Lors du sommet mondial sur la lutte contre le terrorisme, organisé à l’Université Reichman, la journaliste et auteure Souad Mekhennet a livré un plaidoyer marquant contre l’extrémisme, l’antisémitisme et la déshumanisation des victimes. Un discours nourri de sa propre histoire familiale marocaine et de vingt-cinq années d’enquêtes de terrain sur le terrorisme.
« La haine ne meurt pas : elle émigre. » C’est l’un des avertissements les plus marquants lancés par Souad Mekhennet, journaliste et auteure plusieurs fois primée, chercheuse associée à l’Université Vanderbilt, lors de son discours d’ouverture à la 26e édition du Sommet mondial Shabtai Shavit sur la lutte contre le terrorisme (ICT26), organisée du 5 au 8 octobre 2026 à l’Université Reichman, en Israël.
Devant un parterre de responsables politiques, sécuritaires et de chercheurs, elle a puisé dans son histoire familiale pour dénoncer les justifications idéologiques du terrorisme. « Je suis la fille d’un couple sunnite et chiite », a-t-elle rappelé, avant d’évoquer ses grands-parents marocains, engagés dans la lutte pour l’indépendance.
« Ils utilisaient le mot djihad », a-t-elle expliqué. Mais, dans leur conception, « cela signifiait lutter, cela signifiait se dresser pour ce qui est juste ». Jamais « tuer des femmes et des enfants », ni « tuer une seule personne innocente, pour quelque cause que ce soit et pour quelque terre que ce soit ».
Elle a également rappelé que ses grands-parents avaient combattu aux côtés de leurs « frères et sœurs juifs », des Marocains qui aspiraient à la même indépendance. Une mémoire qu’elle oppose à ceux qui présentent les massacres du 7 octobre 2023 comme des actes de résistance. « Je sais à quoi ressemble la résistance. J’ai été élevée par elle. Et ce que vous décrivez, ce n’est pas cela », répond-elle aux étudiants qui l'interrogent sur le Hamas.
Forte de plus de vingt-cinq années d’entretiens avec des membres d’Al-Qaïda, des talibans et de l’État islamique, la journaliste dénonce les idéologies qui instrumentalisent la religion. « Ils ne voulaient pas un ajustement de frontières. Ils voulaient un monde sans Juifs. Et, dans le même souffle, ils voulaient aussi un monde sans musulmans comme moi. »
Mekhennet s’est également alarmée de la résurgence de l’antisémitisme, y compris dans les milieux universitaires et médiatiques. Elle dénonce sa forme « polie », celle qui transforme le boycott d’un artiste israélien en « question de conscience », et la polarisation qui pousse des journalistes au silence.
Son discours ne ménage toutefois pas Israël. Évoquant les destructions à Gaza, elle affirme : « La souffrance des civils à Gaza est réelle. » Et d’insister : « J’ai couvert suffisamment de guerres pour savoir à quoi ressemble un enfant extrait des décombres, et je refuse de ne le voir que lorsque cet enfant est de mon côté. »
La journaliste refuse toute hiérarchie entre les souffrances. « Il ne s’agit pas d’une compétition de la douleur », souligne-t-elle, estimant que condamner les atrocités du 7 octobre impose aussi de reconnaître la tragédie des civils palestiniens. « Les deux à la fois. C’est la seule position honnête, et c’est la plus solitaire au monde en ce moment. »
Elle formule ensuite trois exigences : offrir aux jeunes des perspectives autres que la radicalisation, garantir l’accès des journalistes à Gaza et établir les responsabilités dans les événements du 7 octobre.
« La guérison est la forme d’antiterrorisme la plus économique qui soit », affirme-t-elle, plaidant pour l’éducation, l’emploi et la prise en charge des traumatismes des enfants israéliens et palestiniens.
Concernant Gaza, elle dénonce les restrictions imposées à la presse étrangère et appelle à faire toute la lumière sur la mort de journalistes. « Ce n’est pas une faiblesse, c’est précisément la raison d’être de l’État de droit », insiste-t-elle.
Réclamant une commission d’enquête impartiale, elle avertit : « Les saboteurs ne se trouvent pas d’un seul côté. » Et ajoute : « Chaque question laissée sans réponse constitue un terrain de recrutement pour les extrémistes. »
Pour terminer, Souad Mekhennet revient à l’exemple de ses grands-parents marocains et à la solidarité manifestée par des responsables de la communauté juive allemande envers sa famille face aux violences néonazies.
« Des personnes à qui l’on répète chaque jour qu’elles sont ennemies se sont déjà tenues coude à coude par le passé », rappelle-t-elle, avant de lancer cet ultime message : « Il n’est pas naïf de croire que cela peut se reproduire. »
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