Kénitra. Colère contre la fermeture à 18h

 

La tension que couvait Kénitra, depuis quelques jours suite à l’annonce d’un reconfinement partiel à partir de 18h, a fini par exploser dimanche. Khabazates, principal quartier commercial de la ville, a été le théâtre de manifestations et d’affrontements avec les forces de l’ordre.

 

Par Hayat Kamal Idrissi

 

Depuis l’annonce, il y a quelques jours, des nouvelles restrictions imposées aux habitants de Kénitra et Mehdia, une vague de colère remuait la population des deux villes. Fermeture des commerces et couvre feu à 18h : Ces deux mesures ont spécialement provoqué la grogne des kénitris. « Au lieu de fermer les usines de cablage qui ont constitué depuis le début les clusters de la pandémie, on ferme les petits commerces qui, eux, n’y sont pour rien dans cette propagation du virus », s’insurge Samira Aboulhana sur une page facebook dédiée à la ville.

Crise persistante

Pour Mustapha Abidi, activiste de la société civile locale, « Cette décision de fermeture à 18h manque de bon sens. Comment voulez-vous interdire la circulation à partir de 18h tout en imposant la fermeture de tout commerce à la même heure ? C’est aberrant », s’interroge Abidi. Pour Fatima, pire que cette décision irréfléchie, son aspect improvisé. « Une telle décision qui affecte gravement le secteur commercial et causera de lourdes pertes à ses travailleurs, ne s’annonce pas du jour au lendemain. Ca se prépare, sinon bonjour la pagaille », alerte la jeune internaute.

Un post prémonitoire vu que dimanche, en fin d’après midi, Khabazate, le principal quartier commercial de Kénitra a été le théâtre de manifestations et de fortes protestations des commerçants. Refusant de se soumettre à l’injonction de fermer à 18h, ils ont réclamé une révision en urgence d’une décision jugée injuste. « On nous prive de notre gagne pain. On vient juste de reprendre notre souffle après de longs mois de confinement et on vient maintenant nous condamner à la pauvreté », s’insurge Hamid, vendeur ambulant à Khabazate.

Pour Hamid et ses amis, l’activité commerciale  ne commence à prendre vraiment dans les « kissariat » qu’à partir de 16h00. « Comment voulez-vous qu’on gagne notre journée en deux heures seulement ? », proteste Adil, vendeur de pyjamas pour femmes. Dispersés par les forces de l’ordre, les protestataires réclament une révision de la décision de fermeture à 18h, de la retarder au moins jusqu’à 21h. Mais surtout de prendre en considération la situation socio-économique difficile de la grande majorité des commerçants ( avec boutiques ou ambulants ).

Séquelles du confinement

Rappelons que Khebazate, le cœur battant de l’activité commerciale à Kénitra, vivait une situation catastrophique au lendemain du confinement. Croulant sous les charges cumulées depuis plusieurs mois, les commerçants et les artisans  vivent une crise étouffante. « Il y a des commerçants et des artisans qui sont menacés de faire faillite.  D’autres risquent d’être expulsés de leurs boutiques pour non payement de loyer. La situation est très critique », regrette Mina Alaoui, présidente  de l’Association des commerçants de Kénitra.

De son côté Aziz Llaoui, de l’Association « Anamile moubdiâa pour la couture traditionnelle», ne mâche pas ses mots. « L’enjeu dépasse la continuité de nos entreprises. Des milliers de familles vivent de ces activités. Nos employés ne peuvent pas reprendre leur  travail car nous sommes incapables de les payer. C’est une crise à tous les niveaux », conclut l’acteur associatif.

 

 

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