« Les parents tortionnaires ont souvent des antécédents de maltraitance »

Entretien

Dr Mostafa Massid, psychologue clinicien

 

Choquante, la vidéo de la mère tortionnaire de Larache brutalisant sa fille, laisse perplexe : Comment la mère, censée être source d’amour et de protection, peut-elle devenir le pire bourreau de ses enfants ? Dr Mostafa Massid analyse cette affaire en mettant la lumière sur un cas psychiquement pathologique.

 

Entretien réalisé par Hayat Kamal Idrissi

 

  • Qu’est ce qui peut pousser une mère à  » torturer  » son enfant ?

 

Il s’agit là de ce que l’on appelle une « parentalité dysfonctionnelle ». Ca se caractérise par un comportement qui se manifeste par des négligences, du rejet, du manque affectif, des exigences éducatives disproportionnées par rapport à l’âge de l’enfant, pouvant ainsi conduire à l’agressivité, à la maltraitance voire à la violence physique ou psychique.

On relève souvent chez les parents tortionnaires des antécédents de maltraitance, d’attachement insécure désorganisé, de séparation, de rejet et d’abandon constituant des sources d’insécurité et de manque d’estime de soi. Ce sont des personnes qui très souvent, présentent une structure mentale pathologique.

 

 

  •  La punition et le châtiment physique comme moyen et manière d’éduquer sont assez courants dans notre société. Quand est-ce que ça devient « malsain » et inhumain ?

 

En effet beaucoup de parents continuent à user de la gifle et /ou la fessée « bien méritée qui n’a jamais tué son monde » dans leurs pratiques éducatives. Le châtiment corporel s’inscrit dans un héritage ancestral et s’impose telle une tradition dans l’éducation des enfants.

Je dirai que quelque soit la nature du châtiment celui-ci est malsain et inhumain. La punition physique est ressentie par l’enfant comme une agression, une atteinte à son intégrité physique qui provoque un énorme stress. Ce dernier risque de provoquer des désordres de comportement, un manque d’estime de soi et de confiance en soi, de l’agitation, un repli sur soi, la révolte, l’automutilation, des fugues ou encore de la délinquance. L’enfant risque également de culpabiliser. Il va alors cesser de s’aimer, persuadé que si ses parents le « corrigent », c’est qu’il est coupable et que c’est de sa faute. Il a aussi été démontré que les enfants maltraités étaient plus susceptibles d’être agressifs, déprimés ou anxieux.

 

 

  • Comment expliquer le fait de filmer cette scène ? Pourquoi ce besoin d' » immortaliser  » la détresse de la fillette ?

 

Cela peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit d’une femme en grande détresse psychologique et qui aurait besoin de témoins pour alléger ses souffrances et atténuer son sentiment de culpabilité. Il s’agit d’un comportement paradoxal où le coupable se transforme en victime.

 

  • Quelles séquelles de ce genre de traitement sur la santé psychique de la fille ? La vidéo circulant sur les réseaux sociaux n’en rajoute-t-elle pas à son traumatisme ?

 

Déjà comme expliqué plus haut les séquelles des violences physiques sont d’une grande gravité. Elles risquent de compromettre son développement global. La vidéo vient aggraver davantage ces séquelles. On peut s’attendre à d’énormes dégâts que ce soit sur le plan comportemental, social et relationnel.

 

  • Pourquoi la vidéo a-t-elle autant choqué ?

 

Comme toutes les scènes de violence, celle-ci a eu un impact choquant, plus choquant encore car s’agissant d’un enfant qui subit une torture dont le bourreau est sa propre mère. C’est ce comportement venant d’une mère qui est censée être source d’amour et de protection qui a le plus indigné la toile. On peut aller plus loin dans l’analyse dans la mesure où les scènes de violence faites sur les enfants sont susceptibles de faire remonter des réminiscences de traumatismes anciens en fonction du vécu de tout un chacun.

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