Chaïbia Balbzioui Alaoui donne le ton de son mandat à la tête de l’AFEM : « Action ! »
Chaïbia Balbzioui Alaoui, présidence de l'AFEM

Élue en juin dernier à la présidence nationale de l’Association des femmes chefs d’entreprises du Maroc (AFEM), Chaïbia Balbzioui Alaoui a attendu la fin des échéances électorales et l’installation du nouveau gouvernement pour dévoiler son équipe dirigeante. Vendredi 23 octobre, à Casablanca, elle a présenté les ambitions de son mandat 2026-2029, placé sous le signe de l’action. L’Observateur du Maroc et d’Afrique l’a interviewée à cette occasion.

Vingt-cinq ans après sa création, l’AFEM entend changer de dimension. Première association professionnelle représentant les femmes cheffes d’entreprises au Maroc, elle revendique aujourd’hui plus de 500 membres directs, contre dix à sa fondation. Sa nouvelle présidente veut doubler cet effectif en alliant accompagnement et accélération, dans une dynamique inédite d’accélér-action.« Notre objectif n’est pas numérique, mais qualitatif », insiste Chaïbia Balbzioui Alaoui.Pour cette capitaine reconnue dans l’industrie métallurgique, le premier combat demeure celui des mentalités. « Nous, au sein de l’association, on raisonne compétences », martèle-t-elle, regrettant que l’entrepreneuriat féminin soit encore trop souvent assimilé à l’action caritative ou réduit à une comparaison entre hommes et femmes.Elle-même en a fait l’amère expérience. Alors qu’elle s’apprêtait à décrocher un important marché industriel, le dirigeant d’une grande entreprise marocaine lui avait demandé, à sa stupéfaction, où se trouvait son patron. « Je suis la patronne de moi-même », lui avait-elle rétorqué. Le marché lui a échappé parce qu’elle n’en voulait même plus, mais cette expérience n’a fait que renforcer sa détermination. Aujourd’hui, son entreprise, basée à Tanger, fournit au marché national des produits longtemps importés. Elle figure également parmi les rares entreprises marocaines opérant dans l’industrie navale, un secteur en plein développement au Maroc.Ancienne bénéficiaire de l’incubateur de l’AFEM, Chaïbia Balbzioui Alaoui connaît personnellement la valeur du mentorat. Elle compte renforcer cet accompagnement, aussi bien collectif qu’individuel, notamment grâce au parrainage sectoriel.Son autre priorité est le « reprofilage » pour, explique-t-elle, adapter les compétences aux besoins du marché de l’emploi. Intelligence artificielle, industrie et économie verte figurent parmi les nouveaux domaines vers lesquels elle souhaite réorienter les futures entrepreneures.Le vivier rural La grande nouveauté de son mandat réside dans l’ouverture renforcée aux femmes rurales. « Le monde rural, c’est un potentiel et un capital très important », affirme-t-elle. L’objectif est de favoriser le passage de l’informel au formel, de valoriser les productions locales et d’encourager la création de microentreprises.Cette ambition concerne notamment les nouvelles opportunités économiques liées à la légalisation du cannabis, afin que les femmes concernées puissent devenir entrepreneures plutôt que de rester cantonnées à des emplois précaires.L’AFEM entend parallèlement étendre sa présence à toutes les régions du Royaume, mobiliser davantage les Marocaines du monde et soutenir l’internationalisation des entreprises féminines, particulièrement vers les marchés africains à travers « Go Afrique ».La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement constitue, pour Chaïbia Balbzioui Alaoui, « un Message Royal très fort » adressé aux femmes comme aux hommes. Elle a également rappelé que la présidente fondatrice de l’AFEM, Salwa Karkri, avait été décorée par SM le Roi Mohammed VI, voyant dans cette distinction un message tout aussi fort d’encouragement et de soutien à l’entrepreneuriat féminin au Maroc. Elle souhaite désormais voir les entrepreneures prendre toute leur place dans la souveraineté industrielle du Maroc. Un sujet qui lui tient à cœur. De l’accompagnement à la performanceLa conférence de presse a également été marquée par les interventions d’anciennes présidentes de l’AFEM. Sa fondatrice, Salwa Karkri, a rappelé les modestes débuts de l’association, dont les dix pionnières de laquelle comptaient Meriem Bensaleh, devenue présidente de la CGEM (2012-2018). « Seules nous sommes invisibles, ensemble nous sommes invincibles », a-t-elle lancé avec son sens habituel de la formule.Membre du nouveau bureau, Leïla Miyara a souligné de son côté l’ampleur du chemin restant à parcourir, rappelant les chiffres du HCP faisant état de 15 % de femmes cheffes d’entreprises au niveau national et d’un taux d’activité féminin ne dépassant pas 19 %. Elle a appelé à « passer de l’accompagnement à l’accélération, de la promotion à la performance », tout en plaidant pour une confiance accrue dans les produits et services marocains.Pour Chaïbia Balbzioui Alaoui, l’heure n’est donc plus aux seuls discours. Son mot d’ordre résume l’ambition de cette nouvelle étape. « Femmes entrepreneurs en action ! »