Un chien tué toutes les 42 secondes : une alerte avant le Mondial 2030
L'ONG réclame une prise en charge vétérinaire effective

À l’approche du Mondial 2030, la Société Protectrice des Animaux du Maroc dénonce la multiplication des captures et des mises à mort de chiens dans plusieurs régions du Royaume. L’association réclame une enquête indépendante sur leur devenir et davantage de transparence sur ces opérations. De leur côté, les autorités défendent une politique fondée sur la stérilisation, la vaccination et la prise en charge des animaux.

Un chien tué toutes les 42 secondes. C’est le rythme auquel seraient tués les chiens vivant dans les rues selon une estimation avancée par la Société Protectrice des Animaux du Maroc (SPA du Maroc). Dans une nouvelle démarche adressée cette fois-ci à la Fédération internationale de football (FIFA), l’association demande l’ouverture d’une enquête indépendante sur les opérations de capture et le sort réservé aux animaux collectés.Dans son courrier adressé au président de la FIFA, Gianni Infantino, à son secrétaire général, l’organisation revient sur des pratiques qu’elle affirme dénoncer depuis plusieurs années. Elle précise qu’il s’agit de sa quatrième interpellation consécutive, après des correspondances envoyées en 2023, 2024 et 2025, restées, selon elle, sans réponse. L'association assure que sa démarche ne vise ni le football ni le droit du Maroc à accueillir la compétition. Elle entend, selon ses termes, « faire en sorte que la préparation du Mondial ne se fasse pas au détriment de la protection animale ».Pour étayer ses alertes, la SPA du Maroc avance plusieurs données issues de ses propres observations. Durant l’été 2026, près de 1.000 chiens auraient été capturés quotidiennement dans la région Casablanca-Settat. « Dar Bouazza, Nouaceur et Mohammedia enregistreraient chacune environ une centaine de captures par jour », détaille l’ONG. À l’échelle nationale, l’association estime que le rythme des mises à mort correspondrait à un chien toutes les 42 secondes en moyenne.L’ONG précise toutefois que ces chiffres relèvent de ses propres estimations et ne constituent pas des statistiques officielles publiées par les autorités. Elle affirme également ne pas avoir constaté, dans les secteurs qu’elle suit, le retour des chiens capturés, contrairement au principe du programme de capture, stérilisation, vaccination et retour dans le milieu de vie, connu sous le sigle TNVR.Où vont les chiens capturés ?C’est précisément sur cette question que porte l’essentiel des revendications de la SPA du Maroc. Pour Ali Izddine, son président, la capture des chiens ne peut constituer une finalité en soi. « Elle doit déboucher sur une prise en charge vétérinaire effective, comprenant la stérilisation, la vaccination et l’identification de l’animal, avant son retour dans son territoire lorsque son état le permet », explique l’activiste des droits des animaux.Ce dernier insiste par ailleurs sur la nécessité de mettre en place un dispositif permettant de suivre chaque animal, depuis son lieu de capture jusqu’à son devenir. « Un animal communautaire capturé ne doit pas simplement disparaître », souligne-t-il, plaidant pour une traçabilité permettant de connaître les soins reçus, les interventions pratiquées et les conditions de son éventuelle remise en liberté.L’association affirme par ailleurs avoir saisi, en avril et mai 2026, le ministère de l’Intérieur et la société Casa Baia (Casa Environnement), chargée notamment des opérations de collecte dans la région casablancaise. En invoquant la loi 31.13 relative au droit d’accès à l’information, l’ONG avait réclamer les données concernant le nombre de chiens capturés, stérilisés, vaccinés et relâchés, ainsi que le sort des animaux retenus, les éventuels cas d’euthanasie ou d’empoisonnement, les lieux d’hébergement et les budgets publics consacrés à ces opérations. La SPA du Maroc affirme n’avoir reçu aucune information. Elle réclame désormais « des données vérifiables et un contrôle indépendant des opérations », estimant que « l’absence de transparence empêche d’évaluer concrètement l’application des engagements annoncés ».La réponse des autorités Ces doléances interviennent dans un contexte où le ministère de l’Intérieur a déjà été amené à prendre position sur la question. En février 2025, Mohammed Roudani, alors responsable de la division de l’Hygiène et des Espaces verts à la Direction générale des collectivités territoriales, avait catégoriquement démenti l’existence d’une campagne organisée visant à abattre trois millions de chiens errants avant le Mondial 2030. Dans une déclaration à la MAP, il avait qualifié ces informations de «dénuées de tout fondement », assurant que les collectivités territoriales privilégiaient des solutions éthiques et durables, notamment à travers la méthode TNVR, la création de dispensaires animaliers et le renforcement des bureaux communaux d’hygiène.La question a également été portée devant le Parlement. En juin 2025, la députée Fatima Tamni, du groupe de la Fédération de la gauche démocratique, avait interpellé le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, au sujet des informations faisant état d’abattage et d'empoisonnement de chiens et de chats dans certaines communes. Elle demandait notamment au département de l’Intérieur de prendre des directives officielles pour mettre fin à ces pratiques et réaffirmer l’engagement du Maroc en faveur d'une gestion respectueuse du bien-être animal.Dans ses réponses au parlement, le ministère a mis en avant les moyens financiers et institutionnels mobilisés. Abdelouafi Laftit avait notamment fait état d'une enveloppe d'environ 214 millions de dirhams consacrée, sur cinq ans, à l'accompagnement des collectivités territoriales, à la création et à l'équipement de centres de collecte et d'hébergement des animaux. Le dispositif repose notamment sur une convention de partenariat conclue en 2019 entre les départements de l'Intérieur et de la Santé, l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et l'Ordre national des vétérinaires.Le 22 juillet 2025, devant la Chambre des conseillers, le ministre avait de nouveau défendu cette orientation, évoquant près de 240 millions de dirhams mobilisés au cours des cinq dernières années pour les centres animaliers, les équipements de collecte et les opérations de stérilisation. Il avait assuré que les interventions étaient conduites dans le respect du bien-être animal et avec l'implication des associations de protection animale. Il avait également annoncé la programmation de plus de vingt dispensaires animaliers, dont celui de Rabat déjà opérationnel à cette date.Loi fraichement instaurée Le cadre juridique a, lui aussi, évolué avec l'adoption de la loi n° 19.25 relative à la protection des animaux errants et à la prévention des dangers qu'ils peuvent représenter, publiée au Bulletin officiel le 28 juillet 2026. Le texte encadre notamment les opérations de collecte, d'hébergement, de vaccination et de stérilisation, tout en prévoyant des conditions pour le recours à l'euthanasie sous supervision vétérinaire.Mais pour Ali Izddine, l'existence d'une loi ne suffit pas à garantir une protection effective. Le président de la SPA du Maroc regrette notamment que la méthode TNVR ne soit pas consacrée, par cette loi, comme une obligation générale et prioritaire. Il s'inquiète également des dispositions susceptibles de sanctionner les citoyens qui nourrissent ou soignent des animaux communautaires dans l'espace public en dehors du cadre prévu.L'association appelle ainsi à faire de la prévention et de la traçabilité les piliers de la politique publique, tout en associant davantage les citoyens, les vétérinaires et les organisations de protection animale. Elle rappelle que les associations ne peuvent, à elles seules, assumer la gestion de populations animales à l'échelle d'une ville ou d'un pays. Au-delà du sort des chiens des rues, la SPA du Maroc plaide pour une protection animale plus globale, qui concerne également les chevaux utilisés pour le transport, les singes exhibés à des fins touristiques et les serpents manipulés comme attractions, notamment à Jemaa el-Fna.