PLF2021, comment l’Etat veut augmenter ses recettes?

Décroissance, baisse des recettes de l’Etat, hausse du taux chômage, recul de la valeur ajoutée des secteurs productifs…le Maroc passe par une période difficile. Les prévisions pour les trois années à venir sont plutôt optimistes. Encore faut-il que l’Etat recherche de nouveaux moyens pour faire face à ses ambitions.

Lors de son exposé devant le parlement concernant la préparation de la loi de finances 2021, le ministre de l’économie, des finances et de la Réforme de l’Administration, Mohamed Benchaâboun note que le Maroc passe aujourd’hui par une période exceptionnelle marquée par une deuxième vague de la pandémie chez les partenaires européens, une aggravation de  la situation épidémiologique dans le pays avec des impacts liés aux restrictions sanitaires sur la reprise des différentes activités économiques et une succession de deux années de sécheresse.

Projections sur les 3 ans à venir

Par rapport à la loi de finances rectificative, il souligne baisse de l’ordre 0,8 points en termes de prévisions de croissance. Dans le détail, la valeur ajoutée du secteur du tourisme accuserait une baisse de 50% contre les -27% prévus initialement. Pour le secteur des transports, la dégradation de la valeur ajoutée serait de 12% (contre -9,6% prévu). Le commerce lui, connaitrait un recul de 9,1% en matière de VA alors que la LFR tablait sur -8%. 2020 sera marquée par une décroissance de l’ordre de 5,8% selon les prévisions du ministère de l’économie et des finances. Pour 2021, le département table sur une croissance de l’ordre de 4,8% avec une valeur ajoutée agricole de 11% et non agricole de 4,1%. En 2022, la croissance passerait à 4,2% puis à 4,6% en 2023, d’après les projections de Benchaâboun

Crédits bancaires en hausse

Lors des sept premiers mois de l’année, Benchaâboun, évoque une augmentation des flux de crédits bancaires avec une baisse des taux d’intérêt. En chiffres, le total des crédits octroyés est de l’ordre de 29,1MMDH contre 22,5MMDH l’année d’avant avec un taux de croissance de 3,7%. Toutefois, on relève une baisse au niveau de la cadence des crédits de l’habitat (1,1 MMDH contre 4,6MMDH) et des crédits de consommation  (-1,5 MMDH -). Le ministre de l’économie renvoie la hausse au nombre croissant des crédits accorés au secteur privé (+27,7MMDH) et aux ménages (+4,7MMDH). «Suite à la baisse du taux de refinancement de la part de la banque centrale à 1,5%, il est prévu que les banques assouplissent les conditions  de financement de l’économie ce qui aura un impact significatif sur les entreprises et donc permettra de relancer l’investissement et la création d’emplois », promet Mohamed Benchaâboun. Côté inflation, les chiffres annoncés par le ministre font état d’une légère hausse de 0,5% à Juillet 2020 suite à la hausse des prix des produits alimentaires de 0,8% (contre une baisse de 1,5% l’année dernière) et des prix des produits non alimentaires de 0,4% (contre 1%). D’ici la fin de l’année, le ministre table sur un taux d’inflation de 0,6%.

305.000 emplois perdus en 2020

Concernant l’emploi, les chiffres sont alarmants. Puisque jusque là, on parle d’une perte de 589.000 emplois dont 264.000 emplois rémunérés ce qui ramène le taux de chômage 12,3%. Pour l’année 2020, le ministre prévoit une perte de 227.000 emplois dans le secteur non agricole et 78.000 emplois dans celui agricole ce qui porterait le taux de chômage à 13% contre 9,2% en 2019.

Recul drastique des recettes de l’Etat

« L’Etat a perdu durant les 7 premiers mois de l’année,  un total de 13,8MMDH de recettes dont 11,5 MMDH en termes de recettes fiscales et 2,3 MMDH pour celles non fiscales », déclare Mohamed Benchâaboun. Avec la prise en considération du reliquat du fonds covid-19, (+9MMDH), le déficit de la trésorerie est de 46,5MMDH soit une hausse de 15,8MMDH. Sans le fonds covid-19, le déficit dépasse les 55,5MMDH soit une croissance de 24,8MMDH.

Défis du PLF2021

Le contexte de la préparation de la loi de finances 2021 est très particulier.  Bnechaâboun met l’accent sur trois défis « la mise en œuvre des orientations Royales émises lors du dernier discours du trône, la priorité au secteur de la santé et celui de  l’enseignement, et la couverture de charges qui ne peuvent être réduites ».

Sur le volet mise en œuvre des orientations Royales, le gouvernement est chargé de généraliser le système de l’AMO et celui des allocations familiales, d’assurer une retraite pour les actifs qui ne disposent pas de couverture sociale, et une indemnité de perte d’emploi pour les actifs. «le financement du chantier de la généralisation de la couverture sociale sera à partir de 2021 et s’étalera sur deux ans. Il nécessitera près de 14MMDH dont 8,4MMDH assuré par l’Etat », précise l’argentier du Royaume. Ainsi, pour 2021, l’Etat doit débourser 4,2MMDH pour le financement de ce programme.  La relance de l’économie, nécessitera de son côté quelques 10MMDH à titre de garanties au profit des entreprises les plus impactées par la crise. La Royal Air Maroc est dans l’impasse. Et pour soutenir la compagnie, l’Etat prévoit de lui verser un soutien de l’ordre de 1,17MMDH en 2021 contre 200MDH en 2020.

Pour la mise à niveau du secteur de la santé et l’enseignement, le ministre des finances annonce un budget supplémentaire de l’ordre de 5MMDH. A côté il faut compter 13,6 MMDH de dépenses supplémentaires (les élections, la masse salariale, compensation, régions…).

Ainsi le total des frais engagés atteindra quelques 33,2MMDH selon les prévisions du ministère de l’économie et des finances. En face, un recul de 20 à 25MMDH en termes de recettes. «Il est prévu que le déficit de la trésorerie s’accumule ce qui provoquera une hausse du taux de l’endettement et donc représentera un risque majeur pour les équilibres macro-économiques », alerte Mohamed Benchaâboun. Et il ajoute «face à ces contraintes, il faut prendre des mesures qui garantissent la durabilité des équilibres et permettent de dégager des marges pour le financement des réformes nécessaires pour le redémarrage ».

La recette Benchaâboun

Le ministre met l’accent d’abord sur la nécessité de l’accélération de la réforme du secteur public et la mise à niveau des entreprises publiques. Aussi, il tient à souligner l’optimisation des dépenses liées à l’administration. Citons par exemple : de la suppression des frais de location des voitures , la réduction de 70% des dépenses de déplacement, de transport, et d’hébergement  au niveau local et à l’étranger, des primes des missions à l’étranger…Aussi, il y aura réduction de 50% des dépenses relatifs à la maintenance des voitures et la formation et 30% pour charges liées au gazoil…

A côté, le ministre promet la recherche de nouvelles recettes à travers le recours à des mécanismes de financements innovants, contrats PPP…

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