Du pétrole aux engrais. Les effets en cascade des tensions géopolitiques
Pascal Chaigneau, directeur du Centre HEC de Géopolitique.

À l’occasion de la présentation du 20ᵉ volume des « Dialogues Stratégiques », le directeur du Centre HEC de Géopolitique a mis en avant les vulnérabilités des économies face aux ruptures d’approvisionnement. Du blocage du détroit d’Ormuz aux enjeux de sécurité alimentaire, il met l’accent sur les conséquences économiques des conflits et l’importance de l’initiative royale pour le partenariat atlantique.

Les tensions géopolitiques rappellent à quel point la sécurité des approvisionnements est devenue un enjeu central de souveraineté économique. C’est l’un des messages portés par Pascal Chaigneau, directeur du Centre HEC de Géopolitique, lors de la présentation du 20ᵉ volume des « Dialogues Stratégiques », organisée le 28 octobre 2026 au siège du Policy Center for the New South (PCNS), à Rabat. Fruit d’une coopération entre le PCNS et le Centre HEC de Géopolitique, cet ouvrage aborde notamment la sécurisation des infrastructures essentielles et des ressources stratégiques. Pour Pascal Chaigneau, ces questions dépassent le seul cadre sécuritaire : elles touchent directement à la capacité des économies à maintenir leur activité lorsqu’elles sont confrontées à des ruptures d’approvisionnement.La souveraineté à l’épreuve des dépendancesPour Pascal Chaigneau, la souveraineté économique repose notamment sur la capacité d’un pays à sécuriser l’accès aux ressources et aux infrastructures indispensables à son activité. Matières premières, hydrocarbures, soufre et réseaux de connectivité constituent des maillons essentiels dont la rupture peut fragiliser l’économie et limiter la marge de manœuvre des États. « Dès lors qu’un pays ne dispose plus des matières premières, du pétrole, du soufre ou de la connectivité nécessaires au fonctionnement durable de son économie, sa souveraineté se trouve directement affectée », explique le directeur du Centre HEC de Géopolitique.Cette dépendance prend une dimension particulière lorsque les conflits perturbent les circuits d’approvisionnement. Les conséquences dépassent alors les zones de confrontation et se répercutent sur les économies dépendantes de ces ressources. La sécurisation des approvisionnements et la continuité des réseaux deviennent ainsi des enjeux majeurs de résilience économique et de souveraineté nationale.Du détroit d’Ormuz aux risques de crise alimentairePour illustrer les répercussions des tensions géopolitiques sur l’économie mondiale, Pascal Chaigneau revient sur les conséquences de la guerre contre l’Iran et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Les difficultés d’approvisionnement qui en découlent ne concernent pas uniquement les hydrocarbures. Elles touchent également le soufre, une matière première essentielle à la fabrication des engrais.L’impact potentiel dépasse ainsi le secteur énergétique pour toucher directement la production agricole et la sécurité alimentaire. Une disponibilité réduite des engrais pourrait fragiliser les capacités de production et accentuer les tensions sur les marchés alimentaires. « Les engrais, c’est nourrir la planète. Si vous avez un déficit d’engrais, cela signifie une crise alimentaire prévisible », note Pascal Chaigneau.Cette analyse met en évidence les effets en chaîne d’un choc géopolitique : les perturbations d’une voie maritime stratégique peuvent affecter les approvisionnements énergétiques, renchérir les coûts de production agricole et faire peser des risques sur la sécurité alimentaire mondiale.Le partenariat atlantique, un levier de désenclavement du SahelPascal Chaigneau explique également la portée stratégique de l’initiative royale pour le partenariat atlantique, qu’il considère comme une perspective prometteuse pour le désenclavement du Sahel. Fondée sur une approche à la fois économique, géoéconomique et géopolitique, cette initiative vise à renforcer les connexions régionales et à ouvrir de nouvelles perspectives de coopération.Le directeur du Centre HEC de Géopolitique met cette dynamique en contraste avec les difficultés persistantes de l’intégration maghrébine. Alors que l’Union du Maghreb arabe peine à progresser, il voit dans l’initiative atlantique un motif d’espoir pour la coopération régionale.Au-delà de sa dimension diplomatique, cette démarche pose la question de la connectivité comme levier de développement économique. Le renforcement des échanges et des liaisons entre les territoires peut contribuer à réduire l’isolement du Sahel, à faciliter l’accès aux marchés et à limiter certaines vulnérabilités structurelles. Dans un contexte de tensions internationales, la connectivité apparaît ainsi comme un enjeu à la fois économique et stratégique.