Cyberattaques. L’Afrique muscle sa défense numérique depuis Rabat
À Rabat, l’Afrique renforce sa coopération pour faire face aux défis croissants de la cybersécurité.

Face à l’explosion des cybermenaces et à l’accélération de la transformation numérique du continent, le Maroc réunit à Rabat les principaux décideurs africains de la cybersécurité. Objectif : bâtir une réponse collective pour renforcer la souveraineté numérique et la résilience cyber de l’Afrique.

Rabat accueille, du 1er au 5 juin, le Programme Exécutif de Leadership en Cybersécurité de l’ANCA-CERT, une rencontre réunissant responsables gouvernementaux, dirigeants d’agences nationales de cybersécurité, experts et représentants d’organisations internationales autour d’un même objectif : renforcer la résilience cyber du continent africain.Organisé par l’ANCA-CERT, structure opérationnelle du Réseau Africain des Autorités chargées de la Cybersécurité (ANCA), avec l’appui de la Direction Générale de la Sécurité des Systèmes d’Information (DGSSI), ce programme intervient dans un contexte marqué par l’essor rapide des usages numériques, de l’intelligence artificielle, du cloud et des services en ligne à travers l’Afrique. Pour les organisateurs, la cybersécurité n’est plus seulement un enjeu technique. Elle est désormais un levier stratégique de souveraineté, de confiance numérique et de développement économique.Dans son allocution d’ouverture, le Général Abdellah Boutrig, Directeur général de la DGSSI et vice-président de l’ANCA, a rappelé que la transformation numérique des économies africaines s’accompagne nécessairement d’une exposition accrue aux risques cyber. « La cybersécurité est devenue un enjeu majeur pour le développement économique et la confiance numérique », a-t-il souligné, estimant que la capacité des États à prévenir, détecter et répondre aux cyberattaques constitue désormais un facteur déterminant de résilience.Pour le responsable, cette résilience est directement liée à la souveraineté numérique des pays africains. « Les États doivent disposer des capacités, des compétences et des mécanismes de gouvernance leur permettant de protéger leurs systèmes d’information, leurs données stratégiques et leurs infrastructures critiques », a-t-il affirmé.Aucun pays ne peut agir seulLe message central porté par les responsables réunis à Rabat repose sur une conviction commune : les cybermenaces ignorent les frontières et exigent des réponses collectives. « Aucun pays ne peut relever seul l’ensemble de ces défis », a insisté le Général Boutrig, plaidant pour un renforcement du partage d’informations, des échanges d’expériences et des mécanismes de coopération entre États africains.Cette vision est également celle de Divine Selase Agbeti, président de l’ANCA et directeur général de l’Autorité de cybersécurité du Ghana. Selon lui, l’Afrique doit désormais dépasser son rôle de simple utilisatrice de technologies numériques pour devenir un acteur de la gouvernance mondiale de la cybersécurité. « L’Afrique dispose des talents, de l’expertise et de la détermination nécessaires pour relever les défis liés à la transformation numérique », a-t-il déclaré, appelant à investir davantage dans le développement d’une nouvelle génération de leaders capables d’articuler technologie, gouvernance, diplomatie et sécurité nationale. À travers cette initiative, le Maroc confirme sa volonté de jouer un rôle central dans la structuration de l’écosystème cyber africain.Le Général Boutrig a réaffirmé l’engagement du Royaume à soutenir les initiatives continentales destinées à renforcer les capacités cyber des États africains. Une démarche qui s’inscrit dans la vision de coopération Sud-Sud portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.Cette orientation a récemment été renforcée par l’approbation de l’accord portant sur l’établissement au Maroc du Centre régional d’appui et de coordination pour la réponse aux incidents cybernétiques de l’ANCA-CERT, ainsi que par l’accord de pays hôte consacrant la présence institutionnelle de cette structure au Royaume.Pour Mohamed Methqal, directeur général de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), cette dynamique traduit concrètement l’engagement du Maroc en faveur du développement du capital humain africain. « Le Royaume du Maroc demeurera un partenaire engagé, solidaire et disponible pour accompagner le renforcement des capacités africaines dans le domaine de la cybersécurité », a-t-il noté.Au-delà des questions techniques, le programme organisé à Rabat met l’accent sur le développement des compétences stratégiques et managériales. Les participants aborderont durant cinq jours plusieurs thématiques clés : gouvernance de la cybersécurité, gestion des crises cyber, résilience numérique, développement des talents et coopération régionale.Le contenu du programme a été élaboré avec le concours de partenaires internationaux de référence, notamment l’Union internationale des télécommunications (UIT), CREST et FIRST, et s’appuie sur les cinq piliers du Global Cybersecurity Index, principal référentiel mondial d’évaluation de la maturité cyber des États.Pour Lacina Koné, directeur général de Smart Africa, l’ANCA constitue aujourd’hui un outil essentiel pour harmoniser les politiques publiques et renforcer la coordination continentale face à des menaces de plus en plus sophistiquées.Une ambition continentaleAlors que l’Afrique accélère sa numérisation dans les services publics, la finance, l’industrie ou encore l’intelligence artificielle, les besoins en matière de cybersécurité deviennent de plus en plus critiques.À travers l’accueil de ce programme et l’installation prochaine du centre régional de l’ANCA-CERT, Rabat affirme son positionnement comme plateforme africaine de référence en matière de cybersécurité. Une ambition qui dépasse le seul cadre national et vise à contribuer à l’émergence d’un cyberespace africain plus sûr, plus souverain et plus résilient.Comme l’a résumé le Général Abdellah Boutrig : « L’Afrique dispose de talents, d’expertises et d’un potentiel considérable. En poursuivant nos efforts de coopération et de renforcement des capacités, nous pouvons construire ensemble un environnement numérique plus sûr, plus résilient et plus souverain au bénéfice de nos citoyens et de nos économies. »