Nizar Baraka : « Les réserves actuelles peuvent garantir jusqu’à deux années d’approvisionnement en eau » 
Nizar Baraka, ministre de l’équipement et de l’eau.

En quelques semaines, des pluies exceptionnelles ont propulsé le taux de remplissage des barrages à près de 70 %, un niveau inédit depuis 2018. Explications de Nizar Baraka sur les lâchers d’eau préventifs face aux crues, l’impact sur l’approvisionnement en eau potable, l’agriculture et l’énergie, ainsi que sur les dégâts enregistrés au niveau du réseau routier après des pluies qualifiées d’exceptionnelles.

Après plusieurs années de déficit pluviométrique, les précipitations exceptionnelles enregistrées depuis décembre ont profondément modifié la situation des réserves, tout en mettant sous tension les infrastructures et les territoires les plus exposés.Intervenant à l’issue du Conseil de gouvernement, le ministre de l’équipement et de l’eau, Nizar Baraka, a dressé un état des lieux chiffré. Depuis le 1er septembre 2025, les barrages ont reçu 12,17 milliards de mètres cubes d’eau, soit 134 % de la moyenne habituelle. La quasi-totalité de ces apports s’est concentrée sur une période très courte : 96,4 % des volumes ont été enregistrés depuis le 12 décembre.Cette séquence a entraîné un redressement rapide du taux de remplissage national, passé de 31,1 % à la mi-décembre à 69,35 % au 11 février, avec un stock global de 11,62 milliards de m³. Un niveau inédit depuis 2018.Des barrages sous forte pressionPlusieurs ouvrages majeurs ont connu des afflux spectaculaires. Le barrage Oued El Makhazine a enregistré près de 1,462 milliard de m³ d’apports depuis septembre, avec des pics de débit atteignant 3.210 m³/s fin janvier. Son volume stocké dépasse désormais le milliard de m³.Le barrage Al Wahda, plus important du Royaume, a reçu 3,48 milliards de m³ sur la même période. Son taux de remplissage avoisine 95 %, après une progression rapide en quelques semaines seulement. Face à ces volumes, les autorités ont procédé à d’importants lâchers préventifs : 832 millions de m³ évacués à Oued El Makhazine et 1,762 milliard à Al Wahda.Au total, les volumes relâchés par les barrages ayant atteint leur capacité maximale s’élèvent à 4,278 milliards de m³. Ces opérations visaient à préserver les ouvrages et à limiter les risques en aval, même si la concomitance avec les crues naturelles a provoqué des débordements, notamment dans les bassins du Gharb et du Loukkos.Trente-et-un barrages affichent désormais un taux de remplissage supérieur à 80 %. Les bassins du Sebou et du Loukkos figurent parmi les plus alimentés, avec des taux dépassant respectivement 91 % et 93 %.Un répit pour l’eau potable et l’énergieSelon les projections présentées, les réserves actuelles permettraient d’assurer au moins une année d’approvisionnement pour les réseaux les plus vulnérables, et jusqu’à deux ans pour d’autres régions. La recharge des nappes phréatiques est également observée dans plusieurs bassins, dont le Sebou, la Moulouya et l’Oum Er-Rbia.La production hydroélectrique bénéficie de cette conjoncture, avec 1,56 milliard de m³ mobilisés pour la génération d’énergie. Les lâchers d’eau ont aussi contribué à réduire l’envasement de certains barrages, un entretien rendu difficile par les années de sécheresse.Réseau routier fragiliséL’amélioration des réserves hydriques s’est accompagnée d’importants dégâts matériels. Les intempéries ont endommagé 168 tronçons routiers à travers le pays. À ce stade, 124 ont été rouverts à la circulation, tandis que 44 restent fermés.Les coupures sont liées pour 119 d’entre elles à la montée des eaux, et pour 49 à des éboulements ou glissements de terrain. Plusieurs ouvrages d’art, en particulier en milieu rural, ont été touchés. Les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Souss-Massa, Casablanca-Settat, Béni Mellal-Khénifra et l’Oriental figurent parmi les plus affectées.Le ministre précise qu’un bilan détaillé des dégâts sera communiqué dans les prochains jours, tandis que les opérations de rétablissement se poursuivent sur le terrain.