Loi de Finances. La mise en garde des istiqlaliens

Pour l’alliance des économistes istiqlaliens (AEI), le projet de loi de finances rectificative ne répond nullement aux attentes et  des nouvelles priorités socio-économiques. 

« Le PLFR est caractérisé par un manque de clarté et de cohérence dans sa vision » déplore l’AEI. Pour les istiqlaliens, ce projet ne constitue ni un outil d’austérité, ni un instrument de stimulation de l’offre, ou de soutien à la demande  et « ne reflète pas, non plus, les nouvelles priorités sociales et économiques, imposées par cette crise et attendues de tous, pour soutenir la reprise des activités, après plus de 3 mois de confinement généralisé ». Les économistes du PI reprochent à ce projet de ne pas comporter de dispositions significatives pour préserver les emplois existants et en générer de nouveaux, ni de moyens pour réaliser le taux de croissance (ou de récession) projeté par le gouvernement, en vue de limiter les dégâts socioéconomiques de la crise sanitaire.

Vigilance

Outre l’absence de mesures pour contenir la récession attendue, la limitation du recul du pouvoir d’achat des citoyens, particulièrement des classes moyennes, la sécurisation du revenu minimum des salariés, des indépendants et des autoentrepreneurs, l’AEI souligne que « à travers ce projet, le gouvernement déclare maintenir les mêmes priorités que celles de la loi des finances initiale ». Or, souligne l’alliance, « le contexte actuel est marqué par l’arrêt des activités de près de 100 jours, coûtant quotidiennement un milliard de dirhams de PIB, selon les estimations du gouvernement ».

Le gouvernement se serait contenté de régulariser certaines décisions prises par le comité de veille économique, d’actualiser certaines hypothèses, et d’intégrer quelques modifications au niveau des budgets de certains départements ministériels, explique l’AEI qui précise que les secteurs dits prioritaires, n’ont pas vu leurs ressources augmenter. Autre déception selon  l’association, le PLFR n’apporte pas de mesures significatives permettant de soutenir les secteurs économiques les plus touchés par la crise, que ce soit au niveau du budget général, des budgets des services gérés de manière autonome, ou des comptes spéciaux du trésor.

La famille istiqlalienne regrette aussi l’absence de mesures concrètes incitant les entreprises et établissements publics à une participation volontariste aux efforts engagés pour dynamiser les activités économiques et appuyer les entreprises nationales, notamment à travers un meilleur ciblage de leurs dépenses et l’application effective de la préférence nationale.

Récession de plus de 6%

Concernant les données chiffrées, du projet de LFR 2020, l’alliance souligne que certaines de ces données ne reflètent pas la réalité de l’impact de la crise sanitaire sur le cadre macroéconomique de notre Pays. elle donne ainsi comme exemple l’évolution des activités économiques durant le premier et le deuxième trimestres 2020, qui indique clairement que le taux de récession de cette année dépasserait les 6% du PIB au lieu du 5% projeté par le gouvernement. Aussi, les données relatives à l’exécution de la loi des finances à fin mai 2020, notamment le recul manifeste des recettes fiscales, montrent que le déficit budgétaire de l’année 2020 atteindrait 8% du PIB, et qu’il dépasserait 9%, si on ne tient pas compte du solde du compte d’affectation spéciale « COVID 19 ».

Endettement rationnel

Par ailleurs, l’AEI souligne que l’augmentation du seuil d’endettement à 76 milliards de dirhams pour la dette intérieure et à 60 milliards pour la dette extérieure, se traduirait par l’aggravation du taux d’endettement public à plus de 90% du PIB.

L’alliance invite ainsi le gouvernement à une utilisation plus rationnelle de ces dettes et à un meilleur ciblage des projets directement productifs pour un développement local inclusif, durable et créateur de richesses et d’emplois dans les différentes régions. Il s’agit particulièrement de « favoriser le lancement de projets de désenclavement de zones reculées en les équipant en routes, en eau, et en électricité et de généraliser l’équipements du pays en énergies renouvelables et la connexion à internet ».

Parallèlement, et compte tenu de la dégradation de  la balance des paiements en raison des baisses continues de la demande extérieure adressée au pays, des IDE, du tourisme et des transferts des MRE, l’alliance exhorte le gouvernement à « mettre en place des mécanismes intelligents, non tarifaires, visant à n’importer que les produits et services strictement nécessaires et à promouvoir la production locale « Made in Morocco ».

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