Entretien avec Farid Ghannam « Le Gnaoui aux influences Rai ! »

Le chanteur et compositeur Farid Ghannam nous parle de son dernier single « Barda ». Une complainte amoureuse aux sonorités Rai. Un style musical que l’artiste affectionne particulièrement, après s’être essayé à la Fusion et aux rythmiques Gnaouies, Jazzy et Pop.

L’Observateur du Maroc et d’Afrique: Parlez-nous de votre nouvelle aventure musicale « Barda » ?

Farid Ghannam  :  C’est une complainte amoureuse écrite par Khalid Salam et arrangée par Med Cherif. Réalisé par le talentueux Rédouane Akalay, le clip a été tourné à Ifrane. On était chanceux d’avoir du beau temps, des journées ensoleillées avec un peu de neige. On aurait dit les quatre saisons en même temps ! Le tout couronné par la direction artistique de ma femme qui m’a toujours soutenu.

C’est un morceau aux sonorités Rai. Pourquoi ce choix ?

Si j’ai commencé ma carrière professionnelle en 2006 avec le style Gnaoui, c’est parce que c’est un style qui coule dans mes veines. J’ai grandi dans un quartier artistique à Agadir qui est l’équivalent de Hay Mohammadi à Casablanca où on écoutait essentiellement de la musique traditionnelle. Dans ce quartier, on jouait de la musique berbère à longueur de journée, de la musique Gnaoua, de la musique Imessenguan « le Gnaoua en berbère ». Je suis aussi issu d’une famille de musiciens : ma mère est pianiste, mon père est accordéoniste et mon oncle un est batteur très connu dans notre région. C’était donc évident pour moi de cultiver au fil des années l’art de la fusion. J’écoutais aussi des morceaux de Jazz, de Blues, de la variété occidentale et quand je sortais dehors, je jouais de la musique Gnaoua avec mes amis, je m’essayais à plusieurs styles et c’est ce qui a forgé mon identité. Ce n’est qu’une fois adolescent que j’ai commencé à écouter du Rai comme les chansons de Cheb Khaled, Mami ou Hasni. J’ai donc adopté ce style pendant une période de ma vie avant de m’orienter par la suite vers la Fusion, et il faut dire que le Rai a toujours été ma musique de prédilection. « Belgana » (2019) avait cartonné et l’engouement du public pour ce genre musical m’a encouragé à continuer dans cette voie, du coup, j’ai réitéré l’expérience avec « Barda ».

Est-ce qu’il y a une manière particulière à aborder le Rai ? J’imagine que ce n’est pas donné à tout le monde ?

Normalement, il faut avoir les notions de base pour pouvoir chanter le Rai. C’est un style à part entière, il y a des règles à respecter, il y a une façon de chanter et à prononcer les mots, et ce n’est pas facile du tout. Il faut vraiment s’imprégner du rythme et écouter énormément de morceaux. Avec le temps, c’est devenu un peu ma tasse de thé et c’est surtout le public qui m’a poussé à adopter ce style pour mes derniers morceaux.

Est-ce qu’il y a des chanteurs de Rai qui vous ont donné envie de suivre cette voie ?

Oui, Cheb Khaled, surtout pendant les années 80, 90. C’était un peu l’âge d’or du Rai, celui des chansons très sentimentales qui plaisaient à tout le monde. Les chanteurs comme Mami, Khaled ou Hasni ont eu le mérite de dépoussiérer et de moderniser un peu ce style qui était l’adage des Chyoukhs. Ils ont réussi à l’internationaliser en intégrant des sonorités plus occidentales et modernes et l’ont rendu plus accessible au plus grand nombre surtout les jeunes. Et même si à l’époque, je chantais de la Fusion (Soul Music, Funk…), c’était plus du Rai Fusion que du vrai Rai brut et authentique. Du coup, c’était facile pour moi d’adopter ce style.

Vous préférez les  thématiques d’amour ?

Quelquefois, on est obligé de répondre aux attentes du public et les Marocains aiment les histoires auxquelles ils peuvent s’identifier, c’est pourquoi ils ont aimé « Belgana ». C’est également le cas de « Barda » qui parle d’une personne froide dépourvue de sentiments. Ces thèmes là plaisent énormément et je suis obligé de proposer aux gens ce qu’ils aiment et de laisser de côté ce qui me passionne, mais je suis sûr qu’un jour, je vais trouver un équilibre entre les deux.

Justement, qu’aimeriez-vous faire pour vous épanouir ?

Mon rêve c’est de mélanger la musique Gnaoua avec du Rai et de proposer quelque chose de nouveau. J’ai à la fois des fans de la musique Gnaoua et de la Fusion et un large public qui apprécie ma musique Rai dans le monde arabe. Et c’est un vrai challenge pour moi de pouvoir trouver un équilibre et de concilier les deux.

Vous avez 15 ans d’expérience. En 2012, vous participez à The Voice.  J’imagine que ça vous a ouvert les portes  du monde arabe ?

The Voice, ça a été comme un nouveau départ pour moi, comme si je commençais à zéro. C’était un challenge de chanter du Rai (un style maghrébin) dans ce genre d’émission, surtout que c’est destiné au public arabe. J’étais l’un des premiers à avoir chanté le style et ça a plu au public et aux coachs à l’époque, surtout à la chanteuse égyptienne Shérine Abdelwahab. Le surnom de « Farawla » s’est alors gravé dans toutes les mémoires, j’ai chanté dans plusieurs pays arabes, les gens commençaient à me reconnaître dans la rue même dans les pays européens !

Qu’avez-vous retenu de votre expérience avec Shérine Abdelwahab ?

Il faut toujours essayer tout et ne pas se limiter à un style donné. Avant, j’avais une carrière limitée mais The Voice m’a ouvert d’autres horizons, médiatiquement parlant, il m’a fait connaître auprès du public du monde arabe. Mon expérience avec Shérin est mémorable, j’ai côtoyé de  grandes stars comme Assi Helany, Kadem Saher ou Saher Rouba3i, j’ai appris comment me comporter et me déplacer avec les caméras, comment maîtriser ses émotions devant un large public, en direct, les Live étaient très difficiles mais j’ai réussi !

Je me rappelle aussi du duo avec Shérine
à Mawazine 2013, où on a chanté
« Bent Bladi ». C’était magique !

Comment on gère son stress sur scène ?

Je pense que c’est normal d’avoir le stress, ça prouve que tout va bien se passer. Au début, on a le trac car on a peur de l’inconnu. Avant que je monte sur scène, je suis très stressé mais dès que je mets les pieds sur scène, je me lâche, je deviens une autre personne et je me donne à 100% au public.

Vous êtes à la fois chanteur, musicien et compositeur. Quel rôle vous convient le plus ?

Les gens me connaissent en tant que chanteur mais à la base, je suis un multi-instrumentiste, guitariste et compositeur. La basse et le gembri sont mes instruments fétiches. J’ai une relation très particulière avec mes instruments mais aussi avec le chant, les deux sont complémentaires, ils sont aussi importants l’un comme l’autre. Que je m’exprime avec mes doigts ou avec ma voix, c’est la même chose pour moi, mes sentiments sont toujours les mêmes. L’important c’est que les gens ressentent ces sentiments et les partagent avec moi.

Vous avez été l’un des premiers à jouer du gembri électrique puis la basse ?

Je joue du gumbri depuis l’âge de 11 ans et c’est grâce à lui que j’ai pu faire plusieurs fusions à l’international, notamment aux USA en 2019. J’ai deux carrières : une avec la musique Gnaoua que j’aime beaucoup et une autre avec le monde arabe. La musique Gnaoua coule dans mes veines, ce sont mes origines et le Rai c’est une musique que j’ai adopté depuis mon jeune âge, j’essaie de concilier les deux.

Un  projet d’album ?

J’ai entamé ma carrière solo en 2013, et j’ai réalisé six singles depuis: Fi Ridak, Ya Bladi, Dima Hamdoulillah, Inti Diali, …J’ai chanté aussi en duo avec de grandes artistes comme Madeleine Matar, Myriam Farès (2013) et May Kassab (2019). Ce n’est pas facile de percer dans le domaine parce qu’il y a beaucoup de concurrence, ceci étant, je suis fier des talents marocains qui font rayonner la musique marocaine à l’international, moi-même je suis honoré d’être un ambassadeur de la musique marocaine à l’étranger Θ

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