Libre cours

Par Naïm Kamal

20 ans de prison par contumace pour le vieux général à la retraite Khaled Nezzar et son fils. 15 ans pour deux autres généraux, moins vieux, et pour Saïd Bouteflika, frère de son frère et Louisa Hanoune, la trotskiste, militante de la première heure, qui s’est fourvoyée avec les services. Tous déjà en détention. A l’exception de la Louisa nationale en Algérie, tous ont détenu le pouvoir aux plus hauts sommets de l’Etat.

Khaled Nezzar a été ministre de la défense et chef d’état-major, chef de file du coup d’Etat en janvier 1992 contre le président Chadli Benjedid et contre les urnes qui avaient porté les islamistes du FIS à porte du pouvoir. Rien qu’à l’évocation de son nom, l’Algérie tremblait.

Le général Mediene, dit Toufiq, prince noir, prince de l’ombre, adoubé à ses débuts par Khaled Nezzar à la tête du tristement célèbre DRS, héritier de le Sécurité militaire, visage obscure qui interdisait qu’on prenne des photos de lui, a été pendant vingt ans faiseur de rois en Algérie ainsi que du beau temps et de la pluie. On disait de lui Robb Djazaïr.

Le général Athmane Tartag, la gueule de l’emploi, homme de main bien formé au métier par le bon vieux KGB soviétique, tueur en chef, second puis successeur de Toufiq. C’est à lui qu’on doit son ultime massacre de Aïn Amena à la suite d’une attaque terroriste contre le complexe pétrolier que les observateurs les plus avertis soupçonnent les services d’en avoir été les commanditaires.

Saïd Bouteflika, ni général ni rien du tout, aucune légitimité. Il doit son ascension à son frère, Abdelaziz de son prénom. Alter ego en même temps que factotum, aucun pléonasme n’est assez fort pour lui, avant de devenir sa tête pensante et son porte-parole quand le président prétendument élu en avait perdu la faculté suite à une attaque cérébrale. A l’image du forgeron,
il est devenu président en présidant. L’alpha et l’oméga de ce qui se faisait
en Algérie. Pas un sou ne sortait, pas une affaire ne se concluait, pas une décision ne se prenait sans qu’il n’y soit mêlé.
Si l’Algérie avait été un Etat normalement constitué, on devrait trouver parmi eux l’autre vieux général qui a permis aux frères Bouteflika de gouverner, Gaïd Salah, le néo Robb de l’Algérie. Mais l’Algérie n’est pas
un Etat normalement constitué. Peut-être qu’un jour. Qu’il faut espérer prochain. Pour l’Algérie.
Ce quartette de généraux qui symbolise ce qu’est le pouvoir militaire en Algérie a d’exécrable doit méditer dans son coin ou dans son exil pour Nezzar ce qu’est la précarité du pouvoir mal utilisé. Ce que comporte comme bile la décadence quand elle suit la gloire. Des décalitres. 10 par général,
400 litres pour l’ensemble. Entre temps le quarteron aura couté à l’Algérie 1.000 milliards de dollars américains. Envolés dans les poches privées et
les comptes personnels. Je ne sais pas si vous arrivez, vous, à visualiser ce que ça représente, mais moi il m’a fallu une comparaison : 10 fois le PIB du Maroc, c’est-à-dire 10 ans de ce que les 35 millions de Marocains que nous sommes génèrent comme richesses. 15 ans de prison, finalement, ce n’est pas cher payé.

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