Prix de l’or au Maroc - Leila Miyara : « Il subsiste toujours un écart déraisonnable et inexplicable avec la bourse internationale »
Alors que le cours de l’or évolue autour de 4.125 dollars l’once - soit près de 132,62 dollars le gramme - sur le marché international, ce jeudi 5 novembre 2026, selon les données de la plateforme canadienne Kitco qui est une référence mondiale en la matière, la flambée des prix et leur forte volatilité mettent à rude épreuve le secteur marocain de la bijouterie. En sa qualité de vice-présidente de la Fédération marocaine des bijoutiers, Leila Miyara alerte sur les écarts inexpliqués entre les cours mondiaux et les prix pratiqués au Maroc, la paralysie du marché et les difficultés croissantes des petits artisans, dont beaucoup ont été contraints de fermer leurs ateliers.
L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Qu'est-ce qui se passe dans le secteur de l'or en ce moment ? La volatilité, les prix, les flottements, etc. Y a-t-il des explications raisonnables ?
Leila Miyara : Oui, aujourd'hui le secteur de l'or est un secteur très, très, très volatil. Les prix de la bourse mondiale changent trois, quatre fois par jour parce qu'aujourd'hui l'or est la seule valeur refuge. Et les investissements en or se sont élevés de plusieurs milliers de tonnes. Même les banques centrales des pays achètent l'or aujourd'hui parce que c'est la seule valeur sûre, disons, du marché avec tout ce qui se passe aujourd'hui : les crises mondiales, les guerres... Donc, aujourd'hui, seul l'investissement dans l'or compte, et son prix est lié à plusieurs facteurs dont les crises, les guerres, le prix de l'essence, les taux de crédit, le cours du dollar. Donc tous ces facteurs influent sur la valeur de l'or.
Et au Maroc, on voit qu'il y a un recul par rapport à l'achat de l'or. Les gens, bien sûr chez nous au Maroc, pour les femmes, le lien avec l’or est très culturel. C'est-à-dire qu'avoir, posséder de l'or, c'est quelque chose de très, très important. On dit de l'or : « Zina o’khzina ». C'est-à-dire que les gens économisent de l'argent en investissant dans l'or et, en plus, ce sont des parures pour leurs fêtes, pour leurs célébrations. Ça a toujours été le cas pour les mariages, pour les naissances... C'est très culturel. Mais malheureusement aujourd'hui, avec ces prix qui grimpent de jour en jour, c'est très, très difficile d'acheter. Les gens attendent, ils sont dans un attentisme sans précédent.
Les gens qui vendent attendent aussi, parce qu'à un certain moment, il y avait beaucoup de pièces anciennes qui tournaient sur le marché, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les vendeurs attendent de voir si les prix montent encore plus haut, et les gens qui achètent attendent que les prix baissent. C'est un paradoxe. Bien sûr, pour les mariages et les grandes occasions, on continue à acheter par obligation, mais les acheteurs potentiels n'ont plus les budgets ni l'épargne pour s'offrir de l'or, à part les classes aisées qui ont les moyens et qui investissent dans cette valeur refuge.
Mais comment se porte le secteur d'une manière générale et principalement les petits bijoutiers ?
Leila Miyara : Le secteur ne se porte pas très bien parce qu'au Maroc, malheureusement, le prix de l'or dépasse de loin les cours de la bourse. Et ça, on ne l'a pas compris, parce qu'en général il y a le taux de change, et c'est tout ce qu'il devrait y avoir normalement. Mais là, comme l'or ne se vend presque pas au Maroc d'une façon régulière avec facture, il y a beaucoup de contrebande. Malheureusement, ces gens-là font parfois la pluie et le beau temps, ils fixent leurs propres prix. On est arrivé à des pics de 150 dirhams de différence par gramme entre la bourse et les prix nationaux.
En tant que Fédération, nous avons fait appel aux pouvoirs publics et aux instances concernées pour examiner cette situation, parce qu'il y va de l'avenir de ce secteur qui est très porteur et à forte valeur ajoutée. Aujourd'hui dans le monde, l'or génère un chiffre d'affaires dépassant les 300 milliards de dollars par an, ce qui représente une valeur considérable.
Des estimations pour les valeurs marocaines du marché ?
Leila Miyara : Pour la valeur marocaine, nous n'avons pas de chiffres. Malheureusement, il n'y a pas d'études, il n'y a pas de baromètre. Mais c'est un marché très porteur. L'activité a diminué par rapport à il y a quelques années parce qu'aujourd'hui, il y a aussi beaucoup d'importations, et la production nationale a donc baissé. Avec cette volatilité des prix, beaucoup de petits ateliers ont fermé faute de moyens pour acheter la matière première, devenue excessivement chère.
Et en matière d'emploi ?
Leila Miyara : C'est un secteur qui emploie énormément : on parle de près de 40.000 personnes qui travaillent dans ce domaine parmi les petits artisans. Mais aujourd'hui, avec la volatilité des prix, beaucoup de très petits ateliers - parfois composés d'une ou deux personnes - ont cessé leur activité. Même parmi les commerçants, certains ont dû s'arrêter parce qu'il n'y a plus de visibilité et qu'il y a énormément d'incertitude. On ne sait pas comment la situation va évoluer. Tant que persistent ces crises internationales, l'inconnu demeure. Au mois de septembre, par exemple, un pic historique a été atteint avant que le cours ne rechute puis remonte. Chaque jour apporte son lot de surprises, on ne sait plus comment réagir.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Leila Miyara : Aujourd'hui, par exemple, l'or brut est à 1.050 dirhams le gramme (chiffres de fin octobre). À l'étranger, il se situe aux alentours de 950 dirhams. Il subsiste donc toujours un écart déraisonnable et inexplicable avec la bourse internationale. À cela s'ajoutent le coût de la main-d'œuvre, les frais de fabrication et la marge commerciale. Même ces coûts ont doublé par rapport à ce qui se pratiquait il y a un an ou un an et demi.
Une explication pour cette hausse ?
Leila Miyara : Les artisans constatent que tout a augmenté autour d'eux. Le personnel demande des revalorisations salariales, ce qui les a conduits à répercuter ces hausses sur leurs propres tarifs.

