Istiqlal veut renforcer le pouvoir d’achat sans alourdir la fiscalité
Dans cet entretien, Zakaria El Garti, membre de l’Alliance des économistes istiqlaliens, détaille les principales propositions de l’Istiqlal. Hausse des salaires et des pensions, soutien à l’emploi et élargissement de l’assiette fiscale figurent parmi les leviers avancés par le parti.
L'Observateur du Maroc et d'Afrique: Monsieur Zakaria El Garti, vous êtes membre de l’Alliance des économistes istiqlaliens. Qu’est-ce que vous proposez aujourd’hui aux Marocains pour améliorer leur pouvoir d’achat ?Zakaria El Garti: Nous avons placé l’amélioration du pouvoir d’achat des Marocains au centre de notre programme et des préoccupations de notre parti. Cet intérêt pour le pouvoir d’achat des Marocains et son renforcement ne date évidemment pas d’aujourd’hui, ni de la campagne électorale actuelle. Nous avons toujours œuvré dans ce sens.Nous proposons d’abord de continuer à relever le salaire minimum, mais aussi les pensions et les retraites des Marocains, afin de leur donner un pouvoir d’achat supplémentaire. Quand on parle de pouvoir d’achat, il faut rappeler que l’alimentation représente une part importante de la consommation des Marocains. Les dépenses alimentaires peuvent représenter jusqu’à 35 à 40 % des dépenses des ménages.Nous voulons donc créer des sociétés régionales de distribution et de stockage des matières et produits alimentaires. Nous proposons la création de 12 sociétés, une par région. L’objectif est également de lutter contre les rentes, les pertes de produits alimentaires et de raccourcir la chaîne de distribution. Aujourd’hui, les distributeurs peuvent prendre jusqu’à environ 60 % de la marge. Nous voulons donc réduire cette chaîne afin d’éviter que les prix continuent d’augmenter de façon substantielle, comme nous l’avons connu ces dernières années.En matière de pouvoir d’achat, nous voulons aussi soutenir les familles qui scolarisent leurs enfants dans le secteur privé, à travers des crédits d’impôt.Nous proposons également plusieurs mesures concernant le logement. Le logement touche à la fois au pouvoir d’achat et à la situation des jeunes. Nous voulons permettre aux jeunes d’accéder plus facilement à la propriété, mais aussi faire de la location un tremplin vers l’acquisition de leur logement.Nous voulons également mobiliser le foncier de l’État afin de permettre la réalisation de logements qui pourraient être loués à des jeunes à des prix relativement réduits, à travers un cahier des charges avec différents promoteurs.Pour les jeunes, il y a aujourd’hui la problématique du chômage qui reste alarmante. Qu’avez-vous prévu pour résoudre cette question ?Nous avons plusieurs programmes. Nous proposons notamment un programme, « Tajribati », qui est un nouveau dispositif garantissant à chaque diplômé une première expérience professionnelle encadrée, assortie d’une indemnité financière et d’une couverture médicale.Nous proposons également le programme « Afaq », qui vise à garantir aux jeunes sans activité depuis plus de six mois une offre concrète d’emploi. Nous voulons aussi refondre la formation professionnelle et mettre en place des parcours un peu plus courts, afin de permettre une insertion plus rapide sur le marché du travail.Nous proposons également de développer les emplois dans le numérique, avec notamment la formation d’environ 100.000 talents dans les métiers du numérique et de l’intelligence artificielle à travers l'initiative « 100 000 talents numériquesComment allez-vous financer toutes ces mesures ? D’où viendra l’argent ?D’abord par la croissance. Nous tablons sur une croissance de 4 à 5 % par an. Les fruits de cette croissance peuvent financer ces programmes. Nous avons aussi une règle importante : nous n’allons pas financer ces mesures par des impôts supplémentaires qui seraient payés par ceux qui paient déjà les impôts aujourd’hui, c’est-à-dire la classe moyenne et les salariés.Si nous élargissons l’assiette fiscale, il faut intégrer tous ceux qui ne paient pas, ou qui ne paient pas suffisamment. Aujourd’hui, l’impôt est supporté à 80 % par les salariés et à 20 % par les professionnels. Il faudrait plutôt aller chercher cette assiette professionnelle et l’élargir pour permettre de financer ces programmes.Nous avons aussi proposé des taxes pouvant aller jusqu’à 40 %, par exemple à l’instar de ce qui se fait dans les services financiers, pour certains secteurs monopolistiques, afin qu’ils paient davantage d’impôts et que les recettes supplémentaires puissent financer certains de nos programmes.