Gdeim Izik : le CNDH fait le point sur la situation des détenus
Demandes de transfèrement, suspension des appels téléphoniques, suivi médical… Le CNDH fait le point sur la situation des détenus de Gdeim Izik après leur grève de la faim. Son rapport revient sur les revendications exprimées, les réponses de l'administration pénitentiaire et les constats effectués lors des visites de ses équipes.
Dans son rapport consacré aux détenus des événements de Gdeim Izik, le Conseil national des droits de l'Homme revient sur les revendications de transfèrement, les conditions de détention et le suivi médical des détenus. Il détaille également les démarches de médiation engagées auprès des autorités pénitentiaires et les circonstances de la fin de la grève de la faim.Dans un rapport publié en complément des informations diffusées le 16 octobre, l'institution revient en détails sur les visites effectuées par ses délégations dans plusieurs établissements pénitentiaires, les revendications exprimées par les détenus ainsi que les observations recueillies sur leur état de santé. Le document revient notamment sur les demandes de transfèrement vers des prisons plus proches des familles : la principale revendication formulée par les intéressés. Il fait également état de « démarches de médiation entreprises par les équipes du CNDH auprès des autorités compétentes, dans le but de faciliter une réponse favorable à certaines de leurs demandes », indique le document.Visites et suivi médicalAinsi le rapport nous apprend qu’ à l'initiative de la présidente du CNDH, des équipes pluridisciplinaires ont été chargées de rencontrer les détenus concernés dans les établissements pénitentiaires de Kénitra, Tiflet 2, Marrakech (L'Oudaya) et Benguerir. Une première série de visites a été organisée le 29 septembre 2026, avant des visites de suivi effectuées les 14 et 15 octobre.« Ces interventions ont été menées conformément au guide pratique consacré à la gestion des grèves de la faim en milieu carcéral, élaboré conjointement par le CNDH, la Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), la Présidence du ministère public, le ministère de la Santé et le Comité international de la Croix-Rouge », détaille le CNDH dans son rapport.Le Conseil précise par ailleurs que les entretiens se sont déroulés dans des conditions garantissant la confidentialité. Ses médecins ont procédé à des examens individuels, dans le respect du secret médical, et consulté les dossiers médicaux des détenus en coordination avec les médecins des établissements concernés.« Au cours de ces rencontres, les équipes ont également sensibilisé les intéressés aux conséquences de la grève de la faim sur leur santé et leur sécurité », ajoute la même source. En parallèle, les représentants du CNDH ont entrepris des démarches de médiation auprès des autorités compétentes afin de favoriser le règlement de certaines de leurs revendications.Transfèrement, au cœur des revendicationsLe principal point de désaccord concerne en effet les demandes de transfèrement vers des établissements pénitentiaires situés à proximité des lieux de résidence des familles des détenus. Sur ce volet, « la DGAPR a expliqué aux détenus que leurs demandes ne pouvaient être satisfaites, les établissements sollicités n'étant pas adaptés à la durée des peines prononcées à leur encontre et étant réservés à d'autres catégories de détenus », précise le rapport.Le rapport aborde également la question de la suspension des appels téléphoniques. Selon les explications de l'administration pénitentiaire rapportées par le CNDH, « cette mesure serait liée à une utilisation du service à des fins autres que les communications familiales, en violation du règlement intérieur ».Grève de la faimConcernant la grève de la faim, la situation des détenus n'est toutefois pas uniforme. Au centre pénitentiaire de Kénitra, Ahmed Sbaaï, Mohamed El Bachir Boutanguiza et Hassan Zawi ont déclaré avoir entamé une grève de la faim le 23 septembre et en avoir informé la direction par écrit. Placés à l'infirmerie de l'établissement après l'annonce de leur mouvement, ils ont indiqué aux médiateurs du CNDH lors de la visite du 29 septembre, ne pas avoir pu récupérer certains de leurs effets personnels.À la suite de l'intervention du CNDH, le directeur de l'établissement a immédiatement donné des instructions pour leur restitution, ajoute le rapport. Les trois détenus ont par ailleurs affirmé, lors des visites du 29 septembre et du 14 octobre, que leurs appels téléphoniques avaient été suspendus depuis le début de la grève. Le rapport relève également la position particulière de Hassan Zawi, qui a déclaré refuser les visites familiales, y compris celles de son épouse, afin de lui éviter les contraintes d'un déplacement sur la longue distance séparant Laâyoune de Kénitra. Il a précisé avoir déjà fait part de cette décision à l'administration pénitentiaire.En détailsÀ Tiflet 2, Mohamed Lamine Haddi a, pour sa part, affirmé ne pas être en grève de la faim, une information confirmée par le directeur de l'établissement. Il a renouvelé sa demande de transfèrement vers une prison proche de sa famille à Laâyoune. Il a également indiqué bénéficier de trois appels téléphoniques hebdomadaires avec ses proches et d'un suivi médical régulier, précise le rapport du CNDH.La situation d'Abdallah Abbah, détenu dans le même établissement, a été différente. Celui-ci a refusé de rencontrer l'équipe du Conseil lors de la première visite, le 29 septembre. « Les membres de la délégation ont alors constaté un état d'agitation, malgré leurs tentatives d'engager le dialogue », rapporte le document. Lors de la visite du 14 octobre, la direction a informé l'équipe de son transfert à l'hôpital de Khémisset, puis à l'hôpital Moulay Youssef de Rabat, où les représentants du CNDH ont pu lui rendre visite.Concernant El Bachir Khadda, le rapport indique qu'il a été transféré à la prison locale de Laâyoune 2 le 25 septembre, après avoir rempli les critères de répartition en vigueur. Le reliquat de sa peine étant inférieur à quatre ans, son transfert a ainsi pu être effectué. Le détenu avait, de son côté, déclaré aux équipes du Conseil ne pas avoir participé à la grève de la faim.À Marrakech (L'Oudaya) et à Benguerir, Naâma Asfari et Hassan Dah ont, quant à eux, annoncé leur entrée en grève de la faim le 23 septembre, en demandant leur transfert vers des établissements plus proches de leurs familles. Naâma Asfari avait également sollicité l'autorisation de communiquer par téléphone avec son épouse, qui réside à l'étranger. Les équipes du CNDH ont constaté que les deux détenus étaient placés dans des cellules individuelles. « Tous deux ont déclaré que leurs conditions de détention étaient normales et n'ont formulé aucune plainte particulière à ce sujet », constate le document du CNDH.Observations médicalesLe volet sanitaire constitue un autre aspect important du rapport. À l'issue des visites, les équipes du CNDH ont communiqué leurs observations aux médecins des établissements pénitentiaires. Le Conseil indique ainsi que Mohamed El Bachir Boutanguiza a été le seul détenu à refuser de se soumettre à l'examen médical.Pour Ahmed Sbaaï et Hassan Zawi, les examens ont révélé un état de santé général normal au moment de leur réalisation. « Les deux détenus étaient conscients et cohérents, leurs signes vitaux se situaient dans les limites habituelles et aucun signe clinique de déshydratation n'a été relevé. Leurs analyses biologiques étaient également normales, malgré la présence de quelques symptômes légers » note le rapport.Le CNDH précise par ailleurs qu'ils ont bénéficié du suivi médical prévu dans le cadre de la prise en charge des grèves de la faim. Concernant Naâma Asfari et Hassan Dah, le document affirme que leur état de santé était stable et confirme leur prise en charge médicale conformément au dispositif prévu pour ce type de situation.Sur l'évolution du mouvement, le rapport précise que Naâma Asfari avait annoncé, dans une lettre adressée au délégué général à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion le 30 septembre 2026, sa décision de suspendre sa grève de la faim. Les autres détenus concernés ont mis fin à leur mouvement de manière échelonnée : cinq d'entre eux l'ont arrêté le 14 octobre, tandis que le dernier a mis fin à sa grève le 15 octobre 2026.