Start-up marocaines. La relève refuse de jouer petit
Asmae Chakir Alaoui et Meriem Benabad incarnent une nouvelle génération d'entrepreneures déterminées à dépasser les frontières nationales. Leurs témoignages révèlent les ambitions, mais aussi les obstacles rencontrés.
Elles ont des parcours différents, mais une même conviction. L'entrepreneuriat marocain doit cesser de considérer la petite taille de son marché comme une fatalité.Au Forum de la CGEM, Asmae Chakir Alaoui, cofondatrice de VeliVelo, et Meriem Benabad, fondatrice de z.systems, ont porté deux visions complémentaires d'une nouvelle génération qui veut bâtir des entreprises capables de changer d'échelle.La première mise sur la mobilité urbaine durable. La seconde ambitionne de transformer les réseaux de distribution grâce aux technologies numériques.Après vingt années passées à l'étranger, Asmae Chakir Alaoui a raconté avec émotion son retour au Maroc.Ancienne consultante chez EY, spécialisée dans l'accompagnement des entreprises innovantes, elle a décidé en 2019 de passer de l'analyse des risques à leur prise en charge directe.Son entreprise, VeliVelo, propose une solution de mobilité verte destinée aux professionnels de la livraison du dernier kilomètre.L'idée paraissait peu évidente à ses débuts. Convaincre les opérateurs logistiques de repenser leurs activités autour du vélo électrique exigeait de remettre en question des pratiques solidement établies.Son statut de jeune femme dans un secteur majoritairement masculin ajoutait une difficulté supplémentaire.L'entreprise, partie de quelques vélos, s'est progressivement développée en France, en Espagne puis au Maroc, jusqu'à atteindre une flotte de plusieurs milliers de véhicules selon sa cofondatrice. Mais pour elle, la véritable audace dépasse la création d'entreprise. « L'audace, ce n'est pas le courage de commencer, mais c'est aussi le courage de continuer », a-t-elle affirmé.Elle a également plaidé pour une culture entrepreneuriale qui reconnaisse le droit à l'échec et encourage la coopération entre générations.Le constat formulé par Meriem Benabad est tout aussi incisif. La fondatrice de z.systems déplore que trop d'entreprises marocaines continuent de se disputer les mêmes marchés, alors que les technologies numériques offrent la possibilité d'accéder à une clientèle internationale.Son projet consiste à construire un système d'exploitation pour la distribution entre entreprises, permettant aux industriels de mieux structurer leurs réseaux commerciaux et de développer leurs débouchés.S'inspirant des trajectoires d'Amazon et d'Alibaba, elle défend un modèle reposant sur l'interconnexion des producteurs, des distributeurs et des marchés.Elle regrette notamment la réticence de certaines grandes entreprises à collaborer avec les start-up, préférant développer leurs solutions en interne.Pour elle, la réussite d'un écosystème innovant exige de dépasser cette logique.**related_articles[23485-Mehdi Tazi veut ressusciter la banque de projets industriels]**Un appel aux grands groupesLes deux entrepreneures convergent sur un point essentiel. La nouvelle génération n'entend pas se construire contre les grandes entreprises, mais elle réclame davantage d'ouverture, de confiance et d'accès aux marchés.Les investissements financiers ne suffisent pas. Les start-up ont aussi besoin de clients, de partenaires industriels, de réseaux internationaux et d'une reconnaissance de leur capacité d'innovation.À travers leurs témoignages, le Forum de la CGEM a donné une dimension concrète à la transmission entrepreneuriale. L'enjeu ne consiste plus seulement à encourager les jeunes à créer des entreprises, mais à permettre à celles-ci de grandir sans être enfermées dans les limites du marché national.**related_articles[23497-Harmattan AI veut faire du Maroc une puissance mondiale de la «TechDefense»]****related_articles[23488-Forum CGEM. Moulay Hafid Elalamy dynamite les idées reçues sur l'entrepreneuriat[]****related_articles[23487-Mohamed Bachiri : «La CGEM présentera une feuille de route pour développer le Made in Africa»]****related_articles[23489-Richard Attias : «Il faut passer à un Maroc de l’intelligence artificielle et de la robotique»]**