Sugar daddy, les liaisons dangereuses  
Une relation win-win ou y a-t-il un perdant au final ?

La saison de la chasse au Sugar Daddy est ouverte ! Ascenseur social alternatif, ce type de relations attire de plus en plus de jeunes filles en mal de moyens pour accéder à la « belle vie »… 

« Ma voisine Nayla est une belle jeune femme. Nous sommes amies depuis notre tendre enfance. Elle a toujours été ambitieuse mais à peine la vingtaine, elle a déjà interrompu ses études. Sans diplômes ni autre qualification professionnelle, elle a aujourd’hui une belle voiture, un studio haut standing à quartier Racine loin de son Hay Mohammadi natal. Elle s’habille comme une star et mène une vie de luxe. Lorsque je lui demande d’où elle tient tout ça ? Elle me répond tout sourire : My Sugar Daddy », nous raconte, mi amusée-mi désolée, sa copine Sarah. B, étudiante en Droit à Casablanca.

Zineb.O, chargée de communication, nous raconte également l’histoire d’une amie infographiste ayant opté, depuis des années, pour ce type de dating pour accéder à la vie luxueuse qu’elle affectionne tant. « Elle a toujours été prise en charge par son sugar daddy. Des voyages luxueux en Suisse, Maldives ou en Grèce, des restaurants chics, de belles voitures... alors qu’elle ne touchait que 4500 dhs », décrit Zineb.

Témoins d’un phénomène de plus en plus « banalisé » via les réseaux sociaux, Sarah, Zineb et bien d’autres jeunes filles découvrent à force de « life », de matraquage photos, via des stories ou autres vidéos, les «réalisations impressionnantes » des Sugar Daddies et « l’ascension sociale fulgurante » des sugar babies. Pour les néophytes, « Sugar daddy » est un anglicisme argot désignant un homme d'un certain âge, le plus souvent riche et solitaire qui entretient financièrement une femme beaucoup plus jeune que lui, en échange de relations charnelles.

Prostitution déguisée ?

« C’est de la prostitution déguisée ! Une jolie appellation incluant le terme du père et tout ce qu’il incarne en termes de protection et de tendresse et le mot « sucre », si doux et agréable. C’est un terme trompeur et piégeur qui en cache tout simplement une perversion », commente Maria Bichra, coach de couple. Cette dernière qualifie ce type de relation d’escroquerie affective et émotionnelle. « Ces hommes s’achètent les faveurs de ces filles. Ils s’offrent de la fraicheur et de la jeunesse moyennant de l’argent tandis que ces filles, même si majeures, sont en quête de cette pseudo sécurité financière. C’est un commerce « immoral » qui s’opère en l’absence des vrais pères, les vrais protecteurs que l’on devine dépassés », analyse Bichra.

Phénomène assez ancien comme l’affirme le coach, le sugar daddy revient en force à l’heure actuelle et sur d’autres formes. « Auparavant, on mariait des jeunes filles à des hommes beaucoup plus vieux et plus riches par cupidité. Aujourd’hui, les valeurs et les mœurs ont changé », commente le coach. Un simple tour sur facebook, Instagram ou TikTok, peut être révélateur. « Voici ma nouvelle Audi ! Dites moi Mebrouk et dites merci à mon Sugar Daddy », poste, non sans fierté, une jeune dame sur le groupe facebook Ladie’s cars.

Cherche sponsor généreux !

Sans jugement moral ou le moindre spectre de reproche, les autres abonnées de la page la félicitent et nombreuses expriment leur rêve de trouver un « sponsor » aussi généreux ! Sur un autre groupe féminin Beautiful Ladies, une autre jeune femme, séduite par le mode de vie largement partagé sur les réseaux sociaux des sugar babies, est venue s’interroger sur les lieux propices à la chasse. « Salut les filles, SVP indiquez moi des pubs ou des restaurants où je peux rencontrer des sugar daddies sur Casablanca. C’est urgent ! ».

Hallucinant ? Du tout ! Car les réponses ont fusé aussitôt en indiquant des restaurants connus à Ain Diab, des piano bars de grands hôtels de la ville et même des boites de nuit réputées. Un « fructueux » échange d’informations et de bons tuyaux qui se fait en toute ouverture et sans complexes. Ceci pour le bonheur des nouvelles recrues manquant d’expérience. « Dans notre quartier beaucoup de filles veulent prendre exemple sur Nayla. Qu’importe si c’est de la prostitution ou autre, l’important pour elles c’est d’être prises en charge », regrette Sarah. Un ascenseur social alternatif ? « Oui, dans la forme de part les moyens financiers mis à disposition par le sugar daddy, mais dans le fond ça reste une dégringolade de valeurs », soutient le coach.

Sugar-exploits

Nouveau model de « réussite sociale », la sugar baby inspire et influence. « Le phénomène est d’autant plus dangereux car il prend les allures d’un accomplissement surtout sur les réseaux sociaux. Un Sugar Daddy peut offrir de beaux voyages, des vêtements de luxe, une belle résidence, payer des études et des formations. Ce côté win win et son effet immédiat séduisent », note de son côté Nadia Mouâtassim, psychologue clinicienne. Cette dernière met en garde contre l’effet « boosteur » des réseaux sociaux où on publie ses « sugar-exploits », où on visualise l’impact sur la vie des sugar babies, où on commente, on encourage et on s’influence.

« Le pire survient lorsqu’on banalise le phénomène. Surtout quand il s’agit de personnes vulnérables, de jeunes filles facilement influençables qui peuvent facilement tomber dans le piège de certains pervers. C’est un grand danger ! Un contrôle parental est primordial », indique la psychologue. Un avis appuyé par Bichra qui en appelle à des actions-riposte de la part d’associations et d’activistes de la société civile pour affronter le phénomène.

Un point de vue qu’un grand nombre de réactions recensées sur facebook et instagram confirment. De l’argent « facile », une vie de luxe sans efforts à part prendre soin de son apparence, de son look et de son corps... Son seul et précieux capital dans cette transaction. « C’est mon Sugar Daddy qui m’a offert cette opération d’augmentation mammaire. J’en rêvais. Lui aussi en fait et je l’ai faite. Je suis aux anges », partage, contente, cette abonnée du groupe « le Monde de la chirurgie esthétique au Maroc ».

Une vie en première classe

Une démonstration vivante de ce que l’on décrit comme « La vie en première classe » sur l’application Mysugardaddy. Avec une inscription gratuite, hommes et femmes répondant aux critères requis, peuvent « trouver le partenaire idéal à deux pas de chez eux ou à l'autre bout du monde ». Ceci avec la solennelle promesse de « surclasser son style de vie ». Populaire, cette application sait miroiter de bels espoirs aux nouveaux membres d’une communauté pas comme les autres.

« Créer des souvenirs, qui ne sont que des rêves pour le commun des mortels. Cela peut signifier des vacances extravagantes et exclusives à l'autre bout du monde, dévaliser les magasins de luxe des Champs-Élysées ou encore participer à des événements prisés avec des invités de haut standing. Le luxe, l'élégance... », s’adresse l’application à son public. Ciblant les hommes riches d’un certain âge, l’application enrôle également les jeunes « femmes attirantes qui ont un goût prononcé pour les côté raffinés et sophistiqués de la vie ». D’après ses initiateurs, ces dernières « seront ravies de vivre une vie luxueuse, dans laquelle leurs rêves deviendront réalité ».

Inquiétude

« Il ne faut pas se leurrer ! On a beau maquillé le phénomène en libre choix d’un certain mode de vie, ça n’en reste pas moins une dépravation. Et ça commence à prendre de telles dimensions qu’en Europe voisine ça suscite les inquiétudes et des associations se sont déjà soulevées contre car c’est finalement de la prostitution de jeunes filles et même de jeunes garçons », matraque le coach de couple.

Mettant en garde contre les nouveaux modèles « dépravés » de relations homme/femme véhiculés par les réseaux sociaux et autres médias, les spécialistes insistent sur la vigilance et le contrôle parental pour en protéger nos enfants.