analyse, n’est donc pas uniquement de multiplier les chiffres et les pourcentages, mais de construire des projets accompagnés d’une feuille de route réaliste, capable d’intégrer les incertitudes liées à la conjoncture, aux sécheresses, aux tensions géopolitiques ou encore aux éventuels chocs économiques.
