#secret_professionnel dénonce la fraude dans tous ses états
Un témoin de fraude devrait la dénoncer auprès des autorités selon la FMDC

Lancé par des pages marocaines sur facebook, le hashtag #سر_مهني ( # secret_professionnel ) dévoile l’insoutenable réalité de la fraude dans les industries agro-alimentaires, les services, la restauration et bien d’autres domaines.  Fausses ou véridiques, ces accusations provoquent toutefois l’indignation générale.  



Il suffit de taper « #secret_professionnel » (سر_مهني) sur les moteurs de recherche des réseaux sociaux pour découvrir des centaines de témoignages choquants. Des récits d’insiders, de professionnels exerçant dans différents secteurs, décrivant en détails la multitude de méthodes de triche pour générer du gain facile et minimiser les charges. « Tout ça aux dépends de la santé et la sécurité des consommateurs. Nous avons reçu, rien que dans la boite de « MAROC INSOLITE » plus de 1500 témoignages dévoilant l’ampleur du phénomène. Ceci sans parler des autres pages qui ont suivi et lancé également ce hashtag », commentent les administrateurs de cette page qui compte 1.479.527 abonnés.

Fraude à tous les étages

Quelques heures seulement après son lancement, le hashtag #secret_professionnel est devenu rapidement viral. Industries agro-alimentaires, restauration, services, administration, structures hospitalières, artisanat, commerce divers... tout y passe et aucun secteur n’est épargné à en croire les témoignages choquants de professionnels qui exercent toujours ou ayant déjà quitté ces professions. « Car trop dégoutés et n’arrivant plus à taire leur conscience » comme l’affirme cet ex-ouvrier d’une usine de charcuterie.

« S’il vous plaît arrêtez de consommer ces produits. Si seulement vous pouvez savoir ce que vous ingurgitez réellement ! », alerte ce témoin anonyme, avant de livrer des détails sordides qui, s’ils s’avèrent fondés, seraient une véritable bombe. « Un jour tout un élevage de volaille, des centaines de poulets, a été touché par une étrange maladie qui finissait par les tuer après les avoir mis dans un très sale état. Atrocement puants, les cadavres ont été entièrement récupérés par notre usine et recyclés en une cargaison de charcuterie destinée à la consommation humaine », décrit l’ex-ouvrier qui a du quitter son poste juste après.

Une expérience traumatisante ? Cet ouvrier n’est pas le seul à avoir découvert l’horrible réalité d’une fraude aux multiples facettes. « Au début de ma carrière, j’étais affectée à un dispensaire de quartier populaire. Très vite, j’ai découvert que tous les produits désinfectants tels la Bétadine étaient périmés et leur date de péremption remonte à longtemps », raconte cette infirmière. Elle décrit comment sa supérieure l’obligeait à mélanger ces produits périmés avec de l’eau. Ceci pour soigner et nettoyer les plaies d’un plus grand nombre de citoyens ayant subi des opérations chirurgicales ou de femmes qui viennent d’accoucher. « Je priais tout le temps pour que les lésions de ces pauvres gens ne soient pas infectées. J’en faisais des cauchemars tellement ma conscience me malmenait », ajoute la jeune infirmière.

Danger !

Une conscience nullement tranquille que beaucoup de témoins de #secret_professionnel évoquent en racontant les affreuses pratiques de « patrons trop préoccupés par le gain facile pour se soucier pour la sécurité du consommateur comme le nôtre. Un jour le courant a été coupé dans le quartier. Le lendemain en venant au restaurant, nous avons découvert que tout le poulet avait pourri dans le réfrigérateur. Il dégageait une horrible odeur de putréfaction », raconte ce cuisinier d’Agadir. « Le patron s’est alors emparé de la volaille, l’a mise dans un tonneau, a versé la dessus beaucoup de vinaigre et nous a obligé de la cuisiner pour les clients du restaurant », ajoute-t-il.

Autre secteur, autre type de fraude : La page facebook « Le salarié » également très suivie, a publié un aveu surprenant d’un artisan affirmant que « l’or commercialisé » est loin de répondre aux normes marocaines. « Le pourcentage des bijoux en or qui répondent aux normes approuvées au Maroc c'est-à-dire pureté 18 carats 750, ne dépasse guère les 20%. Tout le reste, ne dépasse pas au mieux un degré 700 de pureté », affirme ce témoin sur la page « Le salarié ». Fausses allégations ou un fait réel ? En tout cas de telles accusations devraient mettre la puce à l’oreille aux autorités de contrôle.

Un tas de récits et bien d’autres qui n’ont pas manqué de choquer les internautes en provoquant un large mouvement d’indignation. « Avec ce hashtag, nous avons essayé de dénoncer ce type de pratiques, mais on n’a ni le droit de citer des noms ou des marques ni le pouvoir de les poursuivre en justice. C’est le rôle des associations de protection des consommateurs et celui des autorités », note-t-on auprès de MAROC INSOLITE. Partout sur la toile, les appels se sont ainsi multipliés pour renforcer les contrôles et aggraver les peines lorsqu’il s’agit de fraude menaçant la santé et la sécurité des citoyens.

Protection du consommateur

De son côté Dr Bouazza El-Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), appelle à la retenue face à ce scandale. Assez méfiant, l’activiste reste sceptique par rapport à la véracité de ces témoignages. « Si vous êtes témoins de telles pratiques et vous êtes conscients de la gravité de ces actes, il faut les dénoncer ouvertement auprès des autorités. Sinon vous pouvez vous adresser aux associations de protection des consommateurs pour faire le nécessaire et dans les règles de l’art. C’est une responsabilité citoyenne ! », nous explique au téléphone, le président de la FMDC.

D’après ce dernier, ces accusations anonymes restent « sans valeur » car ne spécifiant ni la structure, ni les personnes ni les produits accusés. « De tels témoignages prêtent plutôt à confusion. Ils pousseront beaucoup de citoyens à généraliser en croyant que tout un secteur est « pourri » lorsqu’un récit pointe du doigt une pratique frauduleuse, sans spécifier qui en est responsable » analyse Dr Kharrati. Il en appelle d’ailleurs les détenteurs de tels secrets à dénoncer, sans hésitation, les fraudeurs auprès du procureur du Roi ou auprès de la FMDC pour déclencher des enquêtes.

« Il ne faut plus se cacher derrière les réseaux sociaux. La loi vous donne le droit de dénoncer tout acte portant atteinte à la sécurité des citoyens. Il faut donc l’activer », conseille l’activiste. Quant à l’inquiétude des témoins par rapport aux représailles de leurs patrons s’ils révèlent ses secrets publiquement, El Kharrati nous assure que l’anonymat est garanti dans ce cas de figure. « C’est d’ailleurs une action citoyenne à saluer. Ca permettra également d’éviter les délations « rancunières » d’employés limogés et désirant tout simplement se venger de leur ex-patrons », argumente le président de la fédération.

Ce dernier fait mention également de la puissance de la propagande « étrangère » et son impact sur les esprits et sur la réputation du Maroc. Décryptage ? « Les citoyens ne devraient pas tout croire. Parfois, on trouve derrière de telles publications et scandales, des forces étrangères visant à ternir la réputation du pays et d’affaiblir son économie. Alors prudence ! », explique-t-il tout en reconnaissant toutefois que de telles pratiques frauduleuses existent bel et bien, « Mais que l’on amplifie d’une manière délibérée et exagérée ! », conclut-il. Les témoignages choquants de #secret_professionnel aboutiront-ils ainsi à l’ouverture d’une enquête ? Saurons-nous finalement s’ils sont véridiques ou simple imagination ? Affaire à suivre.