Camps de Tindouf : des ONG alertent le Conseil des droits de l’Homme sur les violations et les restrictions des libertés et appellent au renforcement des mécanismes de protection
Des organisations non gouvernementales ont appelé, vendredi à Genève, lors de la 63e session du Conseil des droits de l’Homme, au renforcement des mécanismes de protection des droits humains dans les camps de Tindouf, évoquant des restrictions à la liberté de circulation et d’expression, des détentions arbitraires, des actes de torture et des cas de disparition forcée.

Intervenant dans le cadre du point 3 du débat général consacré à la promotion et à la protection de tous les droits humains, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, y compris le droit au développement, ces ONG ont également appelé à renforcer les mécanismes de protection, à garantir l’accès à des voies de recours effectives et à procéder à une évaluation indépendante de la situation des droits humains dans ces camps.
Dans une intervention au nom de la Fondation Maat pour la paix, le développement et les droits de l’Homme, son président, Ayman Aqil, a exprimé ses « préoccupations » concernant les violations commises, selon lui, par le « Polisario » à l’encontre des populations vivant dans les camps. Il a notamment évoqué les détentions arbitraires, les actes de torture ainsi que les restrictions imposées aux manifestations et aux protestations pacifiques.
L’intervenant a également relevé que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme et les experts en droits humains n’ont pas pu accéder aux camps de Tindouf. Il a appelé à permettre au Haut-Commissariat d’y accéder afin de procéder à une évaluation indépendante de la situation des droits humains.
De son côté, El Fadel Bouya Da Mohamed, intervenant au nom du Réseau africain pour le développement, la gouvernance et les droits de l’Homme, a affirmé que la situation des droits humains dans les camps de Tindouf connaît une dégradation préoccupante.
Il a notamment évoqué les restrictions imposées à la liberté de circulation, affirmant que les habitants sont soumis, depuis 2013, à un couvre-feu de minuit à 6h30 et que leurs sorties des camps sont limitées à deux jours par semaine, le dimanche et le jeudi, sous réserve de l’obtention d’une autorisation individuelle. L’accès aux camps serait, quant à lui, soumis à des autorisations préalables.
Le même intervenant a également affirmé que le « Polisario » mène des campagnes d’arrestations visant des opposants et des acteurs engagés dans l’expression d’opinions, accompagnées, selon lui, d’actes de torture, de disparitions forcées et de privations d’aide alimentaire.
Il a, en outre, évoqué les pressions exercées sur des journalistes et des militants résidant hors des camps ainsi que sur leurs familles, appelant à l’ouverture d’une enquête indépendante sur la situation des droits humains dans les camps de Tindouf et à garantir la liberté de circulation et d’expression ainsi que l’accès à la justice.
Pour sa part, Aïcha Douihi, intervenant au nom de l’ONG Promotion du développement économique et social, a salué l’action des mécanismes des Nations unies chargés des droits humains visant à renforcer la protection globale et effective de l’ensemble des droits humains.
Elle a souligné l’importance de garantir une protection effective des droits dans les régions confrontées à de multiples formes de vulnérabilité, notamment en Afrique du Nord et dans la région du Sahel et du Sahara, où les situations de déplacement prolongé, la pauvreté, l’insécurité, les pressions environnementales et les possibilités limitées de développement peuvent se conjuguer et accentuer la vulnérabilité des populations, y compris des personnes vivant dans les camps de réfugiés.
Mme Douihi a relevé que l’aide humanitaire, bien qu’indispensable, ne peut à elle seule remédier aux conditions structurelles qui affectent l’exercice effectif des droits. Elle a appelé les États et la communauté internationale à renforcer les mécanismes de protection, à soutenir les capacités nationales, à garantir l’accès à l’information et à des voies de recours effectives, ainsi qu’à permettre aux populations concernées de participer aux décisions touchant à leurs droits et à leur avenir.
Elle a également insisté sur l’importance du droit au développement pour réduire les vulnérabilités, renforcer les capacités des individus et des communautés et promouvoir une participation inclusive, estimant que ces éléments constituent des conditions essentielles à la réalisation d’un développement humain durable.
