En finir avec les constats

Ahmed Charai

Driss Jettou s’est présenté mardi dernier devant les deux chambres du Parlement, pour présenter le rapport de la Cour des comptes. L’exercice est peu anodin. Dans les grandes démocraties, le Président de la Cour des comptes est entendu par les commissions et non pas en séance plénière. Ce n’est pas un détail, parce qu’il y va de la clarté des rapports entre les institutions.
La Cour des comptes a des prérogatives élargies, elle ne juge pas seulement la régularité de la dépense, mais aussi sa pertinence. Malheureusement, beaucoup d’observateurs croient que cette institution est une sorte de gendarme uniquement, au point que dès que ses juges auditent un établissement public, les soupçons sur les dirigeants s’instillent, alors que l’audit devrait être la norme.
Est-ce que Driss Jettou a dépassé ses prérogatives ? C’est une ligne de crêtes parce qu’il a aussi esquissé, au-delà des questions budgétaires, sur lesquelles il est tout à fait compétent, ès-titre, des objectifs de politiques publiques qui sont l’apanage exclusif de l’Exécutif.
Sur l’éducation et la santé, Driss Jettou est habilité à constater la disparité entre les efforts financiers et les résultats obtenus, quasiment nuls. Il est dans son rôle quand il relève que le programme d’urgence de l’éducation nationale a coûté des dizaines de milliards de dirhams avec l’objectif de remettre l’école en marche, sans aucun résultat concret.
Cependant, ce n’est pas à la Cour des comptes de fixer les contours de la politique éducative et de la santé publique. C’est aux majorités successives, issues des élections libres de le faire. Si possible après un débat national exhaustif.
Le débat public structuré est une condition sine-qua non à la réussite de la réforme dans ces deux chantiers que sont l’éducation et la santé. Les professionnels, les parents d’élèves, les associations doivent être impliqués.
Cela doit être fait le plus rapidement possible, dans la sérénité, pour dégager un consensus pérenne. Pour l’instant à chaque changement, il y a un virage et les résultats s’enfoncent dans la médiocrité. On oublie les questions fondamentales, par exemple est-ce que la santé publique se réduit à une politique de soins, ou est-ce que nous y mettons aussi la prévention, l’information, l’éducation à l’hygiène ? Et le rôle des dispensaires ?
Cela ne peut pas continuer. Il faut agir. Sinon on se retrouve avec des responsables qui demandent plus de financements pour perpétuer les mêmes politiques. Einstein disait que la folie c’était de croire qu’en reproduisant les mêmes causes, on aurait des effets différents. Le conseil d’Azziman nous a produit une polémique stérile sur la ‘’Darija’’ et rien d’autre de saillant. Nous avons besoin d’institutions plus imaginatives, respectueuses du rôle de chacune.

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