Le lobbying est un ensemble de pratiques variables, menées par un certain nombre d’organes extrêmement divers. Ces pratiques sont motivées par un intérêt particulier, et visent à influencer, pour produire un effet ou une inertie dans le sens de l’intérêt défendu. Cet intérêt défendu peut être direct ou indirect. Le cas de l'intérêt direct est le plus fréquent: un groupe de pression va chercher son propre avantage.
C'est en Grande-Bretagne que le "lobbying" a acquis ses lettres de noblesse. Il désigne les couloirs de la Chambre des Communes britannique. Ce n'est qu’aux environs de 1830, que le terme‘’lobby’’ désigne « Groupe de pression ».
Cette activité ne s’assimile absolument pas à la corruption, ni au trafic d’influence. Il s’agit de multiples groupes, réseaux, comités, bureaux plus ou moins cachés qui interviennent sur la scène publique depuis le début du XIXe siècle, et même bien avant pour plaider des intérêts, expliquer, expliciter, proposer, solliciter, suggérer et convaincre sans pour autant aller jusqu’à contraindre. Les lobbies sont présents à tous les niveaux. La complexité des affaires publiques, le besoin d'informations fiables en amont de toute décision politique, la préparation du grand marché international, sont autant de facteurs qui ont imposé les lobbies comme des interlocuteurs devenus indispensables auprès des politiques.
Aujourd’hui, le lobbying est en profond développement et devient surtout, de plus en plus pratiqué. C’est une activité exercée dans beaucoup de secteurs : Technologie, santé, environnement, transport, énergie ... Pourtant, il y a quelques années, ce n’était pas le cas. Il n’y avait pas les moyens pour faire du lobbying organisé puisque cela coûte très cher en terme budgétaire et demande une expertise maitrisée au niveau de la communication.
Par ailleurs, le lobbying est intrinsèque dans le modèle politique américain, mais aussi dans le paysage institutionnel de Bruxelles. Or, au Maroc, c’est tout l’inverse, il est très largement mal perçu, moins développé et pas encore réglementé. D’ailleurs, cette période actuelle de discussion autour du Projet de Loi de Finances dans la sphère politique marocaine est une période de lobbying par excellence, mais les pratiques et les méthodes utilisées demeurent loin des standards américains et européens.
En effet, une majorité des dirigeants des entreprises marocaines prétendent maîtriser les rouages de leur écosystème, en ayant des relations privilégiées avec certains décideurs. Or, le processus de prise de décision publique est extrêmement complexe, incertain et fluctuant. C’est dans cette optique qu’il est recommandé aux acteurs économiques de demeurer toujours en veille sur les lois et le cadre réglementaire régissant leurs secteurs d’activité, tout en gardant des instances d’échange et de dialogue avec les institutions étatiques et non pas se contenter d’un simple relationnel avec quelques décideurs.
L'indispensable communication
De surcroît, la pratique des Affaires publiques communément appelées « Lobbying » ne peut s’exercer de manière aléatoire. C’est une activité qui nécessite une mobilisation en amont et en aval grâce à des outils et des méthodes bien définies, afin d’aspirer à atteindre les objectifs escomptés. D’ailleurs, pour accompagner la transformation d’un secteur, le cabinet de conseil en affaires publiques élabore un travail de longue haleine en déployant une véritable stratégie de plaidoyer percutante et efficiente.
D’abord, il s’agit d’organiser un workshop de brainstorming avec l’opérateur économique pour s’adapter à son besoin stratégique et décrypter ses enjeux. Ensuite, il faut élaborer une cartographie d’influence pour cibler les décideurs clés démontrant d’une réelle expertise, connaissance et expérience dans le secteur d’activité de l’acteur économique. Puis, le lobbyiste effectue un travail de documentation filtrée à partir des rapports, études, articles scientifiques présentant un réel intérêt utile pour la réflexion et l’analyse. De même, il conduit des entretiens one-to-one avec les experts phares du secteur d’étude sur la base d’un guide d’entretien décliné en thématiques et problématiques majeures. Aussi, il propose un benchmark comparatif. C’est un outil d’analyse par excellence dans l’activité du lobbying permettant d’identifier une «succès story» dans un pays plus développé au niveau socioéconomique. Cette comparaison lèvera le voile sur les retards du secteur et montrera sur quoi il faut agir pour apporter les changements. Enfin, le lobbyiste produit un plaidoyer dans un format cohérent, vif et intelligible en proposant des recommandations stratégiques et opérationnelles et le communique de manière adéquate aux décideurs ayant le plus d’impact immédiat.
En guise de conclusion, j’insiste sur le rôle prépondérant de la communication entre les entreprises et les pouvoirs publics dans la vie démocratique marocaine. Néanmoins, la voix de l’entreprise ne peut affronter seule une sphère symbolique (l’arène politique), constituée d’une multitude d’institutions et de décideurs publics. Le cabinet de lobbying s’impose donc comme un véritable interlocuteur des opérateurs économiques indispensable auprès des leaders d’opinion, il les accompagne dans leurs stratégies de communication d’influence afin de les aider à contribuer activement au processus d’élaboration des politiques publiques.
In fine, le Lobbying est un travail d’orfèvre qui ne se limite pas à arpenter les salons cossus, mais qui demande une technicité et un suivi d’experts de haut niveau.
Amr ABBADI jouit d’une expérience de 3 ans dans les métiers du conseil en Affaires publiques et Communication institutionnelle, en France et au Maroc. Actuellement Doctorant en Science politique à l’Université d’Orléans, il est Responsable des Relations publiques et de Communication événementielle dans une agence casablancaise.