Le Canada doit clarifier
En photo : Mark Carney, Premier ministre du Canada
Les récentes fuites qui circulent sur les réseaux sociaux autour des échanges supposés entre Hicham Jerando, figure de campagnes numériques de salissure, de diffamation et de harcèlement établi au Canada, et Mehdi Hijaouy, ancien fonctionnaire de la DGED, posent une question qui dépasse largement le cas de deux individus.Il ne s’agit pas ici de confirmer, à ce stade, la nature exacte de leurs relations. Ce travail appartient aux autorités compétentes, aux enquêteurs et, le cas échéant, à la justice. Mais ces éléments révèlent un mode opératoire préoccupant : campagnes numériques ciblées, attaques personnelles, insinuations, mise en cause de responsables marocains et exploitation systématique de la rumeur comme arme de pression.Le vrai sujet n’est donc pas seulement Mehdi Hijaouy. Il n’est pas seulement Hicham Jerando. Le vrai sujet est le territoire depuis lequel ces campagnes sont menées, tolérées, amplifiées et parfois présentées comme une forme d’opposition politique.Il faut dire les choses clairement : nous ne sommes pas face à des penseurs réprimés, à des intellectuels dissidents ou à de grandes voix de la liberté universelle. Il suffit de traduire en français ou en anglais certaines conversations et certains contenus pour mesurer la réalité du niveau : injures, calomnies, attaques contre la vie privée, allusions sordides, menaces à peine voilées, absence de preuves sérieuses et volonté manifeste de salir.Ce n’est ni du journalisme, ni de l’opposition, ni même de la polémique. C’est une machine de destruction morale, alimentée par la rumeur, l’insulte et l’impunité.La question qui se pose désormais est simple : pourquoi le Canada laisse-t-il prospérer ce type de pratiques sur son territoire ? Par négligence ? Par naïveté administrative ? Par incapacité à mesurer la gravité de ces campagnes ? Ou parce que certains, dans les zones grises de ses institutions, considèrent que le Maroc peut être traité comme une cible acceptable ?Personne ne demande au Canada de censurer une opinion. Mais aucune démocratie sérieuse ne peut confondre liberté d’expression et impunité.La liberté d’expression ne protège pas la diffamation. Elle ne protège pas le harcèlement. Elle ne protège pas l’atteinte à la vie privée. Elle ne protège pas la fabrication industrielle de rumeurs destinées à détruire des réputations, intimider des familles ou fragiliser des institutions publiques.Le Canada, qui se présente à juste titre comme un État de droit attaché aux libertés publiques, ne peut ignorer cette distinction fondamentale. Lorsqu’un individu utilise son sol comme base arrière pour cibler un pays partenaire par des campagnes de dénigrement, la question n’est plus seulement numérique. Elle devient politique. Elle devient diplomatique. Elle devient morale.Les autorités canadiennes doivent donc clarifier leur position.Protègent-elles réellement des libertés ou ferment-elles les yeux sur leur détournement ? Défendent-elles le droit d’expression ou tolèrent-elles son instrumentalisation par des acteurs qui prospèrent sur l’insulte, la calomnie et la manipulation ? Sont-elles simplement dépassées par ces pratiques numériques, ou considèrent-elles que ces abus ne méritent pas d’être traités lorsqu’ils visent le Maroc ?Le silence, dans ce type d’affaire, n’est jamais neutre. Il finit par ressembler à une forme de tolérance. Et cette ambiguïté, dans une relation qui devrait reposer sur la confiance, le respect mutuel et la coopération, n’est ni saine, ni acceptable.Un pays peut être critiqué. Ses responsables peuvent être interrogés. Mais aucun État partenaire ne devrait être livré, depuis le territoire d’un pays allié, à des campagnes de diffamation permanente menées par des individus dont les méthodes n’ont rien à voir avec l’exigence démocratique.Il est temps qu’Ottawa réponde clairement à une question simple : le Canada est-il un refuge pour la liberté responsable, ou devient-il malgré lui une plateforme d’impunité pour ceux qui confondent opposition, chantage, diffamation et déstabilisation ?