Libre cours

Par Naïm Kamal

L’Institut français du Maroc a organisé les 8 et 9 novembre à Rabat et à Casablanca la «Nuit des philosophes». C’est dire tout l’état de la philosophie dans notre pays. C’est dire aussi l’état des départements de philosophie de nos facultés, car les initiateurs et les organisateurs ç’aurait dû être eux. Mais Descartes, comme chacun sait, est français comme Hegel est allemand de naissance et Engels anglais de décès. « Six ans après sa création, cet événement incontournable va permettre aux intervenants de débattre du thème du partage, des opinions et des questions comme « Comment peut-on vivre le partage aujourd’hui dans notre société ?’’ » Vaste débat, mais on n’a point besoin d’être philosophe patenté auprès de la Direction Générale des impôts pour répondre : mal ! « Entrée libre et gratuite » qu’ils ont cru bon de préciser sur l’affiche annonçant cette nuit (en fait deux), qu’il faut espérer aube des étoiles de la pensée pure. C’est dire encore que l’humour, même quand il est sans sens, surtout quand il est sans sens, peut provenir des philosophes. Dans le dictionnaire des citations j’ai trouvé cette définition de l’humour de Sacha Guitry, qui n’est pas philosophe, mais grand dramaturge qui a su faire traverser les siècles à la misogynie par l’humour : « Ce qui ne tolère pas la plaisanterie supporte mal la réflexion ».

Dans une dépêche de l’AFP, je tombe sur cette information qui en dit long sur l’état du monde : « Une note du KGB déclassifiée sur « le camarade Poutine », rendue publique lors d’une exposition à Saint- Pétersbourg ». J’accours et je tombe droit dans le panneau : le jeune camarade Poutine est « un élément consciencieux et discipliné. [Il] améliore sans cesse son niveau idéologique et politique [et] participe activement aux formations du parti ». C’est dire que si la Camarde Poutine avait été un tir au flanc et un fana de l’école buissonnière, c’est au goulag et pas au Kremlin qu’il aurait achevé sa carrière. C’est dire également que l’information c’est aussi un train qui arrive à l’heure et un chien qui a mordu un homme.

Les magistrats algériens se sont rebiffés et insurgés contre une décision de leur ministre qui a opéré un vaste mouvement de mutations dans leurs rangs. Grève illimitée qui se durcit de jour en jour et s’élargit pour briser la sacro-sainte dépendance de la Justice à l’égard du pouvoir. C’est dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, quand bien même leur mouvement aurait eu meilleure gueule si les magistrats avaient commencé par-là et bien avant que le hirak n’arrive à sa 38ème semaine. Mais c’est bien joué. Engager une grève à un mois de la présidentielle prévue pour le 12 décembre, au moment où les généraux auront tant besoin d’eux pour authentifier la légitimité du candidat que retiendra l’armée parmi les cinq qualifiés à la candidature, c’est dire que les juges algériens ont vraiment le sens de l’opportunité. Parmi les cinq élus pour la présidentielle, je mise, mais pas de grosses sommes, sur l’ancien premier ministre Ali Benaflis. Il peut se prévaloir dans ses titres de noblesse d’avoir tenu tête au clan de Bouteflika, même si ce clan qui s’apprête à l’élire avec un taux de participation à déterminer et un nombre de voix
qui ne lui donnerait pas des ailes, hésite entre lui et un autre ex-premier ministre, Abdelmajid Tebboune, dont la longévité à ce poste est un record à l’envers : 2 mois et 21 jours. Il voulait lutter contre la corruption. C’est dire qu’il y a des prétentions qu’un premier ministre ne devrait pas avoir, et de gros mots qu’il ne devrait jamais prononcer.

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