Institut français du Maroc. Un optimisme affirmé à Rabat, à contre-courant de la morosité en France
Le contraste était saisissant, mardi 6 octobre 2026, à la Résidence de France à Rabat. Tandis que l’Hexagone reste confronté à un climat de morosité, sur fond de tensions politiques et de contraintes budgétaires, l’ambiance était résolument festive et optimiste lors du lancement de la nouvelle saison culturelle 2026-2027 de l’Institut français du Maroc.
Devant un parterre de journalistes, d'artistes et d'invités, le nouvel ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, et la directrice de l’Institut français du Maroc, Chloé Goupille, ont dévoilé une programmation ambitieuse, tournée vers l’innovation, la jeunesse et la création artistique.
Baptisée «J-Lioum, ce qui vient», cette deuxième saison promet de nombreuses découvertes à travers les douze antennes de l’Institut français au Maroc.
Mais comment expliquer un tel volontarisme culturel alors que la France est appelée à réduire ses dépenses publiques ? C’est précisément le paradoxe soulevé par L’Observateur du Maroc et d’Afrique, lors de la conférence de presse.
Dans sa réponse, Philippe Lalliot n’a pas cherché à minimiser les difficultés budgétaires françaises.
«On a un sujet qui est un sujet de finances publiques qu’il va falloir assainir. Si on ne le fait pas, on se prépare des lendemains difficiles», a reconnu le diplomate, rappelant que la maîtrise des dépenses constitue un objectif gouvernemental déjà engagé. Toutefois, l’ambassadeur a tenu à rassurer sur l’avenir de l’action culturelle française à l’étranger.
«Des économies ont été faites par ailleurs, mais on a préservé le fonctionnement de nos ambassades, de nos consulats et le financement des politiques à l’extérieur, notamment de la politique culturelle», a-t-il précisé.
Cette relative protection repose également sur un modèle économique particulier. Selon Philippe Lalliot, les Instituts français bénéficient d’une capacité d’autofinancement qui atteint 90% pour ce qui est du Maroc. L’ambassadeur a salué l’exemplarité du Royaume sur ce registre.
Les cours de langue représentent une source majeure de revenus. L’enjeu, selon le diplomate, consiste désormais à diversifier les publics, en développant notamment les prestations destinées aux entreprises et aux institutions souhaitant former leurs collaborateurs.
«À l’avenir, il faudra garantir et sécuriser ces financements-là», a insisté l’ambassadeur.
Un partenariat culturel «d’égal à égal»
Au-delà des considérations budgétaires, Philippe Lalliot a inscrit l’ambition de son pays dans une vision plus large des relations franco-marocaines.
Pour lui, la France et le Maroc partagent un attachement profond à la culture et à sa valorisation.
Le diplomate s’est dit particulièrement impressionné par le dynamisme artistique marocain. Il a notamment salué la richesse des infrastructures muséales du Royaume et l’effervescence de sa scène culturelle. Cette vitalité permet, selon lui, de construire une coopération dépassant les schémas traditionnels de diffusion culturelle à sens unique.
«Nous parlons d’égal à égal sur des questions liées tant à la préservation et à la valorisation du patrimoine qu’à la création contemporaine», a affirmé Philippe Lalliot.
Une formule qui résume l’esprit dans lequel l’ambassadeur souhaite inscrire les échanges entre les deux pays.
L’innovation sous les feux de la rampe
Présentant les grandes orientations de la nouvelle saison, Chloé Goupille a annoncé la consolidation de «J-Lioum» comme signature culturelle de l’Institut français du Maroc dont elle est la nouvelle directrice depuis septembre dernier.
L’édition 2026 donne la part belle à l’innovation et ambitionne d’explorer les transformations contemporaines dans toute leur diversité, en dépassant les seules dimensions technologiques.
L’intelligence artificielle occupera une place notable dans les débats. Le prix Nobel d’économie Philippe Aghion est notamment annoncé pour une intervention consacrée aux bouleversements économiques et sociaux liés à cette technologie.
Le cycle «Les Innovantes» donnera, de son côté, une visibilité particulière aux femmes engagées dans la recherche, les sciences et l’innovation.
La création numérique sera également à l’honneur avec les dix ans de Novembre Numérique, célébrés à travers une programmation mêlant musique, image, spectacle vivant et expériences immersives.
Le chorégraphe Mourad Merzouki développera un projet associant danse et arts numériques avec des artistes français et marocains, tandis que l’artiste visuel Oualid Lazrak proposera, avec De l’atome au pixel, une exploration artistique inspirée des découvertes scientifiques médiévales.
Autre originalité : le retour de Jdid b lqdim, une proposition musicale fondée sur le recyclage créatif d’anciennes cassettes audio.
L’Institut français entend également élargir l’accès à la culture grâce au Bibliotobiss, sa bibliothèque mobile, et poursuivre ses programmes de résidences, de formation et d’accompagnement des artistes.
L’optimisme affiché par les organisateurs ne s’est pas limité aux discours. Les journalistes et les invités ont pu découvrir, séance tenante, un aperçu vivant de la programmation.
Parmi les moments forts de cette soirée, le spectacle Mawja, associant les jeunes talents de l’École nationale de cirque Shems’y au travail chorégraphique du danseur franco-marocain Fouad Boussouf, a particulièrement illustré l’esprit de cette nouvelle saison.
Entre prouesses acrobatiques, précision des mouvements et puissance expressive des corps, cette rencontre entre les arts du cirque et la danse contemporaine a offert une démonstration convaincante de la richesse des collaborations artistiques franco-marocaines.
Les portraits dansés de Donnez-moi une minute, proposés par Doria Bellanger, ont également marqué cette soirée, tout comme la performance musicale de Mister ID accompagné d’un groupe Ahwach, conjuguant traditions marocaines et sonorités contemporaines.
De Rabat à Laâyoune, une ambition culturelle élargie
Cette dynamique culturelle se veut également territoriale. L’un des développements mis en avant concerne l’Alliance française de Laâyoune, inaugurée officiellement le 1er juillet dernier.
Sa présidente, Elaalia Bougzaje, souligne dans une déclaration à L’Observateur du Maroc et d’Afrique la forte demande locale pour l’apprentissage du français et les activités culturelles.
Après avoir accueilli entre 160 et 170 apprenants lors de sa phase de lancement, la structure compte près de 400 inscrits pour la session d’automne.
Des partenariats locaux sont engagés avec plusieurs établissements de formation supérieure et professionnelle, dont la Faculté de médecine, l’École supérieure de technologie et l’OFPPT, afin de consolider durablement son implantation dans les provinces du Sud du Royaume.
Cette expansion traduit la volonté de renforcer la présence culturelle et éducative dans différents territoires du Royaume dont le Sahara marocain, bien au-delà des grands centres urbains.
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