Les enjeux d’une visite

Ahmed Charaï

Le Président Trump effectue une visite au Moyen-Orient. Il se rendra en Arabie Saoudite, puis dans les pays de la région. Beaucoup de commentateurs, parce qu’il visite aussi Israël, mettent en avant la très hypothétique relance du processus de paix. Ce n’est pas le point nodal de cette action diplomatique. Donald Trump a fait de l’éradication de l’Etat islamique une priorité, lors de sa campagne électorale. Il a une stratégie qui est publique, puisqu’énoncée à plusieurs reprises. Il veut créer une coalition régionale qui doit être soutenue par les USA et leurs alliés, sur le plan militaire, en utilisant toute la puissance de frappe américaine, mais aussi par le renseignement et sur le plan financier. Il y a une vraie rupture avec la vision de l’administration Obama quant au degré d’implication de l’Amérique dans cette guerre contre le terrorisme. L’utilisation d’une bombe hyper-destructrice contre l’EI en Afghanistan était une démonstration de force, mais aussi de conviction, pour un homme rompu aux effets de la communication. La nouvelle stratégie de l’administration Trump consiste en la création d’une alliance régionale, s’appuyant sur les pays du Golfe, mais ouverte à des pays comme l’Egypte, la Jordanie et le Maroc. Dans l’acception de cette administration, cette alliance devrait fonctionner comme l’OTAN, et peut être soutenue par l’Occident. Une alliance avec des objectifs multiples. L’éradication de l’EI est l’objectif principal, mais le « containment » de l’influence iranienne dans la région fait aussi partie du menu. Seulement, les choses ne sont pas aussi simples. Au niveau géostratégique, la Russie et l’arc chiite ne peuvent être ignorés dans leur rôle sur le terrain. En Syrie, principalement, Moscou ne peut être exclu de l’équation, en Irak, l’Iran détient l’influence sur le gouvernement et l’armée. Trump doit utiliser la proximité, la noninimitié pour arriver à des accords inclusifs. Ce n’est pas le plus facile, parce que les priorités ne sont pas les mêmes, le maintien d’un pouvoir ami en Syrie, passant pour les Russes avant l’éradication du terrorisme. A cela, il faut ajouter que la coalition recherchée par Trump n’est pas nécessairement homogène sur la question syrienne. Ensuite, il y a une question fondamentale. Réduire l’éradication du terrorisme à l’action militaire et au renseignement est inefficace. Le combat contre l’islamisme radical a un aspect idéologique, culturel, qui est fondamental, mais qui est totalement absent dans l’approche présentée. Le modèle du Maroc, mais aussi celui d’autres pays, comme la Jordanie, qui consiste en la promotion de l’ouverture, d’un islam tolérant bien que perfectible, est très intéressant. Même aux Emirats, ou en Arabie Saoudite, la jeune garde entame des réformes qui ont besoin de temps pour mûrir. Ce combat a besoin d’être international. Trop de pays occidentaux acceptent sur leur sol les prêcheurs de la haine, parce qu’ils les ont utilisés comme moyen de pression sur les régimes en place, au nom de la liberté d’expression. On ne peut pas éradiquer le terrorisme sans éradiquer l’idéologie qui le sous-tend au niveau de l’école, des mosquées, du débat public. Et c’est un combat qui ne peut être qu’universel. Enfin, la coalition recherchée par le Président Trump doit aussi répondre aux aspirations des pays concernés. L’Egypte tient à ce que les « frères musulmans » soient classés comme une organisation terroriste. C’est un débat en Occident, mais aussi en Egypte. L’Arabie Saoudite est choquée par la loi qui lui impute le 11 septembre et lui demande réparation financière. On ne peut pas, raisonnablement, combattre le terrorisme et être responsable financièrement de ses effets. L’approche de Donald Trump n’est pas simple à mettre en oeuvre, elle tranche avec celle d’Obama parce qu’elle veut se donner les moyens de sa réussite. L’enjeu de cette tournée, c’est de préciser les contours d’une alliance nécessaire, mais qui ne peut être imposée.

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