LP « J’adore être au Maroc parce que c’est très éclectique »

Connue pour son style mêlant rock langoureux et gospel torturé et son single Lost on you, la chanteuse new-yorkaise Pop-Rock (Laura Pergolizzi) au look androgyne a enflammé les planches de l’Hippodrome Casa-Anfa avec les titres de son dernier album Death Valley, lors de l’ouverture de la 12e édition du Jazzablanca.

 

C’est votre première fois au Maroc. Comment imaginez-vous le public marocain ?

Je n’en ai aucune idée, je n’arrive toujours pas à croire que je suis au Maroc. Je suis très curieuse et surtout très excitée. Je me dis peut être que la salle sera vide ce soir!

 

15 ans après la sortie de votre 1e album, vous connaissez enfin le succès en tant que chanteuse. Vous avez opéré dans l’ombre en écrivant des chansons pour plusieurs stars (Rihanna et Christina Aguilera). Vous n’avez jamais lâché ?

J’étais très chanceuse de pouvoir écrire des chansons pour les autres, j’ai enregistré 2 albums, puis, c’est devenu mon métier ; ces petits succès que j’ai eu dans ma vie m’ont permis de continuer. Prenez un grand groupe comme Queen par exemple, après la sortie de leurs 2 premiers albums, personne ne connaissait leurs chansons et on ne savait pas ce qu’ils allaient devenir, et pourtant ils ont sorti après leurs plus grands tubes (Radio Ga Ga, …). Et je pense c’est cela être un artiste musicien. En tant que personne, Il y a aussi des hauts et des bas, je n’essaie pas d’écrire les mêmes chansons tout le temps, je suis une personne très émotionnelle, je vais être heureuse et malheureuse des milliers de fois jusqu’à ce que je meure. Vous savez, même si vous écrivez des hits, il ne faut pas s’arrêter, parce que les gens en veulent toujours, c’est comme une drogue !

 

Vous n’abandonnez jamais ?

J’ai eu des moments dans ma vie où j’ai lâché mais je me suis toujours relevée. Mon père était avocat, il buvait, fumait et ne faisait pas de sport, et franchement, je ne voyais pas l’intérêt de lui ressembler en cela. En fait, il faut avoir quelque chose qui te fait tenir à la vie ; je ne m’attends pas à ce que les gens soient parfaits, je veux avoir un équilibre, pouvoir m’amuser, me poser des questions, être triste, contrariée, puis être heureuse, amoureuse, j’ai le mécanisme de la vie, je crois qu’il y a toujours quelque chose à gagner, il ne faut jamais se laisser abattre.

 

A quand remonte votre passion pour la musique ?

J’ai toujours aimé chanter des chansons, mais c’est surtout après le décès de ma mère que j’ai décidé de me lancer. Pour moi, c’était la seule chose que je faisais que les gens aimaient. Je croyais que ça ne pouvait faire de mal à personne, j’avais tort, parce que j’ai foiré que ça soit pour mes relations amoureuses ou pour mes amis !

 

En fait, les chansons que vous écrivez sont comme une sorte de thérapie pour vous ?

Oui, à chaque que j’écrivais une chanson, je ne rendais même pas compte que je parlais à quelqu’un, et donc, écrire des chansons pour moi, c’est comme une thérapie de l’âme. Vous savez, je n’oublie jamais une histoire que j’ai vécu mais je passe à autre chose, ça fait un moment que je suis en tournée, que je chante « Lost on you », c’est comme si je la chante pour les autres pour voir l’impact que ça aurait sur eux. Beaucoup plus que ce que j’ai vécu !

 

Quand vous avez écrit « Lost on You », vous vous attendiez à un tel à un tel succès ?

Oui, quand j’ai écrit cette chanson, je l’aimais beaucoup, mais, quand ils l’ont entendu, ils m’ont viré, mais bon, c’est ce qui fait la beauté de la création et c’est l’histoire que je vais raconter jusqu’à la fin de mes jours, c’est le genre d’histoire que les gens ont besoin d’entendre. Vous savez, il y aura toujours des gens pour te dire quoi faire, ne pas être issu d’un pays différent, ne pas être homosexuel, ne pas être d’une couleur différente, …. Moi, je suis pour la diversité et un maximum de tolérance, je ne veux pas que tout le monde soit comme moi, c’est pour cela que j’adore être au Maroc, c’est très éclectique, il y a de la diversité ici, et c’est génial, je veux voir des gens différents de moi, pas des gens qui me ressemblent.

 

Après l’élection de Donald Trump, comment imaginez-vous les USA dans les années à venir ?

Je ne l’imagine pas, je continue d’être ouverte d’esprit et j’essaie de ne pas embarquer dans ces zones sombres, c’est triste de voir notre longue civilisation revenir en arrière avec des idées comme celles que Trump et sa manière de voir le monde. C’est terrible, c’est le pire qu’on puisse avoir… des fois, cela s’apparente à de la paresse, les gens sont galvanisés, ils veulent rester les mêmes et c’est une honte ! Cela dit, je continue d’avoir de l’espoir.

 

Est-ce que c’est difficile pour vous de vous maintenir au même niveau, après le succès de votre dernier album ?

Vous savez, les gens attendent toujours plus et on doit être très prudent dans la vie en général ; je l’ai remarqué dans les relations amoureuses, en amitié, il ne faut pas s’accrocher à une chose pour toujours. Si ça marche, c’est bon, mais mon boulot, c’est de continuer à écrire des chansons, essayer de faire profiter les autres de mon expérience humaine, pour que quelqu’un d’autre puisse se sentir mieux ou juste éprouver quelque chose. Je ne cours pas après la célébrité ou le succès, j’essaie d’écrire plus de chansons pour connecter plus de gens. Si je peux garder mon public, c’est cool, si j’ai d’autres fans, c’est génial, j’essaie de faire ce dont je suis le plus fière.

 

Vous avez écrit 40 chansons après Lost on you. Vous avez une facilité pour l’écriture ?

Oui, tout à fait. Tout m’inspire, comme les expériences qu’on a dans la vie, les sentiments des gens, mes propres sentiments, ….Je suis très émotionnelle, des fois, j’écris une chanson, et en l’écoutant, je n’aime pas et je passe à autre chose. Il y a des chansons que j’aime écouter tous les jours, comme « Suspicion » tirée de mon nouvel album, car ça reflète ce que je ressens. J’écoute mes chansons comme une fan et d’ailleurs, n’importe quel album, vous pouvez l’écouter des milliers de fois puis ne plus l’écouter du tout !

 

Les chanteurs qui vous inspirent ?

J’adore les classiques : Jack Parker, Roy Orbison, Frank Sinatra, Freddy Mercury, Bob Dylan, John Mc Cartney, Mick Jagger, Rita Franklin, Joni Mitchell, Adele, Amy Whinehouse…

Je suis pour la diversité et un maximum de tolérance.

A part la musique, vous aimez quoi?

J’essaie de travailler sur moi-même, en tant que personne engagée, j’essaie de contrôler mon esprit par la méditation, le yoga. J’essaie de sortir de ce monde, pour être meilleure. J’aime lire, sortir avec mes amis, avoir des discussions profondes. J’adore les livres classiques : Hemingway, Dostoïevski, j’aime beaucoup les biographies, comme celle sur la ville de New York de 1973-1978, « Love goes to burning buldings », ou celle de Leonard Cohen.

 

Vous avez un magnifique tatoo sur votre poitrine. Oui, c’est un voilier, en référence au voyage. En fait, on est tous en quelque sorte des voyageurs dans ce monde, on ne sait pas exactement d’où on vient, où on part. Avec ce tatouage, j’essaie juste de rendre cette traversée romantique.

 

Votre look rock’n’roll, ça fait partie de vous en tant qu’artiste ou en tant que personne ?

Les deux, c’est un peu comme une extension de moi, de qui je suis, où je veux aller…Je crois même que je pourrais bientôt m’installer à Paris ou quelque part en Italie !

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