Amine El Mezouaghi : « Nous voulons faire du Maroc un hub digital africain »
À l’occasion de GITEX Africa 2026, le directeur général de l'Agence de Développement du Digital (ADD), Amine El Mezouaghi, revient sur les grandes orientations de la feuille de route 2030, les avancées de la coopération numérique africaine et les dispositifs concrets destinés aux startups et aux jeunes entrepreneurs.
L’Observateur du Maroc et d’Afrique : GITEX Africa Morocco tient sa 4e édition. Quelles en sont, selon vous, les principales particularités cette année ?Amine El Mezouaghi : Le GITEX Africa Morocco constitue aujourd’hui une plateforme stratégique, résolument ancrée dans la mise en œuvre opérationnelle de la vision royale visant à hisser le Maroc en hub digital africain. Dans cette perspective, le Maroc, et plus largement l’Afrique, s’inscrivent dans une nouvelle dynamique de mutation profonde, marquée par un passage progressif du statut de consommateurs de technologies à celui de producteurs de solutions numériques adaptées à leurs réalités. Le contexte actuel se veut inédit, avec une montée en maturité, en compétences et en engagement autour des enjeux du digital. La forte présence internationale à cette quatrième édition en témoigne.On note également l’ouverture solennelle assurée par le Chef du gouvernement, ainsi que la présence renforcée de membres du gouvernement du Royaume du Maroc aux côtés de délégations et d’officiels étrangers de haut niveau. Cette présence traduit l’importance stratégique accordée à cet événement, désormais devenu un rendez-vous structurant de l’agenda numérique continental.La 4e réunion du CAITA s’est tenue en marge du GITEX. Quels en sont les principaux résultats et quel impact concret sur la coopération Sud-Sud ?Cette quatrième réunion du CAITA s’inscrit dans une séquence plus large de structuration d’un dialogue numérique africain. Elle incarne une nouvelle dynamique visant à renforcer la coopération entre les pays du continent et à accélérer la transformation digitale à l’échelle régionale.Plusieurs résultats concrets ont été enregistrés, à commencer par le renforcement de la coordination entre les acteurs du numérique africain, ainsi que l’accélération des partenariats et des rythmes de mise en œuvre des projets. La réunion a également permis d’approuver une feuille de route opérationnelle pour les années 2026 et 2027, articulée autour de projets et de chantiers structurants.Autre élément majeur : la reconduction du mandat du Royaume du Maroc à la tête du CAITA, confirmant son rôle moteur dans la dynamique de coopération numérique africaine.Sur le plan opérationnel, ces décisions se traduiront par un renforcement des partenariats entre États membres et une ouverture à de nouveaux pays, dans une logique d’élargissement progressif du cadre de coopération. Cette approche s’inscrit dans une démarche de coopération Sud-Sud et triangulaire fondée sur la co-construction, le partage d’expériences et la mise en commun des expertises.Elle permettra notamment de valoriser et partager les solutions numériques développées dans plusieurs pays africains, en particulier celles portées par le Maroc, tout en favorisant l’animation d’écosystèmes régionaux à travers des événements structurants tels que le GITEX Africa Morocco.À terme, cette dynamique vise à poser les bases d’un espace digital africain plus cohérent, complémentaire et progressivement institutionnalisé à l’échelle du continent.L’ADD a adopté une feuille de route à l’horizon 2030. Quelles en sont les priorités?Lors de son dernier conseil d’administration, l’Agence de Développement du Digital s’est dotée d’une feuille de route à l’horizon 2030, en cohérence avec la stratégie nationale « Maroc Digital 2030 » portée par le gouvernement. Cette démarche vise à assurer un alignement entre les orientations nationales et les missions opérationnelles de l’agence, chargée du déploiement des politiques publiques numériques.Cette feuille de route s’articule autour de trois axes principaux.Le premier concerne le e-gouvernement, avec des projets structurants portant notamment sur l’interopérabilité et l’échange de données entre administrations, la politique de gestion des données, ainsi que l’amélioration des parcours citoyens. L’objectif est de rapprocher les administrations et de renforcer leur capacité à offrir un service public plus fluide, cohérent et centré sur l’usager. Dans cette logique, l’agence se positionne comme une structure d’appui et d’expertise, accompagnant les administrations dans leurs projets de transformation numérique, sans se substituer à leurs missions.Le second axe porte sur l’économie numérique, avec un accent particulier sur l’accompagnement des startups et des PME technologiques. L’ADD travaille notamment à la mise en place d’une startup policy destinée à structurer et soutenir l’écosystème entrepreneurial. Plusieurs projets ont également été validés, dont l’introduction d’un statut de nomade digital en partenariat avec les acteurs concernés.Par ailleurs, l’agence prévoit la création d’un forum national dédié au digital, conçu comme un espace de dialogue entre acteurs publics et privés. Ce cadre vise à répondre aux enjeux croissants du secteur et à accompagner la dynamique d’innovation portée par les startups et les jeunes entrepreneurs.Qu’en est-il du troisième axe ?Parallèlement aux deux premiers axes, la feuille de route 2030 de l’Agence de Développement du Digital intègre un troisième volet, davantage centré sur la dimension interne et transversale de l’institution.Cet axe prévoit d’abord une réorganisation de l’agence, avec pour objectif de clarifier son positionnement et de renforcer la lisibilité de son action auprès de ses principaux interlocuteurs — administrations, entreprises et citoyens. Il s’agit de simplifier la structure interne afin d’améliorer la compréhension de ses missions et de renforcer son efficacité opérationnelle.Dans le même esprit, un projet de refonte du statut du personnel a été validé. Celui-ci vise à améliorer les conditions matérielles des agents de l’agence, tout en s’accompagnant d’une revalorisation budgétaire permettant de soutenir l’ensemble des chantiers engagés.L’agence entend également travailler à l’élaboration de standards et de normes à l’échelle nationale dans son domaine d’intervention, tout en renforçant ses exigences internes en matière d’exemplarité et d’intégrité.Enfin, cette troisième composante met l’accent sur l’amélioration de la gouvernance interne, à travers une meilleure régularité du fonctionnement des différentes instances — conseil d’administration et comités — dans une logique de respect des règles de gouvernance et de consolidation institutionnelle.Quels effets concrets pour les jeunes entrepreneurs et les startups ?Sur le plan opérationnel, plusieurs axes ont déjà été lancés afin d’avoir un impact direct sur les jeunes et les porteurs de projets, notamment dans l’écosystème des startups.Le premier dispositif concerne la mise en place d’une académie de formation en ligne, ouverte au grand public. Cette plateforme propose plus de 200 cours structurés autour de plusieurs niveaux — débutant, intermédiaire et avancé — afin de renforcer la culture digitale et les compétences numériques. L’objectif est de permettre un accès élargi à la formation, tout en adaptant continuellement les contenus aux besoins du terrain.Le second levier porte sur le lancement d’un label dédié aux « jeunes entreprises innovantes ». Ce dispositif vise à identifier et accompagner les startups et projets émergents en leur donnant accès à un ensemble d’incitations et d’avantages. Les entreprises éligibles peuvent déposer leur candidature via une plateforme dédiée, où chaque dossier est étudié avec attention.À travers ces deux mécanismes, l’agence entend structurer un accompagnement plus concret aux entreprises et startups, en facilitant à la fois l’accès à la formation, la reconnaissance des projets innovants et leur intégration progressive dans l’écosystème numérique national.