Entretien – L’Boulevard revivra avec moins de 6 millions de dirhams de budget

En marge de la conférence de presse dédiée à la présentation de la 19e édition de l’incontournable festival Underground, L’Boulevard, nous avons rencontré Mohammed Merhari (Momo) et Hicham Bahou, cofondateurs du festival. Nouvelle programmation, nouveautés, problèmes du financement et bien d’autres questions ont été abordées…

Entretien réalisé par Hamza Makraoui

 

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Quelles sont les nouveautés de L’Boulevard pour cette 19e édition ?

Hicham : Cette année, nous avons invité des artistes de pays comme la Bosnie-Herzégovine. Il y aura deux groupes qui viennent du Liban, notamment « Slave to silence », un groupe de Métal 100 % féminin et « Love and Revenge », un projet libanais qui se base sur toute la culture du cinéma égyptien des années 50-60 : les classiques égyptiens tels que Smahan, Oum Keltoum, Farid al Atrach et toutes les grandes stars mais en projet visuel, image et son avec de la musique électronique. Carcas, grosse tête d’affiche britannique pour la scène métal. L’Indonésie, le Brésil, le Sénégal seront également représentés.

La scène locale n’est pas en reste, notamment la scène Hip Hop et Trap avec Draganov, Doliprane ou encore Dada, qui représentent un peu la jeune génération montante. Hassan Boussou, artiste gnawa, qui montera pour la première fois sur la scène de L’Boulevard et beaucoup d’autres surprises.

En clôture, nous avons prévu Filastine & Nova, un projet très engagé de musique électronique. C’est un divertissement porté par des gens qui essayent d’éveiller les consciences des nouvelles générations sur l’état actuel du monde, la société humaine, la planète, l’environnement, l’écologie. Beaucoup de gens vont apprécier ce spectacle.

Momo : Cette fois-ci, nous avons mis l’accent davantage sur la qualité musicale, même si on essaye de toujours le faire. Mais cette année, il y aura des pays qu’on a pas l’habitude d’inviter comme la Bosnie-Herzégovine avec un groupe de métal qui cartonne dans le monde entier, mais qui n’est pas très connu au Maroc. C’est une belle occasion de pousser les gens à découvrir ce qui existe.

Je pense que c’est très important que les jeunes de ce pays s’ouvrent un peu sur ce qui se fait ailleurs, et la musique des Balkans dispose d’une très grande pureté musicale et une très grande présence dans le monde. Il y aura, bien sûr, l’Espagne, la France, les pays scandinaves. Donc voilà en terme de découvertes musicales la diversité est hyper importante et ce qui fait l’âme de L’Boulevard, c’est sa raison d’être. Faire découvrir ce qui se fait de mieux au Maroc mais également à l’international.

Justement, quelles seront les têtes d’affiche pour cette année ? Verra-t-on l’éclosion de nouvelles stars ?

Momo : Aujourd’hui, on peut se permettre d’avoir des têtes d’affiche marocaines, ce qu’on ne pouvait pas se permettre avant. On mettait les groupes étrangers en avant, pour ramener le public et après découvrir des groupes marocains. Maintenant, c’est plutôt l’inverse. On peut se permettre de faire découvrir des groupes étrangers. Donc pour cette année, il y aura Dizzy Dros pour la scène nationale et DOPE D.O.D, un groupe hollandais, mais aussi des groupes de fusion. Mis à part les têtes d’affiche, pour nous, le plus important c’est la découverte.

Hicham : Nous, notre prétention c’est d’être une « étape ». On n’a pas la prétention de créer des stars, mais d’être une étape essentielle dans le développement de la carrière d’un artiste. Evidemment, ce qu’on recommande c’est l’esprit d’indépendance et que l’artiste compte d’abord sur lui-même. Aujourd’hui, il n y a pas vraiment de circuit artistique professionnel au Maroc, il n’y a même pas de droits d’auteur pour de vrai. Oui il y a des stars, mais il faut différencier entre la scène commerciale et les scènes Underground. Il faut donner de l’espace, des moyens à ces scènes et une visibilité surtout.

Etait-ce plus facile pour vous cette année de rassembler les fonds nécessaires à l’organisation de L’Boulevard ?

Hicham : C’est les mêmes partenaires qu’on a reconduit de l’année dernière et de 2017 également. Il y a donc une continuité. C’est vrai qu’il y a eu des années très fragiles, mais ce qui est fragile en réalité, c’est la scène culturelle au Maroc. Le financement est très fragilisé. Des scènes indépendantes, comme L’Boulevard, tournent avec des budgets très moyens et moindres par rapport à d’autres gros festivals. On est dans une fourchette entre 5 et 6 millions de dirhams… Or il n’y a pas que le festival L’Boulevard, il n y a pas que des artistes, il y a beaucoup d’activités autour. Il y a le Tremplin et c’est un festival qui est fonctionnel toute l’année notamment au Boultek. Il y a d’autres projets annexes comme Sbagha Bagha et Jidar.

Il faut être clair aujourd’hui, on parle beaucoup d’économie créative, de modèles économiques, mais il n’y a pas de modèle économique dans la culture au Maroc. Il faut arrêter de vouloir commencer avec le tourisme pour aller vers la culture. On commence par la culture et on va développer le tourisme avec. Il ne faut pas faire les choses à l’envers. Il faut d’abord développer les initiatives culturelles locales et avoir une vision locale, massive et populaire. Il faut aller investir les quartiers, il y a énormément d’artistes et de talents qui aspirent à travailler dans ce domaine et on peut développer une économie solide.

Momo : Comme vous le savez, lors de plusieurs éditions précédentes, il y a eu des problèmes de financement. C’est pour cela qu’on a annulé le festival à deux reprises. C’est la raison pour laquelle, cette année, on est à la 19e édition en 21 ans d’existence.

Aujourd’hui, je pense que les sponsors ont compris l’objectif du festival, c’est à dire que c’est un vrai travail de fond , très utile pour le pays et ça change tous nos rapports avec les autorités, les sponsors. Ça serait mentir de dire qu’on a autant de problèmes qu’avant. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile parce qu’il y a beaucoup plus de jeunes au niveau des sociétés privés ou au niveau des autorités. Ils captent donc le fond de ce qu’on fait et c’est hyper important. On se retrouve maintenant avec des interlocuteurs

qui nous comprennent alors qu’auparavant, on était perçu comme des jeunes qui faisaient du bruit, un ramassis de mal-élevés, etc.

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