Travail des petites filles. Le calvaire continue
Le calvaire des filles travailleuses domestiques continue malgré l'interdiction légale

Dans sa nouvelle publication, Oxfam Maroc relance le débat sur le travail précoce des petites filles au sein des ménages privés. Inégalités, violences et causes… L’ONG s’attaque à une pratique qui persiste malgré son interdiction par la loi.



« Petites mains, Grandes corvées », c’est l’intitulé de la nouvelle publication d’Oxfam Maroc à l’occasion de la célébration de la journée internationale des travailleurs et travailleuses. L’ONG s’y intéresse particulièrement au travail domestique des petites filles. « Une offense à l’enfance marocaine », comme l’estime Oxfam. « Ce nouveau policy paper sur une main-d’œuvre œuvrant dans l’ombre souhaite relancer le débat indispensable sur le travail précoce et déguisé des petites filles au sein des ménages privés », note l’ONG dans un communiqué de presse.

Premières victimes

Un travail qui au-delà de son interdiction par la loi marocaine, est marqué par les inégalités et les violences, fustige Oxfam Maroc. D’après l’ONG, si la pauvreté continue de perpétuer les inégalités, les femmes et les filles en restent les premières victimes. Citant les rapports internationaux, Oxfam note que 35,4% de la population pauvre et 28% de la population vulnérable sont des enfants âgés de 0 à 14 ans ( Global Inequality 2022 ).

Une réalité qui est encore plus dure pour les petites filles qui sont exploitées d’une manière précoce sur le marché du travail domestique.

l’Enquête Nationale sur l’Emploi (HCP) révèle qu’en 2021, 148.000 enfants sont économiquement actifs parmi les 7.493.000 enfants âgés de 7 à 17 ans, soit 2% de cette catégorie. Près de 6 enfants au travail sur 10 (59,4%) accomplissent des travaux dangereux (88.000 enfants). Les « petites bonnes » rentrent dans cette catégorie hautement exposée.

Facteurs favorisants

Selon Oxfam Maroc, en plus de la pauvreté, d’autres facteurs entrent en jeu pour aggraver la situation des fillettes travailleuses domestiques. L’ONG cite la discrimination entre hommes et femmes, l’exclusion sociale, l’accès difficile ou inexistant à l’éducation et la violence domestique.

D’autres facteurs viennent favoriser la prolifération du phénomène comme la fuite d’un mariage forcé, la migration rurale ou urbaine, les déplacements ou la perte de membres de la famille proche. « Ces facteurs sont exacerbés par les motivations culturelles des parents d’envoyer leurs filles vers des lieux « sûrs » et adaptés avant d’entamer leur vie de femmes mariées », explique l’étude d’Oxfam.

Recommandations

Cette même étude a montré que la loi 19-12, interdisant le travail des petites filles depuis 2018, « n’a pas corrigé les injustices et ne donnent pas les moyens appropriés pour intervenir ». Pour y remédier, Oxfam recommande une réformer en urgence du cadre juridique basée sur l’égalité et intégrant l’approche genre à l’ensemble des textes de loi. L’ONG fustige également la persistance de pratiques sociales « injustes » et discriminatoires tels le mariage des enfants « qui est fortement liée à la condition sociale et économique des filles ».

D’après cette étude, le contexte socioculturel conservateur, les normes sociales machistes et la culture patriarcale restent des facteurs favorisants de la violence contre les femmes de tous les âges dont le travail précoce. « Ils banalisent les pratiques violentes envers les petites tout en leur privant de leurs droits fondamentaux », conclue-t-on auprès d’Oxfam Maroc.