L’intégration du Maroc dans l’économie africaine vue par le CESE

Intégration du Maroc dans l’économie africaine, quel état des lieux ?  Quels freins à lever ? Quels opportunités à concrétiser ?…Avis du conseil économique social et environnemental.

Le CESE vient de publier son avis sur l’intégration régionale du Maroc en Afrique. Le travail est élaboré selon une approche participative associant les principaux acteurs publics et privés concernés. Le président du CESE, Ahmed Réda Chami, est catégorique : « en dépit des efforts louables et des résultats positifs réalisés au cours des vingt dernières années, les retombées des partenariats avec les pays africains, n’ont pas encore atteint tous les objectifs visés, se révélant en-deçà des opportunités qu’offre l’intégration régionale en matière de développement économique et d’aspiration des populations ».

Freins à lever

En sa basant sur une analyse croisée du niveau de positionnement concurrentiel des différents pays en Afrique durant les deux dernières décennies, le CESE note que les pays qui ont réussi sont ceux qui disposent de ressources financières, de capital humain et de technologie. Pour le Maroc, le CESE met l’accent sur une panoplie de freins tels que l’absence d’approche intégrée puisque le dispositif institutionnel chargé d’organiser la coopération africaine est caractérisé par une multitude des intervenants, une faiblesse des moyens humains et financiers et des difficultés de coordination entre les différentes composantes. Aussi, on relève une faible intégration des CER auxquelles appartient le Maroc avec des mesures non tarifaires et la multiplicité des régimes fiscaux entre pays qui augmentent les coûts de transaction afférents aux échanges extérieurs. Autres hics, une offre commerciale insuffisamment diversifiée, un nombre limité de produits faiblement transformés échangés, une diplomatie économique insuffisamment outillée pour assurer le suivi des accords et des projets d’investissement et des mécanismes de soutien à l’export insuffisants et inadaptés au regard des spécificités du marché africain. De plus, d’après le CESE, les mécanismes étatiques de soutien à l’export, selon plusieurs opérateurs économiques nationaux, sont souvent méconnus ou jugés trop bureaucratiques. L’une des contraintes phares également relevée, la faible intégration dans le transport maritime et routier (absence de compagnie maritime nationale et régionale, faible compétitivité des coûts de transport).

Opportunités à saisir

Selon Ahmed Reda Chami, « il faut adopter le co-développement comme mode d’action, en développant une stratégie intégrée et formalisée, dédiée à l’intégration du Maroc en Afrique en concertation entre les secteurs public et privé ». Il ajoute aussi que « dans le contexte actuel marqué par la crise de la COVID-19, la mise en place de stratégies régionales intégrées dans le domaine de la santé, la recherche et l’industrie pharmaceutique, constitue une réponse adaptée de nature à fédérer les efforts et les moyens, à promouvoir des chaînes de valeur régionales et in fine à renforcer la résilience des pays d’Afrique ». Dans son avis, le CESE  note que les analyses démontrent que les opportunités de coopération économique entre le Maroc et les autres pays d’Afrique ne sont pas suffisamment exploitées au regard du potentiel qu’elles offrent. Il cite par ailleurs un ensemble d’opportunités à saisir dans divers secteurs notamment celui de l’agriculture, le textile, l’automobile, le tourisme, l’industrie culturelle et créative…Un focus particulier a été mis sur l’axe formation, qui présente selon le conseil, « un domaine d’excellence pour le co-développement avec les autres pays d’Afrique et pour apporter des solutions à des défis communs : éducation, mobilité des étudiants, emploi des jeunes dont le nombre des arrivées sur le marché de travail devrait atteindre 30 millions en 2030… ». Néanmoins, le CESE insiste que pour réussir le co-développement au service d’une croissance soutenue et partagée, l’intégration du Maroc en Afrique doit impérativement se faire dans le respect du concept de la durabilité, conformément aux engagements internationaux et à la législation du Maroc ainsi qu’aux directives panafricaines, régionales et nationales.

Leviers de réussite

Dans son avis, le CESE émet une série de recommandations pour que le Maroc réussisse son challenge. Il s’agit d’abord d’envisager une stratégie d’intégration du Maroc en Afrique en adoptant le co-développement comme mode d’action pour promouvoir un partenariat mutuellement avantageux pour le Maroc et ses partenaires africains en termes de développement économique, d’émergence d’une élite africaine formée en Afrique, de consolidation de la solidarité, de partage du savoir-faire et d’amélioration du bien-être des populations. Ensuite, il convient d’ériger l’intégration régionale du Maroc en Afrique parmi les priorités nationales en proposant des mécanismes pour accompagner la mise en œuvre des projets de co-développement. Sur le plan institutionnel et stratégique par exemple, le conseil recommande de renforcer la diplomatie économique en intégrant de manière très visible, dans l’agenda diplomatique en valorisant et professionnalisant entre autres, la fonction de Conseiller Economique et celle de Conseiller Culturel au niveau des missions diplomatiques du Maroc, en renforçant à la fois le rôle et la mission de l’AMCI afin de lui permettre d’intervenir d’une manière coordonnée et adaptée et  la présence marocaine auprès des instances africaines en particulier au niveau de l’UA, la ZLECAf, de l’Agence de développement de l’UA/NEPAD et du Conseil Economique, Social et Culturel de l’UA (ECOSOCC). Aussi, le conseil préconise d’accélérer la promulgation des textes d’application de la loi ‘91-14’ relative au commerce extérieur, concernant l’encadrement des négociations des accords commerciaux internationaux et de renforcer les capacités marocaines du secteur public et privé dans le domaine du commerce extérieur à travers des programmes spécifiques (formation initiale et continue).  Concernant l’intégration régionale et continentale, le CESE appelle au parachèvement de la ratification de  l’accord relatif à la ZLECAf tout en veillant à une représentation active du Maroc auprès de son secrétariat général. La création d’un comité national public-privé, chargé du suivi et de la mise en œuvre de la ZLECAf serait aussi une nécessité. Pour l’UMA, le CESE insiste que le renforcement en dépit du blocage de l’UMA, des relations économiques, sociales et culturelles avec les pays du Maghreb et développer des coopérations avec d’autres CER. Concernant la CEDEAO, il est primordial aux yeux du CESE de faire aboutir l’étude d’impact relative à l’adhésion du Maroc à la CEDEAO en concertation avec le secteur privé et la société civile et la décliner au niveau sectoriel. L’une recommandations phares du CESE : faire de la Région de Dakhla-Oued Ed Dahab, un hub africain en y renforçant les infrastructures de transport, en y créant des plateformes logistiques de commerce avec l’Afrique et en y développant des établissements d’accueil pour la clientèle des pays d’Afrique 

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