Nouveau Modèle de Développement : cinq ans après
Où en est le Nouveau Modèle de Développement ? Le Centre de Prospection Économique et Sociale (CPES) apporte des éléments de réponse dans son bilan des cinq premières années de mise en œuvre. S'il met en avant des avancées notables sur plusieurs chantiers stratégiques, le rapport souligne également des retards persistants, en particulier dans les domaines de l'emploi, de l'éducation et de la santé.
Cinq ans après l'entrée en vigueur du Nouveau Modèle de Développement (NMD), le Centre de Prospection Économique et Sociale (CPES) livre une évaluation nuancée de son déploiement. Dans un rapport intitulé « Cinq années du Nouveau Modèle de Développement : Qu'a-t-il accompli et que reste-t-il à réaliser ? », l'institution estime que plusieurs réformes structurantes ont été engagées, mais considère que les résultats restent inégaux et que de nombreux défis continuent de freiner la concrétisation des ambitions fixées à l'horizon 2035.Le document revient sur les cinq orientations qui fondent le NMD : valoriser les compétences et les initiatives, faire du capital humain un levier central de l'action publique, construire une économie plus productive et compétitive, consolider l'État social et renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions. Pour le CPES, ces objectifs demeurent pertinents, mais leur mise en œuvre nécessite désormais une accélération.Grandes avancéesLe rapport met en avant les principaux chantiers lancés depuis 2021. En tête figure la généralisation de la protection sociale, marquée par l'élargissement de l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO) et le déploiement du programme de soutien social direct.Le CPES relève également les avancées enregistrées en matière d'investissement, avec l'adoption de la nouvelle Charte de l'investissement, le renforcement des infrastructures stratégiques et l'amélioration de l'attractivité du Maroc auprès des investisseurs.Dans les secteurs sociaux, le rapport cite les réformes engagées pour moderniser le système de santé, notamment à travers une nouvelle gouvernance sanitaire, ainsi que les efforts déployés dans l'éducation avec la généralisation du préscolaire et l'extension des « Écoles pionnières ».La transformation numérique figure également parmi les progrès recensés. Plus de 600 services administratifs ont été dématérialisés afin de simplifier les démarches des usagers, tandis que la stratégie « Maroc Digital 2030 » est appelée à poursuivre cette dynamique. Le document mentionne enfin les investissements consacrés à la sécurité hydrique, à travers la construction de barrages, les projets de dessalement de l'eau de mer et les interconnexions hydrauliques, ainsi que les avancées enregistrées dans le développement des énergies renouvelables.Retards persistants Malgré ces avancées, le CPES estime que plusieurs objectifs majeurs du Nouveau Modèle de Développement restent loin d'être atteints. L'économie nationale peine encore à générer une croissance suffisamment forte pour créer les emplois attendus, note le rapport. « Le chômage demeure élevé et le marché du travail continue de rencontrer des difficultés à intégrer les jeunes diplômés » ajoute le CPES.Le bilan est également mitigé dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Si les réformes ont été engagées, leurs effets sur la qualité des services ne sont pas encore pleinement perceptibles, note le rapport du CPES. Alors que les performances scolaires restent insuffisantes, le décrochage scolaire demeure préoccupant et les disparités territoriales continuent d'affecter l'accès aux soins, malgré l'extension de la couverture médicale, note le centre.Le rapport souligne par ailleurs que les écarts sociaux et territoriaux persistent. La concentration des richesses dans certaines régions et la vulnérabilité d'une partie de la population, notamment en milieu rural, constituent toujours des freins à un développement plus inclusif.Contraintes et priorités Au-delà des constats sectoriels, le CPES identifie plusieurs facteurs ayant ralenti la mise en œuvre du Nouveau Modèle de Développement. Le rapport cite les répercussions des crises économiques internationales, le poids de l'économie informelle, la corruption, les situations de rente ainsi que l'insuffisance des ressources humaines et institutionnelles mobilisées pour accompagner les réformes. À cela s'ajoute un déficit de confiance entre les citoyens et les acteurs politiques, qui limite, selon le Centre, l'efficacité des transformations engagées.Pour donner un nouvel élan au Nouveau Modèle de Développement, le Centre de Prospection Économique et Sociale recommande de recentrer les politiques publiques sur le capital humain, d'accélérer les réformes dans les domaines de l'emploi, de l'éducation et de la santé, de renforcer les mécanismes de gouvernance et d'évaluation des politiques publiques, de réhabiliter le rôle de la politique et des instances de médiation, tout en intensifiant la lutte contre les situations de rente et les monopoles afin de favoriser une répartition plus équitable des opportunités économiques et de la richesse.Au terme de ce bilan quinquennal, le CPES considère ainsi que les fondations du Nouveau Modèle de Développement ont été posées, mais que la réussite du projet dépendra désormais de la capacité à lever les blocages structurels et à accélérer le rythme des réformes pour atteindre les objectifs fixés à l'horizon 2035.