Initiative Royale Atlantique. Le Maroc trace la nouvelle géopolitique du continent
L'initiative Atlantique portée par le Roi Mohammed VI apparaît désormais comme le chantier stratégique capable de relier, sécuriser et transformer durablement l’Afrique.

À Tanger, un rare consensus politique s’est dégagé : l’Initiative Royale Atlantique n’est pas un projet de plus, mais un tournant géopolitique pour l’Afrique. Diplomates, Premiers ministres et ministres des Affaires étrangères ont salué, une vision marocaine qui vise à désenclaver le Sahel, renforcer la sécurité maritime et bâtir des chaînes de valeur locales

Au Forum MEDays, l’Afrique parle d’une seule voix : l’avenir du continent se joue désormais sur l’Atlantique, et c’est le Maroc qui en trace la route. Selon les participants à un panel autour de cette thématique, l’Initiative Royale Atlantique lancée par le Roi Mohammed VI redéfinit la carte stratégique de l’Afrique. De l’accès à la mer pour les pays du Sahel à la sécurisation des routes maritimes, de l’intégration énergétique au décloisonnement des échanges avec les Caraïbes, cette vision transforme les équilibres du continent. « Un moment historique », résume l’ex-ministre capverdien Felipe Lopes Tavares. Tandis que le Niger parle d’une « bouée de sauvetage », Haïti salue « une puissance collective » et Grenade y voit la fin de l’isolement entre Afrique et Caraïbes.Pour Assia Bensalah Alaoui, Ambassadeur itinérant du Roi Mohammed VI, « L’Afrique Atlantique n’est plus une proposition : c’est une réalité stratégique ». L’enjeu est simple et massif, selon elle : l’espace atlantique concentre près de la moitié de la population africaine et plus de la moitié du PIB continental, mais le continent capte aujourd’hui moins de 18 % de la valeur finale de ses ressources. « L’initiative vise à transformer cette rente naturelle en valeur locale : pêche, minerais critiques, énergies offshore, industrie », a-t-elle expliqué, en insistant sur la nécessité d’un cadre juridique harmonisé, du partage de données et d’un code maritime afro-atlantique en cours d’élaboration.Un projet qui change la donne Luis Felipe Lopes Tavares, ancien ministre des Affaires étrangères et de la défense du Cap-Vert a surtout insisté sur l’impact sécuritaire du projet : mutualisation des moyens navals pour lutter contre la piraterie, le trafic de drogue et la pêche illégale dans le golfe de Guinée. « Rien que cette composante sécuritaire justifie l’effort », a-t-il asséné, en évoquant les centaines d’actes de piraterie annuels et la volonté d’en finir avec l’impunité maritime.Bakary Yaou Sangaré, chef de la diplomatie nigérienne, a livré un témoignage concret des retombées : face à l’isolement logistique et aux pressions régionales, le Maroc a offert au Niger des solutions tangibles :15 000 tonnes d’engrais, une centrale électrique Mohammed VI et, surtout, la perspective d’un accès à la mer via le futur port atlantique de Dakhla. « Les machines viendront par Dakhla », a-t-il lancé : point d’appui pour l’industrialisation, réduction des coûts logistiques et possibilité de transformer localement les ressources au lieu de les exporter brutes.Dickon Mitchell, Premier ministre de la Grenade, a placé la dimension multicontinentale de l’initiative au cœur de son intervention. Pour lui, réinventer les liaisons atlantiques, c’est permettre aux pays enclavés d’accéder non seulement à l’Europe mais aussi aux Caraïbes et à l’Amérique latine, une opportunité pour le commerce intra-africain, le tourisme et les industries culturelles. Mitchell a alerté sur les verrous non-infrastructures : vols, visas, connectivité qui doivent être levés pour que les échanges humains suivent les flux de marchandises.Leviers de la réussite Laurent Lamothe (ex-Premier ministre d’Haïti) et d’autres intervenants ont rappelé que la réussite passe par la modernisation logistique : ports performants (Tanger Med, Nador West Med, Tema, Abidjan, Dakar, Luanda, Walvis Bay...) mais aussi systèmes douaniers et plateformes numériques harmonisés. « L’installation d’outils de surveillance en temps réel, l’utilisation de l’IA et la traçabilité blockchain sont indispensables », a-t-il plaidé, pointant les gains immédiats en réduction des délais et des coûts.Le plan présenté inclut des projets colossaux : le gazoduc Nigeria–Maroc, la réalisation du Dakhla Atlantic Gateway ainsi qu’une série de régulations et observatoires (IA, pêche, protection des investissements) à finaliser d’ici 2027. Les intervenants ont salué la figure du Maroc comme « catalyseur », citant en exemple des ingénieurs marocaines à la tête de chantiers d’envergure.À Tanger, la tonalité était à la confiance et à l’urgence mesurée : transformer ressources et littoraux en leviers d’industrialisation, sécuriser les routes maritimes, désenclaver le Sahel et rééquilibrer les rapports commerciaux mondiaux. Mais les défis restent considérables : financement, gouvernance régionale, sécurité sur le long terme et nécessité d’un vrai partage de souveraineté opérationnelle entre États atlantiques.Comme le résumait Assia Bensalah Alaoui, l’Initiative Royale Atlantique vise à « inventer un avenir » pour un espace atlantique africain plus intégré, plus souverain et plus résilient.