Entretien exclusif – Jared Kushner : « Le Roi Mohammed VI m’a prodigué d’excellents conseils » en faveur de la paix

Jared Kushner, Conseiller spécial du Président des États-Unis, Donald Trump

Jared Kushner, Conseiller spécial du Président des États-Unis, Donald Trump

 

Dans cet entretien exclusif accordé par le Conseiller spécial du Président des États-Unis, Jared Kushner, au Groupe Medradio-L’Observateur du Maroc, ce haut responsable américain parle du nouveau processus de paix entre Israël et les pays arabes qu’il œuvre depuis longtemps à faire avancer. Il parle aussi de l’ultime solution pour régler le problème du Sahara marocain.

Entretien réalisé par Ahmed Charaï 

 

L’Observateur du Maroc. La région du Moyen-Orient a subi des changements massifs. Votre vision stratégique d’une approche régionale a porté ses fruits. Vous avez travaillé en étroite collaboration avec le Président Trump pendant plus de 4 ans sous les attaques et les critiques. Quelle était votre motivation au quotidien pour aller de l’avant?

 Jared Kushner. Toutes les personnes concernées méritent mieux qu’un conflit sans fin, et les habitants de la région méritent de vivre mieux. Lorsque le Président Trump est entré en fonction pour la première fois, la région était en désordre. L’EI était endémique, l’Iran et ses mandataires faisaient des ravages, et nos alliés et partenaires étaient aliénés. Nous avons travaillé dur pour rétablir la confiance avec nos partenaires régionaux et identifier les intérêts communs, en les éloignant des conflits du passé. Aujourd’hui, les nations de la région se rendent compte des avantages de se rassembler. Chaque pays qui renoue ses relations avec Israël s’appuiera sur ceux qui l’ont précédé, apportant la paix et la prospérité à la région et aux gens qui y vivent. Grâce à un travail acharné et à une diplomatie intense, nous avons réalisé, ce qui était auparavant considéré comme impensable – quatre avancées historiques pour la paix en l’espace de quatre mois seulement.

 Des millions de jeunes Arabes en ont assez des idéologies extrémistes et xénophobes et veulent les opportunités et les bénéfices que seuls la paix et le partenariat peuvent apporter. Comment les États-Unis devraient-ils les aider et par quel mécanisme ?

Je pense que lorsque les gens commencent à travailler ensemble et à réaliser les opportunités de stabilité et de prospérité qui ne viennent que de la paix, cela ne fait qu’accélérer l’effondrement des vieux préjugés. Dès le début, nous avons décidé de rejeter l’approche de politique étrangère ratée du passé qui a contribué à attiser la division et à maintenir les gens renfermés. La question de la mosquée Al-Aqsa, Par exemple en est une. Elle a été déformée par les extrémistes et les personnes qui veulent utiliser la question pour diviser les gens. Ils ont alors utilisé la fausse idée que la mosquée était menacée ou attaquée par les Israéliens comme un moyen de susciter la haine et diviser les gens.

La beauté des accords d’Abraham réside dans le fait que les personnes de différentes confessions se concentrent sur leurs valeurs et leur histoire communes. Cela leur permet de bâtir un avenir avec beaucoup plus d’espoir. Grâce à ces accords de paix, Arabes, Musulmans et Israéliens peuvent se rendre visite. Ces échanges culturels qui ont eu lieu et l’accueil qui leur a été réservé sont vraiment beau à voir. Le succès dans les relations de personne à personne, les relations de religion à religion et les relations d’entreprise à entreprise vont transformer la région d’une manière impensable il y a encore quelque temps.

Plus les gens peuvent interagir les uns avec les autres, moins les extrémistes et les djihadistes peuvent justifier les actes terribles qu’ils commettent au nom de la foi islamique qu’ils pervertissent.

Le Maroc a joué un rôle historique, durant des décennies, en rapprochant les peuples de la région et en soutenant la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient. Il existe également des liens particuliers qui lient la communauté juive d’origine marocaine, y compris celle d’Israël, à la personne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. L’accord permettra au Maroc et à Israël d’œuvrer pour promouvoir une coopération économique accrue, de rouvrir les bureaux de liaison de Rabat et de Tel Aviv et de discuter d’autres domaines de coopération. Comment cet accord a-t-il pu aboutir ?

 J’étais au Maroc il y a deux ans avec le Roi, et j’ai eu une très bonne discussion avec lui lors d’un Iftar sur la possibilité de rétablir les relations avec Israël. Le Souverain m’a prodigué d’excellents conseils et partagé avec moi de nombreuses idées importantes qui ont conduit à nos succès dans la région. Depuis, nous avons été en contact permanent avec lui et son équipe, travaillant sur les différentes problématiques. Grâce à beaucoup de travail, nous avons pu, au fil du temps, bâtir la confiance nécessaire pour que toutes les parties franchissent ce grand pas.

Bien entendu, le fait que le Maroc soit l’un des alliés les plus anciens et les plus proches des États-Unis a aidé. À travers cette étape historique, le Maroc s’appuie sur son lien de longue date avec la communauté juive marocaine vivant au Maroc et dans le monde, y compris en Israël. Ce dernier accord consolide la sécurité d’Israël, tout en créant des occasions pour les deux pays d’approfondir leurs liens économiques et améliorer la vie de leurs peuples.

 Le Roi Mohammed VI n’a surpris personne en appelant le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour lui assurer que le nouvel accord avec Israël ne ferait que renforcer son engagement en faveur de la solution à deux États. Comment le Roi Mohammed VI peut-il aider davantage à réinventer le processus de paix et encourager les pourparlers entre Palestiniens et Israéliens ?

Le Maroc et d’autres pays arabes ont toujours appelé à une solution au conflit israélo-palestinien.

Désormais, plusieurs de ces pays peuvent discuter directement avec Israël de leurs préoccupations pour une solution. Des décennies de boycott d’Israël n’ont fait que laisser les Palestiniens dans une mauvaise situation. La reconnaissance de l’État d’Israël et la recherche d’une solution réaliste pour les Palestiniens par le biais de négociations sont le meilleur moyen de parvenir à un accord de paix global. Les États-Unis soutiennent cette position, tout comme presque tous les pays arabes. Avec le succès des Accords d’Abraham, nous pensons que les fondations ont été posées pour faire avancer davantage la vision et l’espoir de trouver une paix globale, juste, réaliste et durable entre Israël et les Palestiniens.

Nous devons également reconnaître qu’au cours des 30 dernières années, de nombreux pays arabes ont utilisé leur capital politique pour aider les dirigeants palestiniens, souvent aux dépens de leurs citoyens chez eux. Cette tendance touche à sa fin. Les pays peuvent continuer à soutenir la cause palestinienne et offrir une assistance et un soutien constructif, mais en même temps, ils peuvent utiliser leur capital pour défendre les intérêts de leur pays et de leurs citoyens.

Sur un sujet très important pour les Marocains, et dans une démarche sans précédent, le président Trump a reconnu la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sahara. Pensiez-vous que la reconnaissance de la souveraineté du Maroc pourrait éventuellement débloquer la situation ?

Les États-Unis estiment que le plan d’autonomie du Maroc est la seule option réaliste pour parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable du différend sur le Sahara occidental. La vieille pensée a échoué et continuer à ignorer la réalité ne fait que pénaliser les Marocains et le Polisario.

Un État sahraoui indépendant n’est tout simplement pas une option réaliste pour résoudre le conflit.

Nous exhortons les parties à s’engager immédiatement de manière constructive avec l’ONU et à envisager des moyens créatifs et authentiques de faire avancer le processus de paix, en utilisant le plan d’autonomie du Maroc comme seul cadre pour négocier une solution mutuellement acceptable. Pour faciliter les progrès vers cet objectif, les États-Unis encourageront le développement économique et social du Maroc, y compris sur le territoire du Sahara, et à cette fin ouvriront un consulat à Dakhla, pour promouvoir les opportunités économiques et commerciales pour la région.

 

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