PISA 2025 : mauvais scores, la tutelle invoque « l’ancien modèle»
L'école pionnière saura-t-elle rattraper le retard ?

Sciences, mathématiques, lecture, numérique… Les résultats de l’édition 2025 de l’enquête PISA dressent un constat préoccupant du niveau des élèves marocains de 15 ans. Dans les quatre domaines évalués, le Maroc reste nettement sous la moyenne de l’OCDE. Une situation que le ministère de l’Éducation nationale impute à l’ancien modèle et entend corriger à travers la réforme en cours.

Le verdict de PISA 2025 est sans appel. Dans les trois disciplines fondamentales évaluées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les élèves marocains de 15 ans affichent des performances très inférieures aux moyennes internationales. Le même constat dans le domaine numérique, consacré cette année à la résolution de problèmes informatiques.Au total, 6.978 élèves issus de 179 établissements scolaires marocains ont participé à l’évaluation. Ils représentent environ 535.800 jeunes de 15 ans, soit près de 87 % de la population de cette tranche d’âge. L’OCDE considère par ailleurs que les données recueillies au Maroc répondent aux standards de qualité requis par l’enquête.Des écarts considérablesEn sciences, les élèves marocains obtiennent une moyenne de 358 points, contre 482 points pour les pays de l’OCDE. Les mathématiques affichent un score de 355 points, alors que la moyenne OCDE atteint 463 points. C’est en compréhension de l’écrit que le retard apparaît le plus marqué avec 321 points au Maroc contre 461 points, la moyenne OCDE. Même constat dans le domaine numérique. Pour la résolution de problèmes informatiques, les élèves marocains n’obtiennent que 374 points, contre 500 points en moyenne dans les autres pays de l’OCDE.Derrière ces moyennes se cache une faible proportion d’élèves maîtrisant les compétences considérées comme fondamentales. Dans le référentiel PISA, le niveau 2 constitue le seuil de référence à partir duquel un élève est censé disposer d’un socle minimal de compétences lui permettant notamment de mobiliser ses connaissances dans des situations relativement simples.Au Maroc, seuls 23 % des élèves atteignent au moins ce niveau en sciences, contre 74 % dans l’OCDE. En mathématiques, ils ne sont que 16 %, contre 65 % dans l’OCDE. En lecture, la proportion descend à 13 %, alors qu’elle atteint 69 % dans la moyenne l’OCDE. Autrement dit, dans les trois domaines fondamentaux, une large majorité des élèves marocains évalués reste sous le niveau de référence de PISA.Les sciences, meilleur résultat marocainParmi les trois domaines fondamentaux, les sciences constituent le terrain où les élèves marocains obtiennent leur meilleur score moyen, avec 358 points. L’analyse détaillée des différentes composantes de cette évaluation permet de nuancer quelque peu le constat. Les élèves atteignent 369 points dans les démarches de recherche scientifique, tandis que les composantes consacrées aux informations scientifiques et aux sciences environnementales enregistrent chacune 357 points.Dans le domaine de la modélisation et de la programmation, les scores atteignent respectivement 374 et 369 points. Ces résultats restent toutefois largement inférieurs aux niveaux observés dans les pays de l’OCDE.Une baisse depuis 2022La comparaison avec la précédente édition de PISA apporte un autre élément de préoccupation. Entre 2022 et 2025, le score moyen des élèves marocains a reculé de 10 points en mathématiques, passant de 365 à 355 points. En compréhension de l’écrit, la baisse atteint 18 points, de 339 à 321 points. En sciences, le recul est de 7 points, de 365 à 358 points.Le phénomène n’est toutefois pas propre au Maroc. Les systèmes éducatifs de nombreux pays ont également enregistré une dégradation de leurs performances. Sur la même période, la moyenne de l’OCDE a diminué de 9 points en mathématiques, de 15 points en lecture et de 3 points en sciences.L’OCDE relève néanmoins une particularité importante concernant le Maroc : entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes de 15 ans éligibles à PISA a progressé de plus de 30 %, alors que la population de cet âge est restée relativement stable. Cette évolution est notamment associée à l’élargissement de la scolarisation secondaire à des catégories de jeunes qui étaient auparavant davantage éloignées du système scolaire.Inégalités socialesLe milieu socio-économique continue également d’être associé aux performances scolaires. Les 25 % d’élèves marocains les plus favorisés obtiennent en moyenne 55 points de plus en sciences que les 25 % les plus défavorisés. L’écart atteint 85 points pour la moyenne OCDE. Selon les données de PISA, le statut économique, social et culturel explique 9 % de la variation des performances en sciences au Maroc, contre 12 % en moyenne dans l’OCDE. Un écart qui, contrairement à la moyenne des performances, n’a pas connu de modification significative entre 2018 et 2025.Autre enseignement de l’enquête : les différences entre filles et garçons ne sont pas identiques selon les matières. En compréhension de l’écrit, les filles obtiennent en moyenne 329 points, contre 313 points pour les garçons, soit un avantage de 17 points selon l’indicateur de l’OCDE. En sciences, l’écart est beaucoup plus réduit, à 3 points en faveur des filles, et n’est pas statistiquement significatif. Même situation en mathématiques, où les filles devancent les garçons de 2 points.«L’héritage de l’ancien modèle»Réagissant aux résultats de l’enquête PISA, le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports entend surtout replacer les chiffres dans leur contexte. Dans un communiqué rendu public le 8 septembre 2026, le département de tutelle estime que les résultats de PISA 2025 « reflètent essentiellement le niveau des apprentissages et des compétences acquis » dans le cadre de l’ancien modèle éducatif.Le ministère insiste ainsi sur un point central : les élèves concernés par l’enquête n’ont pas bénéficié du nouveau modèle déployé dans le cadre de la Feuille de route 2022-2026, et notamment du dispositif de «l’école pionnière». Pour le ministère, les résultats de PISA 2025 ne pourraient donc être interprétés comme une évaluation du modèle actuellement mis en œuvre. Selon son argumentaire, « les élèves évalués n’ont pas suivi, durant leur parcours scolaire, le dispositif dont l’une des principales ambitions est précisément de renforcer la maîtrise des apprentissages fondamentaux dès les premières années ».Dès le primaireLe ministère ne minimise pas pour autant le niveau atteint. Au contraire, il reconnaît que les résultats mettent en évidence « un déficit persistant dans la maîtrise des compétences fondamentales et confirment l’ampleur du défi auquel reste confrontée l’école marocaine ». Pour expliquer les faibles performances enregistrées à l’âge de 15 ans, le ministère refuse de limiter l’analyse au seul enseignement secondaire collégial.Selon sa lecture, les difficultés constatées à cet âge « sont le résultat d’une accumulation progressive de lacunes. Celles-ci apparaîtraient dès les premières années du primaire, puis se prolongeraient d’un niveau scolaire à l’autre sans être suffisamment corrigées ». Le raisonnement du ministère est donc celui d’un problème qui se construit tôt dans le parcours scolaire. Une difficulté non identifiée ou insuffisamment prise en charge au primaire risque de devenir un handicap pour l’élève dans les niveaux suivants. C’est précisément sur ce constat que repose, selon le département, l’orientation de la réforme actuelle : « Agir en amont plutôt que tenter de rattraper les difficultés une fois qu’elles sont installées ».Ecole pionnière, la réponseLe dispositif de l’école pionnière constitue ainsi l’un des principaux leviers avancés par le ministère. Déployé d’abord dans le primaire, il vise notamment à identifier plus rapidement les difficultés d’apprentissage, à mettre en place des mécanismes de réponse et à renforcer les acquis fondamentaux.Le ministère compte en effet poursuivre et accélérer la généralisation de ce modèle, aussi bien dans le primaire que dans l’enseignement secondaire collégial. Au programme : renforcer le soutien et l’accompagnement pédagogiques, adapter les contenus d’enseignement, développer des formations pratiques spécialisées pour les enseignants et mettre à leur disposition davantage de ressources pédagogiques et numériques. Le département insiste également sur la nécessité de renforcer l’encadrement tout en améliorant l’environnement d’apprentissage.La Tutelle estime par ailleurs qu’il faudra encore patienter avant de pouvoir mesurer le véritable impact de ces dispositifs à travers PISA. Pour disposer d’une évaluation réellement représentative du nouveau modèle, il faudra que les élèves ayant effectivement bénéficié de l’école pionnière tout au long d’une partie significative de leur parcours scolaire atteignent à leur tour l’âge de participation à l’enquête.