Emploi et réformes sociales. Le patronat fixe ses priorités au gouvernement
Entre difficultés de recrutement, inadéquation des compétences et réformes sociales en attente, la CGEM appelle à accélérer le traitement des dossiers structurants du marché du travail. Lors de sa rencontre avec le ministre de l’Emploi, la Confédération a plaidé pour une concertation tripartite assortie d’échéances précises autour de quatre priorités : Code du travail, formation continue, retraites et droit de grève.
L’emploi et les réformes du dialogue social ont été au centre d’une séance de travail entre la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le ministre de l’Emploi et du Dialogue social, Abderrahim Chahid, tenue à Casablanca. Les échanges ont porté sur les besoins de recrutement des entreprises, l’insertion professionnelle des jeunes et plusieurs dossiers sociaux considérés comme prioritaires par le secteur privé.À cette occasion, la CGEM a réaffirmé la volonté des entreprises de contribuer à la création d’emplois durables et de soutenir l’investissement dans les différentes régions du Royaume. Elle a toutefois insisté sur la nécessité de mieux anticiper les besoins en compétences et d’adapter les dispositifs de formation aux évolutions des activités économiques.Décalage entre l’offre et la demandeLes discussions ont notamment mis en évidence un décalage persistant entre l’offre et la demande sur le marché du travail. Alors que de nombreux jeunes sont à la recherche d’un emploi, certaines entreprises rencontrent des difficultés à trouver les profils correspondant à leurs besoins.Pour la CGEM, cette situation appelle un rapprochement plus étroit entre les employeurs, les candidats et les acteurs de la formation. Il s’agit notamment de mieux informer les jeunes sur les métiers qui recrutent, de rendre les opportunités professionnelles plus visibles et de tenir compte de l’évolution de leurs attentes vis-à-vis du travail.L’adéquation entre les formations et les besoins des entreprises apparaît ainsi comme un levier essentiel pour améliorer l’insertion professionnelle et accompagner les projets d’investissement.Quatre dossiers prioritaires Au-delà des questions liées à l’emploi, la Confédération a placé quatre chantiers au cœur de ses échanges avec le ministre. Le premier concerne la modernisation du Code du travail. La CGEM souhaite reprendre, avec les partenaires sociaux, l’examen de ses propositions visant à mieux encadrer les différentes formes d’emploi et les nouvelles organisations du travail. Une attention particulière est accordée aux activités saisonnières et aux emplois liés à des projets, avec un double objectif : apporter davantage de souplesse aux entreprises tout en préservant les droits des salariés et la sécurité juridique.Deuxième chantier : la formation continue. Selon les éléments avancés par la Confédération, le dispositif actuel bénéficie à moins de 1 % des entreprises cotisantes. La CGEM appelle à concrétiser l’accord conclu en avril 2026 portant sur une gouvernance distincte de celle de l’OFPPT. Cette évolution passerait notamment par la révision de la loi n° 60-17 et la simplification des procédures permettant aux entreprises d’accéder aux mécanismes de formation.La réforme des retraites constitue le troisième dossier soulevé. La CGEM plaide pour la reprise des travaux de la commission technique sur la base d’un calendrier précis. Les discussions devront, selon elle, concilier la pérennité financière des régimes, l’équité intergénérationnelle et la maîtrise des répercussions de la réforme sur le coût du travail et la compétitivité des entreprises.Enfin, la Confédération appelle à achever la mise en œuvre de la loi organique relative au droit de grève, à travers la publication des textes d’application encore attendus. Elle cite notamment les dispositions relatives au comité de grève et au service minimum dans les secteurs vitaux.Vers une feuille de route tripartiteLa rencontre a également réuni plusieurs responsables et représentants de la CGEM, dont Abed Chagar, président de la Commission Montée en gamme et Zones industrielles et de la Fédération de la chimie et de la parachimie, Omar Kadaoui, président de la CGEM Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Mohamed Ammouri, membre du groupe de la CGEM à la Chambre des conseillers, Khalid Jababdi, vice-président de la Commission Dialogue social, ainsi que Samia Terhzaz, directrice générale déléguée de la Confédération.À l’issue des échanges, la CGEM a proposé au ministre l’élaboration d’une feuille de route tripartite associant les pouvoirs publics, les organisations patronales et les partenaires sociaux. Celle-ci aurait pour vocation de définir, pour chacun des dossiers identifiés, les priorités, les échéances et les modalités de concertation.