IA et robotique : Yassine Laghzioui souligne les atouts du Maroc pour changer d'échelle
Pour le directeur général d'UM6P Ventures, le Maroc possède les ingrédients nécessaires à l'émergence d'une industrie de l'intelligence artificielle. Encore faut-il rapprocher recherche, entreprises, financement et marchés.
Le Maroc ne doit pas nécessairement chercher à reproduire les géants mondiaux de l'intelligence artificielle pour trouver sa place dans cette révolution technologique.
C'est l'une des convictions défendues par Yassine Laghzioui, directeur général d'UM6P Ventures et Chief Entrepreneurship and Innovation Officer de l'Université Mohammed VI Polytechnique, dans une déclaration à L'Observateur du Maroc et d'Afrique.
Pour lui, le Royaume dispose de plusieurs avantages comparatifs susceptibles de favoriser l'émergence de solutions technologiques compétitives à l'international.
Laghzioui estime qu’il y a trois atouts à exploiter. Le premier concerne les données, qui constituent une ressource stratégique pour développer des solutions répondant à des besoins locaux.
Le deuxième repose sur l'expertise métier accumulée dans les secteurs économiques où le Maroc possède déjà des compétences.
Le troisième réside dans la possibilité de transformer les entreprises en terrains d'expérimentation pour les start-up spécialisées dans l'intelligence artificielle et la robotique.
Cette combinaison pourrait permettre de développer des solutions locales, adaptées aux besoins des industriels, puis commercialisables sur d'autres marchés.
« Les grandes entreprises peuvent offrir à des start-ups et à des entreprises IA leurs terrains d'expérimentation », explique Yassine Laghzioui.
L'approche privilégie des applications concrètes plutôt qu'une compétition systématique avec les grands producteurs mondiaux de modèles d'intelligence artificielle.
Le dirigeant d'UM6P Ventures distingue cependant deux grandes catégories d'opportunités.
La première consiste à exploiter les technologies existantes pour résoudre des problèmes économiques identifiés.
La seconde relève de la DeepTech, qui repose sur la recherche scientifique et le développement de technologies nouvelles.
Dans ce domaine, les entreprises marocaines peuvent notamment travailler sur l'optimisation des modèles, les logiciels spécialisés ou les composants matériels, sans nécessairement chercher à créer leurs propres grands modèles de langage.
Mais la qualité scientifique ne suffit pas à garantir le succès commercial.
Les équipes doivent associer chercheurs, ingénieurs capables d'industrialiser les solutions et profils commerciaux maîtrisant les attentes des clients.
Un financement à repenser
L'autre défi concerne le financement des start-up DeepTech.
Contrairement aux entreprises traditionnelles, ces structures peuvent consacrer plusieurs années à la recherche et au développement avant de générer leurs premiers revenus significatifs.
Leur évaluation ne peut donc pas reposer exclusivement sur le chiffre d'affaires. Elle doit également prendre en considération les progrès technologiques, la validation des produits et leur potentiel de marché.
Yassine Laghzioui souligne que l'écosystème marocain du capital-risque reste jeune, malgré l'apparition de plusieurs fonds spécialisés et l'accompagnement apporté notamment par le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement.
Il insiste sur la nécessité de construire un environnement favorable réunissant talents, capitaux, universités, entreprises clientes et cadre réglementaire adapté.
Le Forum a également illustré l'importance du financement des TPME. BANK OF AFRICA y a notamment participé à une session consacrée aux difficultés de financement, en défendant une approche associant crédit, accompagnement et structuration des entreprises.
Pour Yassine Laghzioui, le problème n'est pas seulement de savoir si le Maroc pourra construire un écosystème compétitif, mais à quelle vitesse.
« Est-ce qu'on peut attendre 10 ans pour construire cet écosystème ? Je pense qu'on doit accélérer », affirme-t-il.
La création d'un portefeuille ministériel intégrant l'intelligence artificielle dans le nouveau gouvernement constitue, à ses yeux, un signal politique encourageant.
Reste à transformer cette priorité en capacités de recherche, en entreprises innovantes et en produits exportables.






