VERS UNE NOUVELLE DONNE POLITIQUE ?
La récente passe d’armes entre le RNI et le PAM autour du recrutement d’élus n’a, en soi, rien d’exceptionnel. Les changements d’étiquette, les accusations de débauchage et les tensions à l’approche des élections font partie de la vie politique marocaine.Mais cet épisode révèle peut-être une évolution plus profonde. À l’approche des prochaines élections législatives, deux forces semblent aujourd’hui dominer la compétition : le RNI et le PAM.Les deux partis disposent d’élus, d’une forte implantation territoriale, de cadres, de réseaux et de moyens humains, organisationnels et financiers importants. Ils ont surtout démontré leur capacité à attirer de nouvelles personnalités et à occuper durablement le terrain politique.Il est encore trop tôt pour parler de bipolarisation. Mais la dynamique mérite d’être observée : le paysage politique marocain semble progressivement se structurer autour de deux pôles, l’un autour du RNI, l’autre autour du PAM.Dans une telle configuration, l’alternance trouverait naturellement sa place. Elle est, après tout, au cœur de toute pratique démocratique.Reste ce qui peut donner un sens politique à cette évolution : les sensibilités du PAM et du RNI ne sont pas identiques. Le PAM se situe davantage dans une sensibilité libérale, démocratique et sociale. Le RNI, par sa sociologie et la place importante qu’y occupent les entrepreneurs, porte une culture économique plus libérale, centrée sur l’entreprise, l’investissement et la création de richesse. Ces différences restent parfois difficiles à distinguer parce que les deux partis gouvernent ensemble. La prochaine compétition électorale pourrait les rendre plus visibles.Cela ne signifie évidemment ni la disparition ni la marginalisation des partis historiques. L’Istiqlal, l’USFP, le PPS, le PJD ou le Mouvement populaire conservent leur histoire, leur ancrage et leur place dans la société marocaine. Mais l’évolution du paysage politique les place, eux aussi, devant la nécessité de se renouveler, de faire émerger de nouvelles élites et de rendre leur offre politique plus lisible.Mais le véritable enjeu des prochaines élections est ailleurs.Le prochain gouvernement n’aura pas à redéfinir les grandes orientations stratégiques du Maroc. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les grands chantiers sont engagés : infrastructures, industrie, énergie, investissements et grands équipements. Ils s’inscrivent dans le temps long et dépassent, par nature, la durée d’un mandat gouvernemental.La responsabilité de la prochaine majorité sera donc de produire des résultats là où une action gouvernementale peut réellement changer les choses en cinq ans.Le revenu. Le pouvoir d’achat. L’emploi. Le logement. L’éducation. La mobilité sociale. Et la situation des petites et moyennes entreprises.Le citoyen ne vit pas le PIB. Il vit son salaire, ses dépenses et ce qui lui reste à la fin du mois.Le patron d’une PME ne vit pas les milliards d’investissements engagés. Il vit son accès au financement, ses délais de paiement, ses charges, son carnet de commandes et sa capacité à investir et à embaucher.C’est sur ce terrain que devrait se jouer la prochaine compétition politique : comment renforcer la classe moyenne, sortir davantage de familles de la précarité, redonner des perspectives de mobilité sociale et permettre aux PME, qui constituent l’essentiel du tissu entrepreneurial marocain, de grandir et de créer des emplois.Ce sont des sujets concrets, sur lesquels une majorité peut prendre des engagements et être jugée au terme de cinq années.La polémique entre le RNI et le PAM passera. La recomposition politique qu’elle laisse entrevoir est plus intéressante.Qu’elle conduise demain à deux pôles ou à une configuration différente importe finalement moins que l’essentiel : que les Marocains puissent juger les partis sur des engagements précis et, demain, sur des résultats.Les grands chantiers préparent le Maroc de demain. La prochaine majorité devra, elle, améliorer la vie des Marocains à la fin des cinq prochaines années.