« Tout baril trouvé allègera la facture énergétique »

Abdelkader Amara, Ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement

Abdelkader Amara, Ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement

 L’Observateur du Maroc.

Lors de l’ouverture du Sommet Morocco Oil & Gas 2014, vous avez annoncé la création d’une commission interministérielle. Quelle sera sa mission et pourquoi cette commission à ce moment précis ?

Abdelkader Amara.

Je dois d’abord signaler que l’organisation d’un événement de l’envergure du Sommet Oil & Gas au Maroc est d’une importance majeure. C’est la preuve que notre pays devient de plus en plus attractif pour les compagnies pétrolières internationales. Nous sommes dans une phase d’engouement pour le royaume de la part de ses partenaires. Pour maintenir cet élan et le susciter davantage, il faut se remettre en question. Durant ces dernières années, nous avons cumulé une certaine expérience en matière de gestion d’accords pétroliers. Si sur le papier, ce sont des closes et des signatures, sur le terrain c’est quasiment autre chose : ce sont des dispositions techniques, des ports qui doivent répondre aux besoins spécifiques du secteur, des équipements, des infrastructures et des moyens adaptés…enfin, toute une logistique. Au fil des ans et avec un travail assidu, nous avons pu construire de bons partenariats. Mais dans un souci de perfectionnement et afin de pallier certaine lacunes, nous avons besoin de revoir ce processus pour l’accélérer et le dynamiser davantage. Il ne faut pas perdre de vue que le Maroc cherche ces compagnies. Plus on leur facilite la tâche, plus on aiguise leur appétit et on les attire. C’est dans cette optique que la commission interministérielle a été pensée et mise en place. Composée des représentants de tous les départements ministériels et établissements publics concernés par les activités de l’exploration pétrolière et gazière, en tête desquels il y a l’ONHYM, cette commission a pour mission principale d’identifier les pistes possibles permettant d’améliorer la bonne marche des projets d’exploration dans le royaume que ce soit en onshore ou en offshore. Son rôle est d’être à l’écoute des partenaires. Suite à quoi elle fera des propositions concrètes sur les ajustements nécessaires à apporter. Tout cela vise à améliorer notre attractivité dans le domaine de l’exploration pétrolière et gazière. Je tiens à préciser que je veillerai personnellement à la mise en oeuvre des améliorations demandées.

Dans d’autres pays, on parle actuellement d’alternatives énergétiques et de sources renouvelables. Au Maroc, on commence assez tardivement à parler de pétrole local. Vous ne trouvez pas que c’est un sacré décalage ?

Au contraire, le Maroc a toujours eu la sagesse d’être pragmatique. Dans le domaine des énergies, le pragmatisme revêt tout son sens. Le Maroc est un pays qui n’est pas producteur. On ne produit pratiquement rien à part quelque méga watts d’éolien. Un pays qui est dans une telle situation se doit d’abord de diversifier ses sources d’énergie et ses lieux d’approvisionnement. Lorsqu’on parle de ressources énergétiques, le Maroc est assez serein en décidant de garder dans son mix l’énergie fossile qui coûte le moins cher et en ajoutant progressivement du renouvelable. Nous avons aussi gardé ouverte l’option de l’électronucléaire, un autre choix judicieux. Nous étions assez pragmatiques en décidant que le renouvelable devrait être injecté progressivement. Nous estimons que nous avons un potentiel dans le fossile que l’on doit explorer. Sinon, les Marocains nous reprocheront de ne pas avoir déployé les efforts nécessaires dans ce sens. Une réclamation légitime sachant que tout baril de pétrole ou tout mètre cube de gaz trouvés vont permettre d’alléger la facture énergétique du pays et par conséquent soulager le budget de l’Etat.

Où en est actuellement le Maroc dans son projet de Centrale nucléaire ?

Le Maroc est en train de bâtir ses compétences et ses capacités. L’électronucléaire ne se décide pas du jour au lendemain. En général, ce sont des projets qui se préparent à long terme. Certains pays qui ont les moyens se permettent d’acheter une centrale nucléaire, d’acheter les ressources humaines, du prêt à utiliser qu’ils mettent sur leur sol sans être détenteurs de technologie ni de compétence. Le Maroc n’a pas opté pour cette solution. Nous sommes en train de former des ressources humaines qui seront capables de gérer un jour une centrale nucléaire. Pour l’instant, nous avons un réacteur de 2 mégawatts qui essaie de répondre à un certain nombre de besoins mais c’est surtout un moyen de roder nos compétences et de bien nous préparer. Dans ce domaine, un projet qui se respecte ne doit pas produire moins de 1400 mégawatts. Nous n’en sommes pas encore là, mais nous estimons que d’ici 2030, nous serions assez armés aussi bien sur le plan des interconnexions que celui des capacités humaines. Nous aurions aussi la faisabilité justifiée par la rentabilité de l’électronucléaire par rapport aux autres sources classiques. Ce qui pourrait aussi faire du Maroc un pays exportateur d’énergie tout en assurant son autonomie et sa sécurité énergétique ❚

 

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