Exploitation de mineures : l’affaire qui ébranle Karia Ba Mohamed
Partie d’un simple contrôle dans un établissement scolaire, l’enquête a dévoilé une affaire présumée d’exploitation sexuelle et de traite d’êtres humains impliquant plusieurs adolescentes à Karia Ba Mohamed. Six personnes ont déjà été arrêtées tandis que les appels se multiplient pour garantir la protection de l’identité des victimes et leur assurer un accompagnement psychologique et juridique adéquat.
L'affaire suscite une vive émotion dans la province de Taounate et bien au-delà. Depuis plusieurs semaines, les enquêteurs tentent de faire la lumière sur une présumée affaire d'exploitation sexuelle et de traite d'êtres humains visant des adolescentes à Karia Ba Mohamed. Un dossier qui a déjà conduit à l'arrestation de plusieurs suspects et mobilisé de nombreuses associations de défense des droits humains.Selon les premiers éléments de l'enquête, l'affaire a éclaté après qu'une élève a été surprise en possession d'un téléphone portable au sein de son établissement scolaire. L'examen de l'appareil aurait permis la découverte de contenus compromettants, conduisant les services de sécurité à ouvrir une enquête. Au fil des investigations, les auditions ont permis d'identifier d'autres victimes présumées et de dévoiler l’implication de plusieurs suspects.Les recherches ont abouti, à ce stade, à l'interpellation de six personnes soupçonnées d'implication dans ce réseau présumé, tandis que d'autres individus ont été entendus dans le cadre de l'enquête avant d'être remis en liberté. D'après des informations relayées par des acteurs associatifs locaux, quatorze mineures pourraient être concernées par cette affaire.Protéger les victimesEntrant en ligne dans cette affaire, la Fédération de la Ligue des droits des femmes (FLDF) a annoncé mardi 2 juin, son intention de se constituer partie civile dans ce dossier. Dans un communiqué, son bureau national estime que les actes reprochés aux personnes poursuivies nécessitent « la mobilisation de tous les mécanismes juridiques et institutionnels prévus pour la protection des mineures victimes et l'accompagnement de leurs familles ».La Fédération considère que cette affaire dépasse le simple cadre de la dénonciation et exige des mesures concrètes afin de garantir la poursuite des responsables présumés, la protection judiciaire des victimes et l'application rigoureuse des dispositions de la loi n°27.14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains.Commission nationale de défenseLa FLDF a annoncé par ailleurs la création d'une commission nationale de défense et de solidarité chargée du suivi judiciaire du dossier. Elle a également lancé un appel aux avocates et avocats engagés dans la défense des droits humains, notamment au sein du barreau de Fès et des autres barreaux du Royaume, afin de rejoindre cette initiative et d'assurer l'accompagnement juridique des victimes tout au long de la procédure.L'organisation plaide également pour la mise en place immédiate d'un accompagnement psychologique, social et médical gratuit au profit des adolescentes concernées, ainsi que pour l'activation de l'assistance judiciaire et la protection stricte de leur identité conformément aux dispositions du Code de procédure pénale, afin de les préserver de toute stigmatisation ou exposition médiatique.Remontant à la source du mal, la FLDF appelle au renforcement de la surveillance sécuritaire et numérique des espaces susceptibles d'être utilisés pour attirer ou exploiter des mineures. Elle recommande également aux départements gouvernementaux concernés de consolider les mécanismes de veille au sein des établissements scolaires et des structures d'hébergement destinées aux jeunes filles en milieu rural.Ne pas stigmatiserDe son côté, l'association « Ma Tqich Weldi » a exprimé sa profonde préoccupation face aux informations faisant état de violences et d'agressions sexuelles présumées visant des pensionnaires de Dar Taliba de Karia Ba Mohamed. Dans un communiqué signé par son bureau national, l'organisation insiste sur la nécessité de placer les droits et la protection des victimes au centre de toute démarche de solidarité. Elle met notamment en garde contre la diffusion d'informations ou de détails susceptibles d'aggraver le traumatisme des adolescentes ou de révéler leur identité.L'association insiste par ailleurs sur le respect absolu de la confidentialité des données personnelles des victimes, appelant à s'abstenir de publier leurs noms, photographies ou tout élément permettant de les identifier. L’ONG appelle les autorités compétentes à fournir sans délai un accompagnement psychologique, social et juridique aux victimes ainsi qu'à leurs familles, afin de les aider à surmonter les conséquences de cette épreuve.L'organisation appelle également les ministères et services concernés à renforcer les mécanismes de contrôle, de prévention et d'inspection au sein des Dar Taliba et des structures d'accueil et d'hébergement destinées aux élèves, afin de garantir un environnement éducatif sûr et protecteur.