Législatives 2026 : l’OMDH interpelle les partis sur les droits humains
Droits humains, critère d'évaluation des programmes et de leur application

À l’approche des élections législatives de 2026, l’Organisation marocaine des droits de l’Homme appelle les partis politiques à inscrire les droits humains au cœur de leurs programmes. Réforme de la Moudawana, parité, libertés publiques, droits sociaux, migration ou encore justice climatique : l’association plaide pour des engagements concrets, mesurables et assortis d’objectifs précis.

Alors que les partis politiques entament la préparation de leurs programmes pour les élections législatives 2026, l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) publie une note de plaidoyer les incitant à faire des droits et des libertés un axe central de leurs engagements. L’organisation estime que ces questions ne doivent plus se limiter à des déclarations d’intention, mais se traduire par des mesures concrètes, évaluables et assorties d’objectifs précis.Pour l’OMDH, les programmes électoraux constituent un moment décisif dans la définition des futures politiques publiques. Ils doivent ainsi refléter une vision claire des priorités nationales en matière de droits économiques, sociaux, civils, politiques et environnementaux. L’organisation plaide pour que les droits humains ne figurent pas seulement dans les préambules des programmes, mais qu’ils soient intégrés au cœur des engagements proposés aux citoyens.Droits sociaux, une priorité L’organisation place en tête de ses priorités les droits économiques et sociaux. Dans son plaidoyer, elle insiste sur la nécessité de garantir le droit à un emploi décent, à une protection sociale effective, à une éducation de qualité, à la santé publique et à un logement digne.Selon l’OMDH, ces droits, consacrés par les conventions internationales ratifiées par le Maroc, doivent se traduire par des politiques publiques concrètes et mesurables. Elle appelle également à des engagements précis en matière d’égalité des chances et de lutte contre toutes les formes de discrimination, notamment celles liées aux disparités territoriales ou aux inégalités sociales.Parité et réforme de la MoudawanaLa question des droits des femmes occupe une place importante dans le document. L’OMDH invite les partis à intégrer le principe de parité dans leurs politiques publiques et à adopter des mesures efficaces de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes. Elle plaide également pour un renforcement de l’autonomisation économique et politique des femmes.L’organisation se prononce ainsi en faveur d’un Code de la famille consacrant l’égalité réelle entre les sexes, dans le contexte du chantier de révision de la Moudawana. Elle réitère par ailleurs son appel à la création effective de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination, prévue par la Constitution de 2011 mais toujours non mise en place.Libertés et justice transitionnelleSur le terrain des libertés civiles et politiques, l’OMDH demande aux partis de prendre des engagements clairs en faveur de la liberté d’expression, du droit d’organisation et des garanties d’un procès équitable.L’organisation appelle également à l’adoption de dispositions législatives érigeant en infractions pénales les crimes de disparition forcée, de torture et les traitements inhumains ou dégradants. Elle plaide en outre pour une meilleure protection des défenseurs des droits humains et pour l’achèvement de la mise en œuvre des recommandations de l’Instance Équité et Réconciliation, dont plusieurs restent, selon l’OMDH, en attente d’application.Jeunesse : au-delà des promessesLa note accorde une attention particulière à la jeunesse. L’OMDH estime que les futurs programmes électoraux doivent proposer des réponses concrètes aux attentes des jeunes, notamment à travers des politiques inclusives favorisant l’insertion économique, un meilleur rapprochement entre l’enseignement supérieur et le marché du travail ainsi qu’un renforcement de la participation citoyenne.Elle appelle également à la création du Conseil supérieur de la jeunesse et de l’action associative, prévu par la Constitution.Handicap, migration et climatL’organisation attire aussi l’attention sur plusieurs thématiques qu’elle juge souvent insuffisamment prises en compte dans les programmes électoraux. Concernant les personnes en situation de handicap, elle plaide pour une stratégie publique inclusive, l’application effective des normes d’accessibilité dans les espaces publics et privés, la garantie de l’accès à l’éducation et une meilleure insertion professionnelle.Sur la question migratoire, l’OMDH demande la révision de la loi 02-03 relative à l’entrée et au séjour des étrangers, qu’elle considère en décalage avec les engagements internationaux du Royaume. Elle appelle également à l’adoption d’une loi-cadre dédiée aux réfugiés et demandeurs d’asile ainsi qu’au renforcement des mécanismes de protection sociale qui leur sont destinés.L’organisation considère par ailleurs la justice climatique comme un enjeu de droits humains à part entière. Elle invite les partis à intégrer les risques liés aux changements climatiques dans leurs politiques publiques et à promouvoir un modèle de développement durable prenant en compte les dimensions environnementale, sociale et territoriale.Droits humains, critère d’évaluationAu-delà des thématiques abordées, l’OMDH insiste sur la nécessité de disposer d’engagements chiffrés et vérifiables permettant aux citoyens d’évaluer l’action des futurs gouvernements. Elle appelle également à la mise en conformité de plusieurs textes législatifs avec la Constitution et les conventions internationales ratifiées par le Maroc, notamment dans les domaines des libertés publiques, du droit du travail et du Code de la famille.« À travers cette note, l’organisation entend ainsi replacer les droits humains au centre du débat préélectoral et faire des programmes des partis un véritable contrat de responsabilité avec les citoyens » indique l’OMDH dans son plaidoyer adressé aux formations politiques. Une manière, selon elle, de réduire l’écart souvent observé entre les principes affichés dans les discours politiques et leur traduction concrète dans l’action publique.