Décarbonation. Nos entreprises sont-elles prêtes?
Après Casablanca, Bank Of Africa fait escale à Tanger, pour sensibiliser les acteurs sur l’importance de la décarbonation. Les avis sont unanimes. Cette transition devient une nécessité du devenir de notre industrie. Comment se préparent alors les acteurs sur le terrain ?
L’industrie marocaine est source de 30% des émissions de CO2 dont 50% d’émissions directes issues de la combustion d’énergies fossiles et 50% d’émissions indirectes liées principalement aux usages de l’électricité. Aujourd’hui, l’enjeu est crucial. A compter de cette année, l'Union européenne met en place son mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. Une taxe est alors appliquée sur certains produits importés et fabriqués par des entreprises hors d’Europe. Le Maroc, qui expédie près de 70% de ses exportations vers l’Europe pourrait être impacté par cette mesure. Plusieurs secteurs industriels sont concernés notamment l’automobile, la parachimie, l’électricité, les fertilisants, l’industrie agro-alimentaire, et le textile. la décrabonation n’est plus un choix. Elle devient une nécessité », explique à l’Observateur du Maroc et d’Afrique, le directeur régional de la région Nord Méditerranée de Bank Of Africa, Mohammed Nfissi en marge de la conférence régionale autour de la décarbonation industrielle organisée par le groupe bancaire. Après Casablanca, il s’agit de la deuxième rencontre programmée pour rassembler les clients BOA et les sensibiliser sur l’importance de la thématique. L’événement a été l’occasion de réunir de nombreux acteurs publics et privés (conseil régional, CGEM, CRI, Maroc PME, AZIT, opérateurs économiques et TPME, ...) dans le but d’apporter le conseil et l’accompagnement nécessaires, permettant aux entreprises marocaines de créer les conditions favorables pour réussir la transition vers une économie décarbonée. «La rencontre permet de proposer des solutions de financement et d’accompagnement pour les acteurs afin qu’ils puissent se préparer et franchir le pas de la décrabonation », assure Nfissi.
Les grandes entreprises s’y mettent
Pour Adil Rais, président de la CGEM de Tanger-Tétouan-Al Hoceima « Décarboner, c’est dépendre moins des énergies fossiles, c’est aussi non seulement contribuer à l’indépendance énergétique du Maroc, mais aussi réduire les coûts de production et rendre le secteur industrie plus compétitif ». Dans la région du Nord, Nfissi note que certaines entreprises ont déjà entamé ce virage écologique depuis plusieurs années surtout les grands groupes. De son côté, le président de de la région Tanger-Tetouan-Hoceima, Omar Moro, tient à souligner que la décarbonation fait partie intégrante du PDR 2027. Et l’objectif, d’après lui, est d’accompagner les entreprises régionales dans cette démarche. « Un fonds dédié va même être lancé prochainement », promet-il. Rais, reste convaincu par ailleurs, qu’il faut aller plus vite pour que l’offre marocaine soit parmi les premières au monde à respecter ces nouvelles exigences. Pour y arriver, « il faudra encourager le recours aux énergies renouvelables et accompagner les entreprises dans cette transition », préconise t-il. Il fournit même des statistiques sur ce qui se passe ailleurs. «L’usage du photovoltaïque a explosé dans le monde. On parle même de 2 milles milliards panneaux d’ici 2030 », fait-il savoir tout en citant l’exemple du Danemark où 80% de l’énergie consommée vient de l’énergie renouvelable ou encore de l’Espagne les investissements dans les énergies auto-consommées a été multiplié par 5 avec l’installation de 1200 mégawatts dans le photovoltaïque et objectif d’atteindre 2400 MW en 2023.
Sur la nouvelle loi sur l’auto-production de l’électricité adoptée récemment au Maroc, il affirme que c’est une véritable révolution. Néanmoins, il ajoute que le seuil de 20% fixé par la loi reste très insuffisant pour atteindre les ambitions futures. « Chacun à son pétrole. Et le Maroc a son pétrole jaune. Il faudra donc libéraliser plus et autoriser les entreprises à injecter plus dans le réseau », recommande le professionnel.
Les PME, en retard
D’après Nfissi, il reste encore un long chemin à parcourir pour les PME et TPE dans cette démarche. Avis partagé par Rais qui déplore que la PME soit toujours reléguée au second plan dans toutes les stratégies. «La PME manque de moyens et reste mal accompagnée en comparaison avec les grandes entreprises. Beaucoup de PME et TPE ne sont même conscientes aujourd’hui de l’enjeu et n’ont pas les ressources nécessaires pour s’inscrire dans cette démarche », regrette le représentant de la CGEM qui préconise d’assurer un accompagnement ciblé en particulier pour les TPMI et rendre l’accès aux subventions plus simple pour cette catégorie.