Textile marocain. 2,3 milliards de DH pour accélérer la montée en gamme
Le textile marocain entend accélérer sa montée en gamme, réduire sa dépendance aux importations et renforcer son intégration industrielle, avec 2,3 milliards de dirhams d’investissements annoncés et de nouveaux partenariats internationaux.

Avec plus de 1 700 entreprises, près de 240 000 emplois et 66 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, le textile-habillement reste un pilier de l’industrie marocaine. Réuni à Casablanca pour la 23e édition du salon Maroc in Mode (MIM 2026), le secteur affiche une nouvelle ambition : réduire sa dépendance au modèle CMT, renforcer l’intégration locale et monter en gamme.

À l’occasion de l’ouverture de la 23e édition du Salon international du textile – Maroc in Mode (MIM 2026) les professionnels et les pouvoirs publics du secteur textile ont placé la transformation du modèle productif au centre des discussions. L’objectif est de faire évoluer une industrie historiquement tournée vers la confection pour lui permettre de capter davantage de valeur ajoutée, de renforcer ses approvisionnements locaux et de consolider sa présence sur les marchés internationaux.Les chiffres avancés par l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) reflètent le poids économique de cette filière. Le secteur compte plus de 1 700 entreprises, emploie environ 240 000 personnes et génère un chiffre d’affaires de 66 milliards de dirhams, dont 44 milliards à l’export. Il représente ainsi un important bassin d’emplois industriels et une composante majeure des exportations nationales.Mais derrière ces performances, des fragilités structurelles persistent. Selon Omar Hejira, ministre délégué chargé du Commerce extérieur, 77 % des exportations du secteur reposent encore sur le modèle CMT (Cut, Make, Trim), tandis que près de 80 % des tissus et fils utilisés sont importés. Cette configuration limite la valeur ajoutée produite localement et expose les industriels aux contraintes des chaînes d’approvisionnement internationales.Réduire la dépendance au CMTLa montée en gamme constitue donc l’un des principaux chantiers de la filière. Le gouvernement annonce, dans cette perspective, un investissement de 2,3 milliards de dirhams, qui devrait permettre la création de 7 000 emplois et dont 80 % de la production serait destinée à l’exportation. L’ambition affichée est de ramener progressivement la part du modèle CMT dans les exportations de 77 % actuellement à 50 %, puis à 40 % et 30 %.Cette évolution suppose notamment de renforcer les capacités de production en amont, de développer les filières locales de tissus et de fils et d'encourager l’investissement dans des activités à plus forte valeur ajoutée. Elle implique également une meilleure intégration entre les différents maillons de la chaîne textile, de la matière première à la confection, en passant par la finition et le développement des marques.Pour Anas El Ansari, président de l’AMITH, l’enjeu est de faire du textile un levier de souveraineté industrielle et un acteur mieux positionné dans les chaînes de valeur régionales et internationales.L’emploi et les compétences au cœur de la transformationLa mutation du secteur comporte également un enjeu social majeur. Avec plus de 240 000 salariés, le textile-habillement représente, selon le ministre de l’Emploi et du Dialogue social, 24 % de l’emploi industriel national. Les femmes constituent 63 % de ses effectifs, ce qui confère à cette industrie un rôle particulier dans l’emploi féminin.Dans le cadre du programme gouvernemental 2026-2031, qui prévoit la création d’un million d’emplois nets, dont 250 000 dans l’industrie, plusieurs dispositifs doivent accompagner les besoins en compétences. Le programme « Compétences 2030 » vise 500 000 formations, tandis que le dispositif « Premier contrat de travail » doit faciliter l’insertion de 500 000 jeunes. Un « Passeport de mobilité professionnelle » est également annoncé pour accompagner 250 000 reconversions sur cinq ans.Pour les industriels, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée et l’adaptation des formations aux nouveaux besoins de production seront déterminantes pour accompagner la montée en gamme et attirer de nouveaux investissements.Partenariats internationauxAu-delà des annonces et des échanges institutionnels, le MIM 2026 entend jouer un rôle de plateforme commerciale et de coopération industrielle. Cette 23e édition réunit plus de 200 exposants issus de 25 pays, sur une superficie de 8 000 m². Sept espaces thématiques couvrent notamment la confection, les marques marocaines, les tissus, les machines, l’innovation, les produits chimiques, les accessoires et les services.L’événement accueille également le lancement du Med Atlantic Textile Summit, porté par l’AMITH et CEMS Global. Ce nouveau rendez-vous ambitionne de rapprocher les écosystèmes textiles méditerranéens et atlantiques et de favoriser les échanges entre industriels, organisations professionnelles et décideurs. La participation annoncée d’organisations telles qu’EURATEX, l’ITMF, l’ITKIB, SWISS TEXTILES et ATOK doit contribuer à structurer cette plateforme de dialogue.En marge du salon, l’AMITH a également signé trois mémorandums d’entente avec des organisations professionnelles en Inde, en Jordanie et en République tchèque. Ces accords visent à renforcer les échanges techniques et commerciaux entre les filières textiles, à développer les partenariats industriels et à faciliter les synergies réglementaires. Le partenariat avec la Southern Gujarat Chamber of Commerce & Industry (SGCCI) porte sur la coopération entre les industries marocaine et indienne. Celui conclu avec la Chambre de l’industrie de Jordanie (CIJ) entend structurer les relations entre les deux filières, notamment dans le cadre de l’accord d’Agadir. Enfin, l’accord avec l’Association of Textile, Clothing and Leather Industry (ATOK) vise à intensifier les relations économiques et industrielles entre les entreprises marocaines et tchèques, en s’appuyant sur le cadre de l’accord d’association entre le Maroc et l’Union européenne.