Démographie : le Maroc bascule sous le seuil du renouvellement des générations
Pour la première fois de son histoire, le Maroc passe sous le seuil de renouvellement des générations. Avec 1,97 enfant par femme en 2024, le Royaume entre dans une zone démographique inédite, portée par une contraception de plus en plus répandue et des choix familiaux profondément réinventés.
Le modèle familial marocain poursuit sa mutation et le Maroc franchit un cap démographique historique. Selon une récente étude de l’Institut national français d’études démographiques (INED), l’indice de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme en 2024, un niveau inférieur au seuil nécessaire au renouvellement des générations estimé à 2,1 enfants par femme. Une évolution qui traduit des changements profonds dans les comportements familiaux et annonce de nouveaux défis démographiques pour le Royaume.Une tendance qui se confirmeCette baisse confirme une tendance de fond observée depuis plusieurs années. Alors que certains pays du Maghreb, notamment l’Algérie et la Tunisie, ont enregistré des remontées ponctuelles de leur fécondité au cours des deux dernières décennies, le Maroc a suivi une trajectoire descendante plus régulière, sans véritable reprise.Au cœur de cette évolution figure la généralisation du recours à la contraception. Selon les données de l’étude, sept femmes mariées sur dix âgées de 15 à 49 ans utilisent aujourd’hui une méthode contraceptive, contre seulement quatre sur dix au début des années 1990. Les méthodes modernes occupent une place croissante dans cette dynamique. Pilule contraceptive, stérilet, injections hormonales, implants ou encore stérilisation concernent désormais 58 % des femmes mariées.Choix reproductifs Pour les chercheurs, cette progression traduit une maîtrise accrue des naissances au sein des couples marocains. Contrairement à certaines idées reçues, la baisse de la fécondité ne résulte pas principalement d’un recul de l’âge au mariage chez les femmes. L’étude relève au contraire une diminution de l’âge moyen au premier mariage féminin, passé de 26,3 ans en 2004 à 24,6 ans en 2024. Chez les hommes, l’âge moyen est en revanche passé de 31,2 à 32,4 ans durant la même période.Les données montrent ainsi que les Marocaines ne se marient pas nécessairement plus tard qu’auparavant. Ce sont davantage les choix reproductifs des couples qui évoluent, avec un nombre d’enfants plus limité et une planification plus importante des naissances. Le pic de fécondité demeure concentré chez les femmes âgées de 25 à 29 ans, tandis que l’âge moyen à la maternité reste relativement stable autour de 30 ans.MutationsAu-delà des considérations démographiques, cette transformation reflète également les mutations socio-économiques que connaît le pays, note l’étude. Hausse du coût de la vie, dépenses liées à l’éducation, prolongement des études supérieures, difficultés d’insertion professionnelle ou encore exigences accrues en matière de logement influencent de plus en plus les projets familiaux. La question n’est plus uniquement celle du nombre d’enfants souhaité, mais aussi celle des conditions nécessaires pour assurer leur éducation et leur bien-être.Cette évolution n’est pas sans conséquences pour l’avenir, soulignent les auteurs de l’étude. Avec une natalité en recul, le vieillissement de la population devrait s’accentuer au cours des prochaines décennies. L’étude note qu’en 2024, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent déjà 13,8 % de la population marocaine. Une tendance qui pose dès aujourd’hui de nouveaux enjeux en matière de santé, de retraites, de protection sociale et d’emploi. Si la baisse de la fécondité témoigne d’une transformation profonde de la société marocaine, elle représente également d’énormes défis d’avenir à anticiper.