Roschdy Zem  « Je suis attiré par des rôles qui m’obligent à montrer mes failles »

En 30 ans de carrière et presque 80 films, le comédien, réalisateur et producteur français d’origine marocaine, a su imposer au fil d’un parcours sans faille sa force tranquille dans une filmographie qui mêle films d’auteur et comédies populaires. Ayant particulièrement un penchant pour le polar, l’acteur de composition remarqué à ses débuts par André Téchiné, Xavier Beauvois et Laetitia Masson nous parle de son passage derrière la caméra, sa passion pour le Thriller et sa fascination pour les personnages sombres.

Vous êtes acteur, scénariste, réalisateur. Vous venez de sortir votre 5e long-métrage « Persona non grata ». Est ce que c’était facile de passer d’acteur à réalisateur ?

En fait, je fais toujours les deux en même temps. Quand je suis metteur en scène, je ne suis plus acteur. La vraie difficulté ce n’est pas tellement de réaliser mais d’écrire les projets. Pour moi, c’était la partie la plus compliquée et la plus ingrate parce que vous êtes seul devant une feuille à essayer de raconter de façon structurée une histoire. Et le fait de travailler en solitaire, c’était pour moi quelque chose de nouveau et d’assez douloureux. Ceci étant, ce sont des choses auxquelles on s’habitue,… j’ai plutôt l’habitude de travailler collectivement.

Justement, dans « Persona non grata », vous êtes à la fois acteur, réalisateur et producteur. C’est facile de changer en permanence de casquette ?

Rien n’est facile. Je pense qu’il y a forcément un peu de schizophrénie. Mais, c’est une difficulté assez grisante parce qu’il y a plusieurs postes à gérer, vous êtes multi-sollicité et je crois que c’est une chose qui me plait beaucoup, d’être à la fois, devant la caméra, jouer derrière, réaliser, penser, retravailler l’écriture, ce sont des semaines et des mois de travail très intenses, mais pour mon plus grand bonheur. Donc, c’est une difficulté qui me va bien finalement.

Pourquoi avoir choisi de réaliser ce film ?

J’avais envie de faire un Thriller qui raconte un peu la cupidité des hommes, et ce format me plaisait bien. J’essaie de faire des films qui me plaisent bien en tant que spectateur, et comme c’est un genre qui m’a toujours séduit, j’avais envie de m’y frotter. De plus, je trouve qu’il tend à disparaitre, et c’est bien de pouvoir en faire. Ce qui m’a toujours plu dans ce genre, c’est qu’il va chercher ce qu’il y a de plus profond dans l’Homme, dans toute sa névrose et dans le mal qu’on est capable de produire. Ça m’intéresse de voir comment chaque homme est capable de basculer vers l’aspect le plus sombre de sa personnalité. Je suis donc fasciné par l’écart entre ceux qui basculent et nous. J’ai le sentiment qu’il est infime, ce qui me fait peur.

Vous êtes plus attiré par des personnages sombres (vous avez souvent joué des flics) ? 

Oui, parce que pour moi, ce sont les personnages qui ressemblent le plus à la réalité que des personnages très lumineux, qui existent aussi. Mais, en tout cas, dans ma propre expérience, je trouve que l’Homme va plus facilement vers l’obscure que vers la lumière.

Interpréter un rôle composé, c’est généralement plus intéressant pour un acteur. Comment préparez-vous vos rôles ?

Il n’y a pas de méthode à proprement dit et généralement, j’évite de théoriser sur tout. Je cherche la vérité, je parle à l’oreille surtout beaucoup, et puis, il n’y a pas une seule façon, selon moi, d’interpréter un rôle, il y a plusieurs façons. Et donc, il faut essayer de trouver celle qui nous correspond le plus et de s’y tenir. C’est cela la vraie difficulté.

Sur le tournage, qu’attendez-vous d’un réalisateur ?

Qu’il me dirige, sinon, je me débrouillerais. Il n’y a pas une façon particulière, je suis assez malléable, je m’adapte assez facilement à la méthode des metteurs en scène. Vous savez, il y a des réalisateurs qui sont très directifs et d’autres, au contraire, qui, une fois leur plan établi, te laissent libre choix sur scène. Les deux me vont même si j’ai une petite préférence pour les réalisateurs qui dirigent. 

Et vous, sur le plateau, vous êtes comment en tant que réalisateur ? Vous êtes plus un dictateur ou est ce que vous êtes du genre cool qui laisse une marge de manœuvre à ses acteurs ?

Non, je ne suis pas dictateur, je cherche avec les acteurs la meilleure façon de procéder. C’est une collaboration, j’ai une idée, j’écoute la proposition que me fait l’acteur, puis on cherche ensemble la meilleure solution. C’est une sorte d’amalgame entre sa proposition et la mienne, mais souvent les bons acteurs font des propositions que l’idée que vous aviez au départ ! Donc, j’attends aussi cela d’eux.

Dans le film « Roubaix, une lumière », vous incarnez le commissaire Yacoub Daoud. Comment avez-vous vécu l’expérience avec Arnaud Desplechin ?

Arnaud c’est quelqu’un qui dirige beaucoup, donc, je me suis laissé complètement guider par lui avec une forme de bienveillance de sa part qui faisait que j’étais dans un sentiment de confiance. En fait, c’était assez simple de collaborer avec lui.

Vous avez dit que « vous n’accepteriez jamais un rôle pour une mauvaise raison ». Que recherchez-vous exactement ?

Je recherche des rôles que je n’ai pas encore eu l’occasion d’aborder et puis, des rôles qui me font sortir de ma zone de confort. On est souvent sollicité pour des choses qu’on a déjà faites et donc, savoir dire non, c’est une force pour un acteur et ça me parait essentiel pour continuer à surprendre et à se surprendre.

Vous avez dit « Non » à quel rôle ?

C’est très prétentieux, mais je dis Non trois fois/semaine. Je ne dis pas non à des rôles mais plutôt à des projets parce que des fois, je les trouve mauvais. Des fois, c’est le sentiment d’avoir déjà fait le rôle, ou des rôles qui ne me font pas progresser. Ceci dit, il ne m’est jamais arrivé de regretter un rôle que j’avais refusé.

Un personnage que vous rêvez d’incarner ?

Aujourd’hui, je suis plus attiré par des rôles qui m’obligent à montrer mes failles. Vous savez, les acteurs, font partie d’une race un peu toquée, donc, on fait un peu notre analyse dans des films, on se découvre, on découvre des facettes de notre personnalité qu’on n’imaginait pas à travers un rôle, il suffit que le metteur en scène soit suffisamment intelligent et subtile pour appuyer là où vous n’êtes jamais allés ! Donc, on découvre en même temps que le spectateur.

C’est une sorte de catharsis ?

Complètement, et on se cache derrière un personnage mais en réalité, c’est notre âme qu’on livre.

Finalement, c’est quoi pour vous être un acteur ?

C’est se mettre au service d’un projet. Etre acteur, c’est savoir s’abandonner surtout.

Vous êtes plutôt Théâtre ou Cinéma ?

Je n’établis pas d’ordre. Forcément, j’ai fait beaucoup plus de films que de théâtre, mais en janvier 2020, je vais jouer au Théâtre dans la Pièce « Trahisons » d’Harold Pintern et adaptée par Eric Kahane avec Michel Fau (du 24/01 au 15/03/20 au Théâtre de la Madeleine). C’est une espèce de satire de la bourgeoisie britannique qui reprend les thèmes de la femme, du mari et de la mort, mais de façon beaucoup plus sarcastique.

Lors de la 18e édition du FIFM, vous avez animé une « Conversation with ». Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Je suis ravi d’avoir pu apporter un peu d’éclairage à des jeunes cinéastes et à des jeunes acteurs en herbe. Même si je crois que chaque parcours est unique et j’espère que de part mon passé de comédien, de réalisateur et de mes origines marocaines, ça les a un peu aidé. Il n’y a pas de méthode spécifique, la seule chose qui peut nous guider, c’est la passion. S’il y a autre chose que la passion qui vous guide dans ce métier, ça sera compliqué.

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