Société
Diphtérie au Maroc : faut-il s’inquiéter de sa réapparition ?
Après plus de trois décennies de quasi-absence, la diphtérie réapparaît au Maroc avec deux foyers familiaux signalés dans le Souss-Massa. Si la confirmation d’un cas et les décès rapportés appellent à une vigilance renforcée, Dr Tayeb Hamdi estime qu’il est encore trop tôt pour parler d’une épidémie nationale. Vaccination, surveillance, symptômes et retour historique sur une maladie que l’on croyait presque éradiquée.
Hayat Kamal Idrissi
Après trois décennies, la bactérie fait sa réapparition

Vigilance, prévention et vaccination pour faire face à la diphtérie
La diphtérie fait de nouveau parler d’elle au Maroc. Après plusieurs décennies durant lesquelles la maladie était devenue exceptionnellement rare, deux foyers familiaux ont été signalés dans la région de Souss-Massa, ravivant les inquiétudes autour des maladies évitables par la vaccination. Dans son communiqué du 28 septembre 2026, le ministère de la Santé et de la Protection sociale a fait état d’un cas confirmé biologiquement et de huit autres cas en cours d’investigation, parmi lesquels deux décès ont été rapportés. Les premières informations indiquent que les enfants concernés n’étaient pas vaccinés ou n’avaient pas reçu toutes les doses recommandées.
« Ces éléments constituent une alerte sanitaire qui nécessite une réponse rapide, mais ne suffisent pas, à ce stade, à conclure à une épidémie à l’échelle nationale », pour Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, également vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS), l’enjeu est désormais de déterminer l’étendue réelle de la circulation de la bactérie, d’identifier les personnes exposées et de combler les éventuelles lacunes vaccinales. « Il est important de distinguer le signal d’alerte que représentent ces foyers familiaux de la réalité d’une éventuelle propagation à l’échelle nationale », souligne-t-il. La priorité est donc de documenter la situation, sans céder à la panique ni sous-estimer le risque.
Une maladie presque oubliée
Le retour de la diphtérie au Maroc marque une rupture avec plusieurs décennies de contrôle de la maladie. Avant la généralisation de la vaccination, cette infection bactérienne constituait une menace sérieuse pour les enfants. Le développement du Programme national d’immunisation a ensuite permis de réduire considérablement son incidence. Selon les données historiques rappelées par Dr Hamdi, « 14 cas avaient été enregistrés en 1989, puis un seul en 1991. La maladie est par la suite devenue exceptionnellement rare dans le pays », affirme le spécialiste.
Cette évolution témoigne de l’efficacité de la vaccination, mais ne signifie pas que la bactérie a complètement disparu. « La situation observée dans plusieurs pays africains rappelle, au contraire, que la diphtérie peut réapparaître lorsque des populations insuffisamment protégées sont exposées à l’agent infectieux », explique Dr Hamdi.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi signalé une recrudescence importante de la maladie dans la région africaine. Entre 2023 et 2024, environ 57.000 cas suspects et 2.000 décès ont été rapportés dans plusieurs pays, dont l’Algérie et la Mauritanie. Le 2 novembre 2025, huit pays de la région africaine de l’OMS avaient déclaré plus de 20.400 cas suspects et 1.252 décès depuis le début de l’année. Ces chiffres montrent que la maladie reste une préoccupation sanitaire régionale, même dans un contexte où la vaccination a permis d’en réduire fortement la fréquence.
Risque de transmission
Toujours selon Dr Tayeb Hamdi, la détection de deux foyers familiaux dans le Souss-Massa mérite une attention particulière. Les spécialistes affirment que la proximité entre les personnes vivant sous le même toit favorise la transmission de la bactérie, notamment lorsque certains membres de la famille ne sont pas suffisamment immunisés. Les investigations épidémiologiques devront permettre de déterminer l’origine des contaminations, d’identifier les contacts et d’évaluer si d’autres personnes ont été exposées.
« Le fait qu’il ne s’agisse pas simplement d’un malade isolé, mais de deux foyers familiaux, est important. Cela signifie qu’il existe au minimum une transmission de proximité autour des cas identifiés », analyse Dr Hamdi. Pour le spécialiste, il reste toutefois nécessaire de connaître les résultats définitifs des investigations avant de tirer des conclusions sur l’ampleur de la circulation de la bactérie.
Cette prudence est d’autant plus importante que le nombre de cas suspects ne doit pas être confondu avec celui des cas confirmés. « Au moment du communiqué ministériel du 28 septembre, un seul cas avait été confirmé biologiquement, tandis que huit autres faisaient encore l’objet d’investigations », insiste Hamdi.
Une infection mortelle
La diphtérie est une maladie infectieuse provoquée principalement par la bactérie Corynebacterium diphtheriae. Sa dangerosité tient surtout à la toxine produite par certaines souches, susceptible d’endommager plusieurs organes. « La maladie se transmet essentiellement par les gouttelettes respiratoires et les contacts rapprochés avec une personne infectée. Elle peut également se propager par contact avec des lésions cutanées. Certains porteurs de la bactérie peuvent transmettre l’infection sans présenter de symptômes apparents », explique Dr Hamdi.
Les premiers signes ressemblent parfois à ceux d’une infection ORL courante : mal de gorge, fièvre modérée, fatigue et difficultés à avaler. « Mais certains symptômes doivent alerter, notamment l’apparition d’une membrane grisâtre, épaisse et fortement adhérente au niveau des amygdales ou de la gorge, ainsi qu’un gonflement du cou ou des difficultés respiratoires », met en garde le médecin.
« La gravité de la diphtérie tient à deux mécanismes : l’obstruction des voies respiratoires par la membrane et l’action de la toxine sur l’organisme », explique-t-il. Dans les formes sévères, cette toxine peut notamment provoquer une myocardite, c’est-à-dire une inflammation du muscle cardiaque, ainsi que des complications neurologiques. « La maladie peut donc engager le pronostic vital, en particulier lorsque le diagnostic et la prise en charge tardent », détaille le spécialiste.
Face à une suspicion de diphtérie respiratoire, la prise en charge doit être urgente. Elle repose notamment sur l’administration d’antibiotiques et, lorsque cela est indiqué, d’une antitoxine diphtérique destinée à neutraliser la toxine encore présente dans l’organisme. « Le traitement ne doit pas être retardé dans l’attente des résultats définitifs du laboratoire lorsqu’une forte suspicion clinique existe. L’identification et la prise en charge des contacts proches font également partie des mesures essentielles pour limiter la transmission », indique le médecin.
Vaccination, principale ligne de protection
Comment expliquer la réapparition d’une maladie devenue si rare au Maroc ? Pour Dr Tayeb Hamdi, la réponse se trouve principalement dans le niveau d’immunité de la population. La vaccination a permis de contrôler la diphtérie, mais cette protection collective dépend du maintien d’une couverture vaccinale élevée. « Lorsque des enfants ne reçoivent pas les doses prévues ou interrompent leur calendrier vaccinal, des poches de personnes vulnérables peuvent se constituer. La protection peut également diminuer avec le temps, d’où l’importance des doses de rappel recommandées », explique le spécialiste.
Le vaccin contre la diphtérie repose sur une anatoxine, c’est-à-dire une toxine rendue inoffensive qui stimule la réponse immunitaire. Il est généralement administré dans le cadre de vaccins combinés, notamment contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Il protège efficacement contre les formes graves de la maladie, mais nécessite plusieurs doses et des rappels pour maintenir une protection durable. L’OMS recommande une série vaccinale primaire durant la petite enfance, suivie de doses de rappel au cours de l’enfance et de l’adolescence.
Le cas des foyers familiaux du Souss-Massa souligne ainsi l’importance de vérifier le statut vaccinal des enfants, de rattraper les doses manquantes et de s’assurer que les personnes exposées bénéficient des mesures préventives adaptées. « La vaccination ne doit pas être considérée comme une mesure ponctuelle, mais comme une protection à maintenir dans la durée », insiste le spécialiste des systèmes de santé.
Episode rougeole
La localisation des premiers foyers dans le Souss-Massa rappelle également l’épisode de la rougeole, dont la recrudescence au Maroc, amorcée fin 2023, a mis en évidence les conséquences possibles des insuffisances vaccinales. Pour Dr Hamdi, cette succession d’alertes doit inciter à examiner de près les éventuelles poches de sous-vaccination.
« Après l’expérience de la rougeole, l’apparition aujourd’hui de foyers familiaux de diphtérie dans cette même région doit être considérée comme une deuxième alerte sérieuse sur l’existence possible de groupes insuffisamment protégés contre plusieurs maladies évitables par la vaccination », avertit le médecin.
L’enjeu est donc de ne pas se limiter à la gestion des cas identifiés. Il faut également rechercher les éventuelles lacunes dans la couverture vaccinale, repérer les enfants non vaccinés ou incomplètement vaccinés et organiser des opérations de rattrapage ciblées, notamment dans les zones où des insuffisances seraient confirmées, conseille-t-il.
Evolution de la situation
Au-delà des premiers cas signalés, plusieurs indicateurs permettront de mieux apprécier l’évolution de la situation au Maroc. « Le premier concerne le nombre de cas confirmés biologiquement et leur répartition géographique. L’apparition de cas sans lien épidémiologique avec les foyers initiaux constituerait également un élément important à examiner », nous explique Dr Hamdi.
Selon ce dernier, il faudra également suivre les résultats des investigations autour des cas suspects, le nombre de contacts identifiés et pris en charge, ainsi que l’existence éventuelle de nouvelles chaînes de transmission. La recherche de cas doit être accompagnée d’une vérification du statut vaccinal des personnes concernées et d’une évaluation plus précise de la couverture vaccinale dans les zones touchées.
« La rapidité de la réponse sanitaire sera tout aussi déterminante : isolement et prise en charge des cas suspects, prophylaxie des contacts lorsque nécessaire (NDLR mesures médicales et sanitaires appliquées aux personnes ayant été en contact direct ou étroit avec un sujet infecté), disponibilité des traitements et rattrapage vaccinal des personnes insuffisamment protégées », énumère le spécialiste.
Pas de panique !
Pour Dr Hamdi, la priorité est claire : « Il faut identifier rapidement tous les contacts des cas, les dépister et les prendre en charge selon les protocoles, vérifier leur statut vaccinal, assurer les traitements prophylactiques nécessaires et rechercher activement d’éventuels autres cas».
La situation actuelle appelle donc à la prudence. La confirmation d’un cas après plusieurs décennies de quasi-absence, associée à deux foyers familiaux et à des décès rapportés parmi les cas investigués, constitue un signal sanitaire sérieux. Mais l’ampleur de la circulation de la bactérie reste à établir. « Pour la population générale, il n’y a pas lieu de céder à la panique. En revanche, il serait dangereux de considérer le retour de la diphtérie comme un simple accident sans signification », conclut Dr Tayeb Hamdi.
« Ces éléments constituent une alerte sanitaire qui nécessite une réponse rapide, mais ne suffisent pas, à ce stade, à conclure à une épidémie à l’échelle nationale », pour Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, également vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS), l’enjeu est désormais de déterminer l’étendue réelle de la circulation de la bactérie, d’identifier les personnes exposées et de combler les éventuelles lacunes vaccinales. « Il est important de distinguer le signal d’alerte que représentent ces foyers familiaux de la réalité d’une éventuelle propagation à l’échelle nationale », souligne-t-il. La priorité est donc de documenter la situation, sans céder à la panique ni sous-estimer le risque.
Une maladie presque oubliée
Le retour de la diphtérie au Maroc marque une rupture avec plusieurs décennies de contrôle de la maladie. Avant la généralisation de la vaccination, cette infection bactérienne constituait une menace sérieuse pour les enfants. Le développement du Programme national d’immunisation a ensuite permis de réduire considérablement son incidence. Selon les données historiques rappelées par Dr Hamdi, « 14 cas avaient été enregistrés en 1989, puis un seul en 1991. La maladie est par la suite devenue exceptionnellement rare dans le pays », affirme le spécialiste.
Cette évolution témoigne de l’efficacité de la vaccination, mais ne signifie pas que la bactérie a complètement disparu. « La situation observée dans plusieurs pays africains rappelle, au contraire, que la diphtérie peut réapparaître lorsque des populations insuffisamment protégées sont exposées à l’agent infectieux », explique Dr Hamdi.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi signalé une recrudescence importante de la maladie dans la région africaine. Entre 2023 et 2024, environ 57.000 cas suspects et 2.000 décès ont été rapportés dans plusieurs pays, dont l’Algérie et la Mauritanie. Le 2 novembre 2025, huit pays de la région africaine de l’OMS avaient déclaré plus de 20.400 cas suspects et 1.252 décès depuis le début de l’année. Ces chiffres montrent que la maladie reste une préoccupation sanitaire régionale, même dans un contexte où la vaccination a permis d’en réduire fortement la fréquence.
Risque de transmission
Toujours selon Dr Tayeb Hamdi, la détection de deux foyers familiaux dans le Souss-Massa mérite une attention particulière. Les spécialistes affirment que la proximité entre les personnes vivant sous le même toit favorise la transmission de la bactérie, notamment lorsque certains membres de la famille ne sont pas suffisamment immunisés. Les investigations épidémiologiques devront permettre de déterminer l’origine des contaminations, d’identifier les contacts et d’évaluer si d’autres personnes ont été exposées.
« Le fait qu’il ne s’agisse pas simplement d’un malade isolé, mais de deux foyers familiaux, est important. Cela signifie qu’il existe au minimum une transmission de proximité autour des cas identifiés », analyse Dr Hamdi. Pour le spécialiste, il reste toutefois nécessaire de connaître les résultats définitifs des investigations avant de tirer des conclusions sur l’ampleur de la circulation de la bactérie.
Cette prudence est d’autant plus importante que le nombre de cas suspects ne doit pas être confondu avec celui des cas confirmés. « Au moment du communiqué ministériel du 28 septembre, un seul cas avait été confirmé biologiquement, tandis que huit autres faisaient encore l’objet d’investigations », insiste Hamdi.
Une infection mortelle
La diphtérie est une maladie infectieuse provoquée principalement par la bactérie Corynebacterium diphtheriae. Sa dangerosité tient surtout à la toxine produite par certaines souches, susceptible d’endommager plusieurs organes. « La maladie se transmet essentiellement par les gouttelettes respiratoires et les contacts rapprochés avec une personne infectée. Elle peut également se propager par contact avec des lésions cutanées. Certains porteurs de la bactérie peuvent transmettre l’infection sans présenter de symptômes apparents », explique Dr Hamdi.
Les premiers signes ressemblent parfois à ceux d’une infection ORL courante : mal de gorge, fièvre modérée, fatigue et difficultés à avaler. « Mais certains symptômes doivent alerter, notamment l’apparition d’une membrane grisâtre, épaisse et fortement adhérente au niveau des amygdales ou de la gorge, ainsi qu’un gonflement du cou ou des difficultés respiratoires », met en garde le médecin.
« La gravité de la diphtérie tient à deux mécanismes : l’obstruction des voies respiratoires par la membrane et l’action de la toxine sur l’organisme », explique-t-il. Dans les formes sévères, cette toxine peut notamment provoquer une myocardite, c’est-à-dire une inflammation du muscle cardiaque, ainsi que des complications neurologiques. « La maladie peut donc engager le pronostic vital, en particulier lorsque le diagnostic et la prise en charge tardent », détaille le spécialiste.
Face à une suspicion de diphtérie respiratoire, la prise en charge doit être urgente. Elle repose notamment sur l’administration d’antibiotiques et, lorsque cela est indiqué, d’une antitoxine diphtérique destinée à neutraliser la toxine encore présente dans l’organisme. « Le traitement ne doit pas être retardé dans l’attente des résultats définitifs du laboratoire lorsqu’une forte suspicion clinique existe. L’identification et la prise en charge des contacts proches font également partie des mesures essentielles pour limiter la transmission », indique le médecin.
Vaccination, principale ligne de protection
Comment expliquer la réapparition d’une maladie devenue si rare au Maroc ? Pour Dr Tayeb Hamdi, la réponse se trouve principalement dans le niveau d’immunité de la population. La vaccination a permis de contrôler la diphtérie, mais cette protection collective dépend du maintien d’une couverture vaccinale élevée. « Lorsque des enfants ne reçoivent pas les doses prévues ou interrompent leur calendrier vaccinal, des poches de personnes vulnérables peuvent se constituer. La protection peut également diminuer avec le temps, d’où l’importance des doses de rappel recommandées », explique le spécialiste.
Le vaccin contre la diphtérie repose sur une anatoxine, c’est-à-dire une toxine rendue inoffensive qui stimule la réponse immunitaire. Il est généralement administré dans le cadre de vaccins combinés, notamment contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Il protège efficacement contre les formes graves de la maladie, mais nécessite plusieurs doses et des rappels pour maintenir une protection durable. L’OMS recommande une série vaccinale primaire durant la petite enfance, suivie de doses de rappel au cours de l’enfance et de l’adolescence.
Le cas des foyers familiaux du Souss-Massa souligne ainsi l’importance de vérifier le statut vaccinal des enfants, de rattraper les doses manquantes et de s’assurer que les personnes exposées bénéficient des mesures préventives adaptées. « La vaccination ne doit pas être considérée comme une mesure ponctuelle, mais comme une protection à maintenir dans la durée », insiste le spécialiste des systèmes de santé.
Episode rougeole
La localisation des premiers foyers dans le Souss-Massa rappelle également l’épisode de la rougeole, dont la recrudescence au Maroc, amorcée fin 2023, a mis en évidence les conséquences possibles des insuffisances vaccinales. Pour Dr Hamdi, cette succession d’alertes doit inciter à examiner de près les éventuelles poches de sous-vaccination.
« Après l’expérience de la rougeole, l’apparition aujourd’hui de foyers familiaux de diphtérie dans cette même région doit être considérée comme une deuxième alerte sérieuse sur l’existence possible de groupes insuffisamment protégés contre plusieurs maladies évitables par la vaccination », avertit le médecin.
L’enjeu est donc de ne pas se limiter à la gestion des cas identifiés. Il faut également rechercher les éventuelles lacunes dans la couverture vaccinale, repérer les enfants non vaccinés ou incomplètement vaccinés et organiser des opérations de rattrapage ciblées, notamment dans les zones où des insuffisances seraient confirmées, conseille-t-il.
Evolution de la situation
Au-delà des premiers cas signalés, plusieurs indicateurs permettront de mieux apprécier l’évolution de la situation au Maroc. « Le premier concerne le nombre de cas confirmés biologiquement et leur répartition géographique. L’apparition de cas sans lien épidémiologique avec les foyers initiaux constituerait également un élément important à examiner », nous explique Dr Hamdi.
Selon ce dernier, il faudra également suivre les résultats des investigations autour des cas suspects, le nombre de contacts identifiés et pris en charge, ainsi que l’existence éventuelle de nouvelles chaînes de transmission. La recherche de cas doit être accompagnée d’une vérification du statut vaccinal des personnes concernées et d’une évaluation plus précise de la couverture vaccinale dans les zones touchées.
« La rapidité de la réponse sanitaire sera tout aussi déterminante : isolement et prise en charge des cas suspects, prophylaxie des contacts lorsque nécessaire (NDLR mesures médicales et sanitaires appliquées aux personnes ayant été en contact direct ou étroit avec un sujet infecté), disponibilité des traitements et rattrapage vaccinal des personnes insuffisamment protégées », énumère le spécialiste.
Pas de panique !
Pour Dr Hamdi, la priorité est claire : « Il faut identifier rapidement tous les contacts des cas, les dépister et les prendre en charge selon les protocoles, vérifier leur statut vaccinal, assurer les traitements prophylactiques nécessaires et rechercher activement d’éventuels autres cas».
La situation actuelle appelle donc à la prudence. La confirmation d’un cas après plusieurs décennies de quasi-absence, associée à deux foyers familiaux et à des décès rapportés parmi les cas investigués, constitue un signal sanitaire sérieux. Mais l’ampleur de la circulation de la bactérie reste à établir. « Pour la population générale, il n’y a pas lieu de céder à la panique. En revanche, il serait dangereux de considérer le retour de la diphtérie comme un simple accident sans signification », conclut Dr Tayeb Hamdi.
