Taxe carbone. Les entreprises marocaines se préparent
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est prévu pour 2023

D'ici 2023, l’Europe va imposer de nouvelles normes environnementales aux entreprises étrangères exportant sur son territoire. Au Maroc, plusieurs secteurs d’activité sont concernés par cette nouvelle mesure.



Le parlement européen a voté en avril une résolution sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. L’instrument dont l’entrée en vigueur est prévue en 2023 doit permettre à l’UE d’imposer ces normes environnementales aux entreprises étrangères exportant sur son territoire. Au Maroc, plusieurs secteurs d’activité sont concernés par cette nouvelle mesure et doivent, selon les experts, s’y préparer suffisamment à l’avance pour éviter un impact direct sur leur compétitivité. Il s’agit notamment de l’électricité, l’automobile, la parachimie et les fertilisants, sans oublier l’industrie agro-alimentaire et le textile, qui pourraient être concernés dans un second temps.

« Si ce nouveau dispositif comporte des obstacles, il pourrait en même temps contenir d’importantes opportunités pour le Maroc», estime Mounir Ferram, directeur exécutif de l’ASMEX lors d’une rencontre virtuelle organisée par l’ASMEX en partenariat avec Veritas sous le thème : « Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE pour les exportations marocaines (MACF)».

Des options à l'étude

Dans son intervention, l’expert climat et bilan carbone chez Veritas, Abdelaziz Belhouji, a noté que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE fera l’objet en juin prochain d’une proposition législative par la Commission Européenne qui devra entrer en vigueur en janvier 2023. Il a expliqué que « plusieurs options sont actuellement sur la table : droits de douane sur les produits à forte intensité carbone, paiement d’une taxe carbone (taxe sur le contenu carbone du produit importé comme s’il avait été fabriqué par le pays importateur), cette mesure est en cours d’étude pour vérifier sa conformité avec les règles de l’OMC ; subvention à l’export des entreprises européennes engagées en matière de climat, extension du système d’échange de quotas européens aux importations appliqué actuellement... ». « En attendant de trancher, les entreprises marocaines n’ont d’autre choix que de se préparer en pofitant de toutes les mesures stratégiques et les programmes d’accompagnement mis à leur disposition dans le cadre de la stratégie nationale de développement durable adoptée par le Ministère du Commerce, de l’Industrie, de l’Economie Verte et Numérique », ajoutent les intervenants.

Décarbonation, une chance pour le Maroc

Les avis sont unanimes, le Maroc a toutes les chances de devenir une destination de production industrielle carbone neutre. Pour Saïd Mouline, le directeur de l’Agence marocaine de l’efficacité énergétique (AMEE), «iI y a une carte essentielle à jouer par notre pays qui viendra s’ajouter aux atouts dont il dispose déjà par rapport au marché européen ». Said Mouline annonce par la même occasion que le Maroc a pour projet d’élaborer une norme marocaine reconnue au niveau européen pour évaluer le bilan carbone des entreprises nationales. « Ce projet est bien avancé et attend juste que l’Europe fixe les points à calculer », précise Mouline qui ajoute que le Maroc discute avec l’UE, un pacte vert qui liera les deux parties et qui permettra d’accompagner la mise en place de toute la transition vers l’économie verte en général et le processus de décarbonation en particulier. «En plus des enjeux pour l’industrie et pour l’export, il est important que le Maroc soit également perçu par les investisseurs étrangers comme une destination de production industrielle carbone neutre. Et c’est possible grâce notamment aux projets de zone industrielle au carbone neutre qui sont programmés », insiste Mouline.