AgriTech. Hamza Rkha Chaham veut changer la donne par les drones
Le cofondateur de SOWIT et Takamoul appelle à une transformation profonde du modèle agricole marocain. Financement, technologie et traçabilité pourraient, selon lui, redonner aux agriculteurs les moyens d'améliorer durablement leur productivité.
L'audace entrepreneuriale ne se mesure pas uniquement à la sophistication des technologies développées. Elle peut aussi consister à s'attaquer à des problèmes économiques qui résistent depuis des décennies aux politiques publiques.
C'est la conviction défendue par Hamza Rkha Chaham, cofondateur de SOWIT et Takamoul, lors du Forum de la CGEM.
Son intervention a placé l'agriculture au centre du débat sur la souveraineté économique.
«Comment accepter aujourd'hui que nous avons 3 millions d'hectares de céréales qui sont cultivés au Maroc, et que nous importons 50 % à 75 % de nos besoins ?», a-t-il interrogé.
Ces chiffres, avancés par l'entrepreneur, traduisent à ses yeux la nécessité d'une transformation profonde du modèle agricole.
L'un des constats les plus marquants concerne l'accès des agriculteurs aux ressources financières.
Selon Hamza Rkha Chaham, l'agriculture représente environ 12 % du PIB marocain, mais mobiliserait moins de 4 % des financements.
Un écart qu'il considère comme révélateur de la difficulté à financer convenablement les petits et moyens exploitants.
Sans financement adapté, ces derniers peinent à investir dans les équipements, les intrants, les technologies et les moyens nécessaires à la sécurisation de leurs rendements.
La question dépasse ainsi la seule disponibilité du crédit. Elle concerne aussi la perception du risque, l'accès à l'assurance et la capacité à construire des relations de confiance entre producteurs, industriels et établissements financiers.
Pour le cofondateur de SOWIT et Takamoul, les outils numériques offrent la possibilité de repenser ces relations économiques.
La collecte de données, la traçabilité des productions, l'amélioration de l'information disponible pour les prêteurs et les mécanismes de réduction des risques peuvent contribuer à rendre l'investissement agricole plus accessible.
La technologie permettrait également aux industriels de mieux connaître leurs approvisionnements et aux agriculteurs de mieux valoriser leur production.
L'objectif est de faire émerger des chaînes de valeur agricoles plus transparentes, mieux organisées et capables de créer davantage de richesse dans les territoires.
Mais le jeune entrepreneur refuse de réduire cette ambition à la création de quelques applications.
Il appelle à mobiliser de véritables moyens financiers et institutionnels pour transformer durablement les filières.
Faire confiance au monde rural
Hamza Rkha Chaham a également insisté sur la diversité des réalités territoriales marocaines.
Chaque région, chaque village et chaque communauté agricole possèdent leurs propres pratiques, relations économiques et contraintes.
La réussite d'une innovation exige donc une connaissance approfondie du terrain et une collaboration directe avec les acteurs locaux.
Évoquant son parcours, il a rappelé sa démarche auprès de la Société financière internationale (IFC), à Washington, pour rechercher un financement destiné à une start-up marocaine.
Son ambition va bien au-delà de son entreprise. Il souhaite que l'agriculteur soit considéré comme un véritable moteur de développement économique plutôt que comme un acteur dépendant en permanence des subventions.
Une vision qui rejoint les priorités de souveraineté alimentaire défendues au niveau national, tout en mettant l'accent sur la nécessité de renforcer l'investissement privé dans les territoires ruraux.






