Société
Élections 2026 : les promesses sociales passées au crible
Emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, protection sociale, jeunesse, logement ou encore réduction des inégalités territoriales : à quelques jours du scrutin du 23 septembre, les questions sociales occupent une place centrale dans les programmes et les discours de campagne. Les mêmes préoccupations reviennent d’une formation à l’autre, avec des réponses et des niveaux de chiffrage différents. Mais cette présence massive du social traduit-elle une évolution réelle de l’offre politique ? Et surtout, jusqu’où les promesses peuvent-elles être tenues ? Éléments de réponses avec les politologues.
Hayat Kamal Idrissi
Des promesses qui devront résister à l’épreuve du terrain
Le social n’est plus un simple volet parmi d’autres de l’offre électorale. Il en constitue désormais l’un des principaux points d’ancrage. Emploi, pouvoir d’achat, santé, école, logement, protection sociale ou jeunesse reviennent au cœur des programmes et des discours de campagne. Mais derrière cette convergence des priorités, les lectures divergent. Pour le constitutionnaliste Khalid Cherkaoui Semmouni, les programmes de 2026 sont plus opérationnels et davantage chiffrés qu’en 2021 tandis que le socio-politologue Abderrahman Rachik porte un regard critique sur le discours de campagne, dominé selon lui par la dénonciation et les promesses. Entre affichage programmatique, attentes sociales et capacité réelle d’exécution, le débat reste ouvert.
Axe central
« L’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, le logement et la protection sociale sont devenus les principaux sujets de préoccupation électorale, particulièrement chez les jeunes. Le chômage des 15-24 ans, qui a atteint 37,2 % en 2025 contre 36,7 % en 2024, contribue notamment à expliquer la place accordée à l’emploi, à la formation et à l’insertion professionnelle », note Dr Cherkaoui Semmouni.
À cette réalité s’ajoute, selon lui, l’évolution du chantier de l’État social. Avec la généralisation de la protection sociale, de l’AMO et des aides, les partis ne peuvent plus se contenter de promesses générales de développement économique. « Ils sont désormais attendus sur une question plus concrète : comment transformer la croissance en amélioration effective des conditions de vie ? » interroge le professeur de Droit Constitutionnel.
Une lecture que ne conteste pas le socio-politologue Abderrahman Rachik, mais qu’il replace dans une autre perspective. Pour lui, la dimension sociale est avant tout une « thématique mobilisatrice ». « Les mouvements sociaux, notamment depuis 2011 (Printemps arabe), ont axé leurs revendications sur le social, plus particulièrement l’enseignement et la santé. Le chômage, le logement et le transport restent relativement secondaire », soutient Dr Rachik. « Mais l’essentiel de la mobilisation sociale reste la faiblesse du pouvoir d’achat et les prix des denrées alimentaires nécessaires qui ont été multipliés par deux », ajoute-t-il.
Priorités communes, réponses différentes
Sur le papier, les grandes priorités affichées par les partis présentent de nombreuses similitudes. Création d’emplois, insertion des jeunes, formation professionnelle, entrepreneuriat, pouvoir d’achat, santé, éducation et réduction des inégalités territoriales forment un socle commun comme le note Semmouni. Selon ce dernier, la différence se situerait davantage dans les moyens mobilisés que dans les objectifs affichés.
« Si le RNI insiste notamment sur la consolidation des politiques déjà engagées, l’emploi, les salaires et l’indexation des aides sur l’inflation, le PAM met en avant ses pactes en faveur des jeunes et du pouvoir d’achat. L’Istiqlal insiste davantage sur la cohésion familiale, le pouvoir d’achat et les services publics. Le PJD met l’accent sur les TPE, la concurrence et la conditionnalité des soutiens publics à la création d’emplois. Le PPS affiche, de son côté, un programme particulièrement chiffré », analyse Dr Cherkaoui Semmouni. Il cite notamment le « Pacte d’intégration des jeunes » du PAM, doté de 50 milliards de dirhams sur cinq ans, l’objectif de l’USFP d’insérer 200.000 jeunes par an dans l’emploi ou l’entrepreneuriat, ou encore le Fonds national de la jeunesse proposé par le PPS.
Mais pour Dr Rachik, le contenu des meetings partisans donne une autre image de cette offre. « Les différents discours présentés lors des meetings se limitent plutôt à la dénonciation, aux accusations des adversaires, aux critiques des partis politiques représentés au gouvernement face à la flambée des prix à la consommation et à la mauvaise gestion des biens publics », critique le socio-politologue.
Plus de chiffres qu’en 2021, mais...
En termes de différenciation, pour Semmouni, une évolution est néanmoins perceptible par rapport à 2021. Les programmes de 2026 seraient, sur certains aspects, plus opérationnels et davantage chiffrés, même si cette évolution reste inégale selon les partis. « Nombre d’emplois à créer, jeunes à accompagner, enveloppes financières, objectifs de chômage ou encore recrutements : les engagements sont plus souvent associés à des objectifs quantifiés », analyse-t-il.
Le programme du PPS en constitue un exemple particulièrement visible avec 220 engagements, 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires et 622 milliards de recettes additionnelles, auxquels s’ajoutent des objectifs dans la santé et l’éducation. Le PAM et l’USFP affichent également plusieurs objectifs chiffrés.
Semmouni introduit cependant une nuance essentielle : Un programme plus chiffré n’est pas nécessairement un programme plus crédible. « Il faut faire une distinction essentielle entre le degré de précision des promesses et la précision de leur financement, le calendrier, les économies attendues ou les mécanismes institutionnels permettant leur réalisation », insiste-t-il.
Le social change de périmètre
Dans son analyse, Dr Semmouni relève une évolution dans la conception même du social. Décryptage ? « Le spectre du social dans le discours de cette campagne 2026 ne se limite plus à la lutte contre la pauvreté. Il englobe désormais l’emploi des jeunes, la formation continue, la reconversion professionnelle, l’entrepreneuriat, le logement, la mobilité, la santé, le pouvoir d’achat, les retraites, le soutien aux familles ou encore l’accompagnement des personnes éloignées du marché du travail », énumère le professeur de droit constitutionnel.
Il cite par ailleurs l’exemple de l’axe « Jeunesse » qui illustre particulièrement cette évolution. « Première expérience professionnelle, accompagnement individualisé, mobilité géographique, formation aux métiers numériques ou dispositifs destinés aux NEET occupent une place plus visible dans les programmes », note-t-il. Le rapport entre politique économique et politique sociale évolue également.
« Les partis tendent davantage à présenter l’emploi et la protection sociale comme deux dimensions complémentaires : à l’entreprise la création d’emplois, à l’État l’accompagnement des transitions professionnelles et la protection des revenus ». Là encore, pas question pour Semmouni de parler de rupture avec 2021. « Une partie des engagements actuels relève plutôt de la prolongation, de l’approfondissement ou de la correction de politiques déjà engagées depuis cinq ans », estime-t-il.
Après la campagne, le vrai test
C’est ici que les deux lectures se rapprochent le plus : la question centrale n’est finalement pas seulement celle du contenu des promesses, mais celle de leur devenir. Dr Abderrahman Rachik pointe un mécanisme récurrent et un « décalage » observé entre discours de campagne et exercice effectif du pouvoir.
« Lorsque les partis politiques sont en campagne électorale, ils multiplient les propositions, les promesses et les solutions, et quand ils sont finalement aux commandes, ils disent qu’ils appliquent les projets sociaux du Souverain, et qu’ils ne peuvent appliquer leurs programmes électoraux puisqu’ils gouvernent avec d’autres formations.», fustige le socio-politologue.
Semmouni invite, lui, à pousser l’analyse plus loin et à soumettre chaque engagement à trois tests : « sa faisabilité financière, administrative et économique ». C’est précisément sur ce point que le constitutionnaliste place la barre de la crédibilité programmatique.
« Le véritable critère d'appréciation des programmes de 2026 ne devrait pas être le nombre de promesses, mais leur capacité à être transformées en politiques publiques mesurables : combien cela coûte, qui finance, selon quel calendrier, avec quels acteurs, quels indicateurs de résultat et quelle évaluation annuelle », explique Semmouni.
Comme argument, le professeur universitaire cite l'expérience de la période 2021-2026. « Une expérience qui montre l'écart qui peut exister entre un engagement électoral et sa réalisation effective. Le programme gouvernemental issu de 2021 avait notamment placé la création d'un million d'emplois au centre de ses engagements, alors que le marché du travail a ensuite connu d'importantes difficultés, notamment pour les jeunes», conclut-il.
À quelques jours du scrutin, le social apparaît ainsi moins comme un thème parmi d’autres que comme un terrain majeur de confrontation programmatique. Entre les attentes sociales, les promesses électorales, leur faisabilité et les contraintes de l’action gouvernementale, le rendez-vous du 23 septembre ne clôturera pas le débat : il en déplacera seulement le centre de gravité vers l’exécution.
Axe central
« L’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, le logement et la protection sociale sont devenus les principaux sujets de préoccupation électorale, particulièrement chez les jeunes. Le chômage des 15-24 ans, qui a atteint 37,2 % en 2025 contre 36,7 % en 2024, contribue notamment à expliquer la place accordée à l’emploi, à la formation et à l’insertion professionnelle », note Dr Cherkaoui Semmouni.
À cette réalité s’ajoute, selon lui, l’évolution du chantier de l’État social. Avec la généralisation de la protection sociale, de l’AMO et des aides, les partis ne peuvent plus se contenter de promesses générales de développement économique. « Ils sont désormais attendus sur une question plus concrète : comment transformer la croissance en amélioration effective des conditions de vie ? » interroge le professeur de Droit Constitutionnel.
Une lecture que ne conteste pas le socio-politologue Abderrahman Rachik, mais qu’il replace dans une autre perspective. Pour lui, la dimension sociale est avant tout une « thématique mobilisatrice ». « Les mouvements sociaux, notamment depuis 2011 (Printemps arabe), ont axé leurs revendications sur le social, plus particulièrement l’enseignement et la santé. Le chômage, le logement et le transport restent relativement secondaire », soutient Dr Rachik. « Mais l’essentiel de la mobilisation sociale reste la faiblesse du pouvoir d’achat et les prix des denrées alimentaires nécessaires qui ont été multipliés par deux », ajoute-t-il.
Priorités communes, réponses différentes
Sur le papier, les grandes priorités affichées par les partis présentent de nombreuses similitudes. Création d’emplois, insertion des jeunes, formation professionnelle, entrepreneuriat, pouvoir d’achat, santé, éducation et réduction des inégalités territoriales forment un socle commun comme le note Semmouni. Selon ce dernier, la différence se situerait davantage dans les moyens mobilisés que dans les objectifs affichés.
« Si le RNI insiste notamment sur la consolidation des politiques déjà engagées, l’emploi, les salaires et l’indexation des aides sur l’inflation, le PAM met en avant ses pactes en faveur des jeunes et du pouvoir d’achat. L’Istiqlal insiste davantage sur la cohésion familiale, le pouvoir d’achat et les services publics. Le PJD met l’accent sur les TPE, la concurrence et la conditionnalité des soutiens publics à la création d’emplois. Le PPS affiche, de son côté, un programme particulièrement chiffré », analyse Dr Cherkaoui Semmouni. Il cite notamment le « Pacte d’intégration des jeunes » du PAM, doté de 50 milliards de dirhams sur cinq ans, l’objectif de l’USFP d’insérer 200.000 jeunes par an dans l’emploi ou l’entrepreneuriat, ou encore le Fonds national de la jeunesse proposé par le PPS.
Mais pour Dr Rachik, le contenu des meetings partisans donne une autre image de cette offre. « Les différents discours présentés lors des meetings se limitent plutôt à la dénonciation, aux accusations des adversaires, aux critiques des partis politiques représentés au gouvernement face à la flambée des prix à la consommation et à la mauvaise gestion des biens publics », critique le socio-politologue.
Plus de chiffres qu’en 2021, mais...
En termes de différenciation, pour Semmouni, une évolution est néanmoins perceptible par rapport à 2021. Les programmes de 2026 seraient, sur certains aspects, plus opérationnels et davantage chiffrés, même si cette évolution reste inégale selon les partis. « Nombre d’emplois à créer, jeunes à accompagner, enveloppes financières, objectifs de chômage ou encore recrutements : les engagements sont plus souvent associés à des objectifs quantifiés », analyse-t-il.
Le programme du PPS en constitue un exemple particulièrement visible avec 220 engagements, 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires et 622 milliards de recettes additionnelles, auxquels s’ajoutent des objectifs dans la santé et l’éducation. Le PAM et l’USFP affichent également plusieurs objectifs chiffrés.
Semmouni introduit cependant une nuance essentielle : Un programme plus chiffré n’est pas nécessairement un programme plus crédible. « Il faut faire une distinction essentielle entre le degré de précision des promesses et la précision de leur financement, le calendrier, les économies attendues ou les mécanismes institutionnels permettant leur réalisation », insiste-t-il.
Le social change de périmètre
Dans son analyse, Dr Semmouni relève une évolution dans la conception même du social. Décryptage ? « Le spectre du social dans le discours de cette campagne 2026 ne se limite plus à la lutte contre la pauvreté. Il englobe désormais l’emploi des jeunes, la formation continue, la reconversion professionnelle, l’entrepreneuriat, le logement, la mobilité, la santé, le pouvoir d’achat, les retraites, le soutien aux familles ou encore l’accompagnement des personnes éloignées du marché du travail », énumère le professeur de droit constitutionnel.
Il cite par ailleurs l’exemple de l’axe « Jeunesse » qui illustre particulièrement cette évolution. « Première expérience professionnelle, accompagnement individualisé, mobilité géographique, formation aux métiers numériques ou dispositifs destinés aux NEET occupent une place plus visible dans les programmes », note-t-il. Le rapport entre politique économique et politique sociale évolue également.
« Les partis tendent davantage à présenter l’emploi et la protection sociale comme deux dimensions complémentaires : à l’entreprise la création d’emplois, à l’État l’accompagnement des transitions professionnelles et la protection des revenus ». Là encore, pas question pour Semmouni de parler de rupture avec 2021. « Une partie des engagements actuels relève plutôt de la prolongation, de l’approfondissement ou de la correction de politiques déjà engagées depuis cinq ans », estime-t-il.
Après la campagne, le vrai test
C’est ici que les deux lectures se rapprochent le plus : la question centrale n’est finalement pas seulement celle du contenu des promesses, mais celle de leur devenir. Dr Abderrahman Rachik pointe un mécanisme récurrent et un « décalage » observé entre discours de campagne et exercice effectif du pouvoir.
« Lorsque les partis politiques sont en campagne électorale, ils multiplient les propositions, les promesses et les solutions, et quand ils sont finalement aux commandes, ils disent qu’ils appliquent les projets sociaux du Souverain, et qu’ils ne peuvent appliquer leurs programmes électoraux puisqu’ils gouvernent avec d’autres formations.», fustige le socio-politologue.
Semmouni invite, lui, à pousser l’analyse plus loin et à soumettre chaque engagement à trois tests : « sa faisabilité financière, administrative et économique ». C’est précisément sur ce point que le constitutionnaliste place la barre de la crédibilité programmatique.
« Le véritable critère d'appréciation des programmes de 2026 ne devrait pas être le nombre de promesses, mais leur capacité à être transformées en politiques publiques mesurables : combien cela coûte, qui finance, selon quel calendrier, avec quels acteurs, quels indicateurs de résultat et quelle évaluation annuelle », explique Semmouni.
Comme argument, le professeur universitaire cite l'expérience de la période 2021-2026. « Une expérience qui montre l'écart qui peut exister entre un engagement électoral et sa réalisation effective. Le programme gouvernemental issu de 2021 avait notamment placé la création d'un million d'emplois au centre de ses engagements, alors que le marché du travail a ensuite connu d'importantes difficultés, notamment pour les jeunes», conclut-il.
À quelques jours du scrutin, le social apparaît ainsi moins comme un thème parmi d’autres que comme un terrain majeur de confrontation programmatique. Entre les attentes sociales, les promesses électorales, leur faisabilité et les contraintes de l’action gouvernementale, le rendez-vous du 23 septembre ne clôturera pas le débat : il en déplacera seulement le centre de gravité vers l’exécution.
